Revue de presse : Cinéma algérien, Athlètes algériens, Société civile Algérie…

TITRE : L’ALGÉRIE À L’ÉPREUVE DES CONTRASTES – ENTRE DÉSIRS D’AVENIR ET POIDS DES STRUCTURES

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**

L’Algérie contemporaine se révèle dans ces actualités comme un pays en tension permanente entre deux forces : une volonté farouche de s’inscrire dans la mondialisation par le haut (cinéma, sport, startups, bourse) et une inertie structurelle qui freine, voire sabote, ces élans (échec scolaire, pénuries pharmaceutiques, agriculture en crise, transports inaccessibles). Ces dix fils d’actualité ne sont pas des nouvelles isolées, mais les symptômes d’un même corps social malade de ses contradictions. Une nation qui exporte des talents (cinéastes, athlètes, entrepreneurs) tout en étouffant ses propres capacités locales ; qui rêve de souveraineté industrielle et agricole, mais dépend encore des aléas géopolitiques et des multinationales ; qui célèbre ses succès à l’étranger tout en laissant pourrir ses infrastructures intérieures.

Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire. C’est une radiographie des fractures algériennes, où chaque domaine éclaire les autres, révélant une société en quête d’équilibre entre héritage postcolonial, pression démographique et désir de renaissance.

**1. Le cinéma et le sport : vitrines d’une Algérie qui s’exporte, mais ne se regarde pas**

Le cinéma algérien brille à l’international, mais peine à trouver son public chez lui. Le film Alger de Chakib Taleb Bendiab, salué comme un « choc visuel » dans L’Orient-Le Jour, sort dans 63 salles en France… alors qu’en Algérie, les écrans manquent et les salles ferment. Même paradoxe pour les athlètes : Joey Johnson, entraîneur canadien d’origine algérienne, mène l’équipe féminine de basketball en fauteuil roulant du Canada, tandis que la FIBA-Afrique projette une académie à Abidjan, pas à Alger. Les Swallows du Togo, eux, forment des champions que l’Algérie regarde avec envie.

Fils rouges :
Exil des talents : L’Algérie produit des compétences, mais ne leur offre pas de terrain d’expression. Les cinéastes tournent à l’étranger, les sportifs s’exilent, les entrepreneurs lèvent des fonds hors des frontières.
Soft power en miettes : Le pays mise sur son image (cinéma, sport) pour rayonner, mais néglige les infrastructures locales qui permettraient de capitaliser sur ces succès. Où sont les salles de cinéma accessibles ? Où sont les académies sportives dignes de ce nom ?
Dépendance culturelle : La reconnaissance internationale passe par des intermédiaires étrangers (Oscars, FIBA, équipes canadiennes). L’Algérie reste un fournisseur de matière première (talents, histoires) plutôt qu’un acteur autonome.

Contradiction systémique : L’État algérien célèbre ses succès à l’export (comme il le fait avec les hydrocarbures), mais ne crée pas les conditions pour que ces succès profitent au développement intérieur. Le cinéma et le sport deviennent des outils de propagande plus que des leviers de transformation sociale.

**2. Société civile et éducation : le grand gâchis démographique**

Plus d’un million de candidats pour le concours des enseignants, des études de pharmacie boudées par méconnaissance du métier, un échec scolaire « inquiétant » : l’Algérie est assise sur une bombe démographique, mais semble incapable de la désamorcer. Le système éducatif, autrefois fleuron du pays, craque sous le poids du nombre et de l’obsolescence des méthodes.

Fils rouges :
Démographie vs. emploi : Avec une jeunesse nombreuse et sous-qualifiée, l’Algérie doit créer des millions d’emplois. Or, les secteurs porteurs (pharmacie, agriculture, startups) peinent à recruter, faute de formation adaptée.
Métiers dévalorisés : La pharmacie souffre d’un manque de candidats, alors que le pays importe massivement des médicaments. Pourquoi ? Parce que le métier est perçu comme peu rémunérateur et sans prestige, contrairement à l’administration ou aux hydrocarbures.
Échec scolaire = échec économique : Un système éducatif en crise produit une main-d’œuvre inadaptée, ce qui alimente le chômage et la fuite des cerveaux. Les startups algériennes, pourtant en plein essor, peinent à recruter des profils qualifiés.

Contradiction systémique : L’Algérie forme des chômeurs diplômés (un million de candidats pour des postes d’enseignants qui n’existent pas en nombre suffisant) tout en important des compétences (pharmaciens étrangers, ingénieurs tunisiens). Le pays gaspille son capital humain au lieu de le valoriser.

**3. Pharmacie et agriculture : la souveraineté en question**

L’Algérie importe 70 % de ses médicaments et peine à nourrir sa population. Deux secteurs stratégiques, deux échecs patents.

Pharmacie : le sucre et les virus
Nestlé vend en Afrique des produits pour enfants plus sucrés qu’en Europe. L’Algérie, qui lutte contre le diabète (maladie endémique), laisse faire. Pire : le pays renforce sa vigilance contre l’hantavirus des Andes, une maladie absente du continent africain, alors que les pénuries de médicaments de base (insuline, antibiotiques) persistent.

Agriculture : le recensement qui cache la crise
Les premiers résultats du recensement agricole révèlent une dépendance accrue aux importations. Le CEREFE (Centre d’études et de recherche sur les énergies renouvelables) pointe l’échec des programmes solaires en milieu rural, pourtant essentiels pour moderniser l’agriculture. Pendant ce temps, l’aide alimentaire reste « essentielle » dans les zones de conflit, comme si la faim était une fatalité.

Fils rouges :
Dépendance aux multinationales : Nestlé adapte ses produits aux marchés africains (plus de sucre, moins de qualité), profitant de réglementations laxistes. L’Algérie, qui a les moyens de produire ses propres médicaments et aliments, préfère importer.
Priorités sanitaires inversées : On surveille un virus exotique (hantavirus) plutôt que les maladies locales (diabète, obésité). On parle d’énergies renouvelables, mais on ne les déploie pas là où elles sont vitales (fermes, hôpitaux ruraux).
Agriculture : le mirage de la souveraineté : Le recensement agricole montre que les petites exploitations, majoritaires, sont inefficaces. Sans mécanisation ni énergies vertes, l’Algérie restera dépendante des importations.

Contradiction systémique : L’Algérie dépense des milliards en importations (médicaments, blé, lait) alors qu’elle a les ressources (terres, soleil, main-d’œuvre) pour produire localement. Mais la rente pétrolière a tué l’agriculture et l’industrie pharmaceutique, et personne n’ose remettre en cause ce modèle.

**4. Industrie et bourse : la finance sans l’économie réelle**

L’ouverture du capital de la BDL (Banque de Développement Local) est un « succès inédit ». Pourtant, l’industrie algérienne reste à la merci des tensions géopolitiques. Entretien avec l’économiste Abderrahmane Mebtoul : si le détroit d’Ormuz se rouvre, l’inflation mettra du temps à refluer. Le FMI confirme : le conflit au Moyen-Orient fragilise l’Algérie, dépendante des exportations d’hydrocarbures.

Fils rouges :
Bourse vs. économie réelle : La BDL attire les investisseurs, mais l’industrie algérienne (hors hydrocarbures) stagne. La bourse algérienne est un casino où l’on spécule sur des titres déconnectés de la production.
Dépendance aux hydrocarbures : Le pays reste prisonnier de la rente pétrolière. Les tensions au Moyen-Orient (Ormuz) font trembler l’économie, alors que l’Algérie pourrait diversifier ses revenus (agriculture, tourisme, startups).
Inflation structurelle : Même avec la réouverture d’Ormuz, les prix mettront du temps à baisser, car l’Algérie importe tout (médicaments, machines, nourriture). La monnaie locale (dinar) est faible, et les salaires ne suivent pas.

Contradiction systémique : L’Algérie veut attirer les investisseurs étrangers (BDL), mais refuse d’ouvrir son économie (protectionnisme, bureaucratie). Résultat : la bourse se porte bien, mais l’industrie et l’agriculture crèvent.

**5. Transports et handicap : l’Algérie inaccessible**

Le tramway d’Alger est un symbole de modernité… sauf pour les personnes à mobilité réduite. À Paris, Rennes ou Alger, les transports publics restent hostiles aux handicapés. Pendant ce temps, la France se pose en modèle d’accessibilité pour les JO 2024, alors que l’Algérie, qui a les moyens de construire des infrastructures inclusives, les ignore.

Fils rouges :
Modernité sélective : L’Algérie investit dans des tramways high-tech, mais oublie les rampes d’accès et les ascenseurs. Comme pour le cinéma ou le sport, on privilégie l’image (un tramway flambant neuf) à l’usage (un réseau accessible à tous).
Handicap = assignation à résidence : Les personnes en fauteuil roulant sont condamnées à rester chez elles, faute de transports adaptés. Pourtant, l’Algérie a ratifié la Convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées… sans l’appliquer.
Dépendance technologique : Les tramways sont importés (Chine, France), et les entreprises locales ne sont pas associées à leur maintenance. Résultat : des pannes à répétition et des coûts exorbitants.

Contradiction systémique : L’Algérie dépense des milliards dans des infrastructures visibles (tramways, autoroutes), mais néglige les services de base (accessibilité, éducation, santé). Le pays se modernise en surface, mais reste archaïque dans ses pratiques.

**6. Startups et innovation : la révolution qui n’a pas lieu**

L’Algérie lance l’évaluation de ses incubateurs et impose l’innovation aux grandes entreprises. Une bonne nouvelle ? Pas si sûr. Les startups algériennes manquent de financements, de talents locaux et de débouchés. Les incubateurs sont souvent des coquilles vides, et les grandes entreprises (Sonatrach, Sonelgaz) innovent sous la contrainte, sans conviction.

Fils rouges :
Innovation forcée : L’État impose des quotas d’innovation, mais ne crée pas l’écosystème nécessaire (fonds d’investissement, formations, marché local).
Fuite des cerveaux : Les startups algériennes peinent à recruter, car les meilleurs profils partent à l’étranger (Canada, France, Golfe). Comme pour le cinéma

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