Cette semaine, le président Abdelmadjid Tebboune a multiplié les déclarations publiques pour rassurer l’Italie sur la fiabilité des livraisons de gaz algérien. Ces prises de position interviennent dans un contexte où l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique, après les perturbations causées par la guerre en Ukraine.
Lors d’une conférence de presse conjointe avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni à Alger, Tebboune a souligné que l’Algérie « honorera tous ses engagements contractuels » envers l’Italie. Selon l’agence officielle APS, il a précisé que les volumes prévus dans les accords bilatéraux seraient respectés, malgré les tensions géopolitiques régionales. La visite de Meloni en Algérie s’inscrit dans une série de déplacements européens visant à sécuriser les partenariats énergétiques avec Alger.
Les contrats en question concernent principalement les exportations de gaz via le gazoduc Transmed, qui relie l’Algérie à l’Italie via la Tunisie. Selon des données publiées par SONATRACH, l’Algérie a exporté près de 25 milliards de mètres cubes de gaz vers l’Italie en 2025, faisant de ce pays le premier client européen de l’Algérie. Les discussions entre Tebboune et Meloni ont également porté sur des projets d’investissement communs dans les énergies renouvelables, un secteur où l’Italie souhaite s’impliquer davantage.
D’après TSA-Algérie, les assurances données par Tebboune répondent à des inquiétudes italiennes concernant d’éventuelles perturbations des livraisons. L’Italie, qui dépend à près de 40 % du gaz algérien pour ses besoins énergétiques, cherche à éviter une répétition des crises d’approvisionnement comme celle de 2022, lorsque les flux russes avaient été réduits. Le gouvernement italien a d’ailleurs annoncé en 2025 un plan de 3 milliards d’euros pour moderniser les infrastructures gazières, en partie destinées à faciliter les importations depuis l’Algérie.
Les déclarations de Tebboune interviennent aussi dans un contexte de rivalité entre l’Algérie et le Maroc pour le leadership énergétique en Méditerranée. Le Maroc, qui mise sur le gazoduc Nigeria-Maroc pour approvisionner l’Europe, a récemment signé des accords avec l’Espagne et le Portugal. Cependant, selon Horizons.dz, l’Algérie conserve un avantage grâce à ses réserves prouvées et à ses infrastructures existantes, comme le gazoduc Medgaz, qui relie directement Alger à l’Espagne.
Sur le plan diplomatique, la visite de Meloni a également été l’occasion de discuter du dossier du Sahara occidental. L’Italie, contrairement à l’Espagne, n’a pas officiellement soutenu le plan d’autonomie marocain pour ce territoire. Selon El Watan, Tebboune a salué cette position, réitérant le soutien de l’Algérie au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Cette divergence avec Madrid explique en partie les tensions persistantes entre l’Algérie et l’Espagne, malgré une tentative de réconciliation en 2024.
Les engagements de Tebboune s’accompagnent de mesures concrètes pour renforcer la production gazière algérienne. SONATRACH a annoncé en 2025 des investissements de 40 milliards de dollars sur cinq ans pour développer de nouveaux gisements, notamment dans le bassin de Berkine et le champ de Hassi R’Mel. Ces projets visent à augmenter la capacité de production de 10 % d’ici 2030, selon des déclarations du PDG de SONATRACH, Rachid Hachichi.
L’Algérie mise également sur les énergies renouvelables pour diversifier son mix énergétique. Un accord signé avec l’Italie prévoit la construction de centrales solaires en Algérie, avec une capacité totale de 2 000 mégawatts. Ces projets s’inscrivent dans le cadre du plan algérien de développement des énergies renouvelables, qui vise à produire 15 000 mégawatts d’électricité verte d’ici 2035.
Les récentes déclarations de Tebboune confirment la stratégie algérienne de positionnement comme partenaire énergétique clé de l’Europe. Cette approche combine sécurité des approvisionnements, diversification des exportations et développement des énergies propres. Pour l’Italie, cette relation est cruciale, car elle réduit sa dépendance aux énergies fossiles russes tout en préparant la transition énergétique. Selon Les Échos, l’Espagne reste cependant un concurrent sérieux, malgré les tensions politiques avec Alger, grâce à ses infrastructures de regazéification.
La visite de Meloni en Algérie a également permis d’aborder des questions de sécurité régionale. Les deux pays ont convenu de renforcer leur coopération dans la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine, deux dossiers sensibles pour l’Italie. Selon L’Algérie Aujourd’hui, Tebboune a souligné l’importance de la stabilité en Libye, où l’Algérie joue un rôle de médiateur entre les différentes factions.
En conclusion, les assurances données par Tebboune à Meloni marquent une étape importante dans la consolidation du partenariat énergétique entre l’Algérie et l’Italie. Ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique plus large où l’Algérie cherche à tirer profit de sa position géostratégique pour renforcer son influence en Méditerranée. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer la capacité de l’Algérie à honorer ses engagements, dans un contexte marqué par une demande européenne croissante et une concurrence accrue entre fournisseurs.