Le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels a lancé cette semaine un plan national pour former 50 000 techniciens dans les métiers industriels d’ici fin 2026. Ce programme, annoncé lors d’une réunion présidée par le ministre Yacine Merabi à Alger, vise à répondre aux besoins des secteurs stratégiques comme l’énergie, la pétrochimie, la sidérurgie et les énergies renouvelables.
Selon les chiffres présentés par le ministère, l’Algérie compte actuellement 120 centres de formation professionnelle spécialisés dans les métiers industriels, répartis sur 48 wilayas. Ces structures accueillent environ 30 000 apprenants par an, mais le taux de placement des diplômés reste en dessous des attentes. « Seulement 60 % des jeunes formés trouvent un emploi dans les six mois suivant leur sortie », a reconnu Merabi, citant une étude interne du ministère.
Pour inverser cette tendance, le plan prévoit trois axes principaux. D’abord, une modernisation des équipements dans les centres de formation, avec un budget de 12 milliards de dinars alloué par l’État. Les wilayas de Skikda, Oran et Annaba, où se concentrent les zones industrielles, bénéficieront en priorité de ces investissements. « Nous allons équiper nos ateliers avec les mêmes machines que celles utilisées par SONATRACH ou le Groupe Cosider », a précisé le ministre.
Ensuite, le ministère mise sur des partenariats avec les entreprises publiques et privées. Des conventions ont déjà été signées avec 15 groupes industriels, dont SONELGAZ, l’Entreprise nationale des industries électroniques (ENIE) et le Complexe sidérurgique d’El Hadjar. Ces accords prévoient des stages rémunérés pour les apprenants, ainsi que des programmes de formation continue pour les salariés en poste. « Les entreprises s’engagent à recruter au moins 30 % des diplômés issus de ces filières », a indiqué un responsable du ministère à l’APS.
Enfin, le plan inclut une refonte des programmes pédagogiques, en collaboration avec des experts internationaux. L’Allemagne et la France ont été sollicitées pour partager leur expertise, notamment dans les domaines de la maintenance industrielle et de la robotique. « Nous voulons aligner nos formations sur les standards européens, tout en adaptant les contenus aux réalités du marché algérien », a expliqué Merabi.
Un secteur en tension
Cette situation s’explique en partie par le désintérêt des jeunes pour les métiers manuels. « Les bacheliers privilégient les filières universitaires, même si elles ne garantissent pas un emploi », a déploré un formateur du Centre de formation professionnelle de Rouiba, interrogé par El Watan. Pour attirer les candidats, le ministère a lancé une campagne de sensibilisation dans les lycées, mettant en avant les salaires attractifs dans l’industrie (entre 60 000 et 150 000 dinars par mois pour un technicien débutant).
Des résultats déjà visibles
À Sétif, l’Institut national spécialisé en formation professionnelle (INSFP) a ouvert en 2024 une filière de maintenance aéronautique, en partenariat avec la compagnie Air Algérie. « Nous avons reçu 500 candidatures pour 30 places », a révélé un responsable de l’INSFP. Les premiers diplômés de cette filière seront opérationnels en 2026, avec des débouchés garantis chez Air Algérie et Tassili Airlines.
Défis à relever
Autre difficulté : la coordination entre les différents acteurs. « Les entreprises, les centres de formation et les institutions publiques doivent travailler en synergie », a souligné un expert en emploi, cité par Horizons. Le ministère a créé une cellule de suivi pour évaluer l’avancement du plan tous les trois mois, avec la participation des wilayas et des partenaires industriels.
Un enjeu économique
Les retombées pourraient être significatives. Une étude du ministère de l’Industrie estime que chaque technicien formé génère en moyenne 1,5 emploi indirect dans les services ou la sous-traitance. « Si nous atteignons l’objectif de 50 000 techniciens, cela pourrait créer jusqu’à 75 000 emplois supplémentaires », a calculé un économiste interrogé par Algérie Eco.
Pour les jeunes Algériens, cette initiative représente une opportunité concrète. « Je viens de m’inscrire en maintenance industrielle à l’INSFP de Constantine. Avec ce diplôme, je suis sûr de trouver un travail », a confié un bachelier de 20 ans, rencontré devant le centre de formation. Son témoignage illustre l’espoir suscité par ce plan, à condition que les promesses se concrétisent sur le terrain.