Revue de presse : Sport Algérie, Jeunesse Algérie, Diversification économique Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan endormi**

L’Algérie contemporaine est un pays où les contradictions ne s’annulent pas : elles s’additionnent, se superposent, et finissent par dessiner une réalité plus cohérente qu’il n’y paraît. Les dix fils d’actualité qui traversent ce mois de 2024 ne sont pas des événements isolés, mais les symptômes d’une société en tension permanente entre trois forces : la volonté de modernisation contrôlée, la peur du déclassement géopolitique, et l’obsession de la souveraineté, qu’elle soit économique, culturelle ou symbolique.

Ces dynamiques ne sont pas propres à l’Algérie – on les retrouve, sous d’autres formes, au Maroc, en Égypte, ou même en Turquie. Mais nulle part ailleurs elles ne s’expriment avec une telle intensité dialectique. Ici, le passé colonial n’est pas un fantôme : c’est un acteur politique à part entière, un deus ex machina qui surgit dans les négociations franco-algériennes, dans les débats linguistiques, ou même dans les choix sportifs. L’Algérie ne se contente pas de gérer son présent ; elle négocie en permanence avec son histoire, comme un funambule qui avance en regardant derrière lui.

**1. La souveraineté par le sport : entre prestige et précarité**

Le handball algérien illustre à lui seul les ambiguïtés de la stratégie nationale. D’un côté, l’arrivée de l’Espagnol Raul Alonso à la tête de l’équipe nationale A est présentée comme une victoire diplomatique – un technicien étranger pour relancer une discipline en déclin. De l’autre, les déclarations amères de Bouchekriou, ancien entraîneur emblématique, rappellent une vérité crue : l’Algérie peine à attirer les grands noms du sport mondial. Pourquoi ? Parce que le système algérien, malgré ses ressources, reste perçu comme instable, bureaucratique, et surtout, peu rentable pour les carrières internationales.

Cette défiance n’est pas anodine. Elle révèle un paradoxe algérien : le pays dépense des fortunes pour importer des compétences (entraîneurs, médecins, ingénieurs), mais sans jamais créer les conditions pour les retenir. Le cas de Brahim Khelladi, qui quitte l’Algérie pour entraîner en France (AS HBC Chalon), est emblématique. Il incarne cette jeunesse talentueuse qui fuit un système où les défis sont nombreux, mais où les récompenses – symboliques ou matérielles – restent aléatoires.

Le football, lui, offre un contrepoint intéressant. Akram Bouras, prodige du MCA, est sur le point de signer en Europe. Contrairement au handball, le football algérien bénéficie d’une économie parallèle florissante (agents, sponsors, droits TV), qui permet de monétiser les talents. Mais cette réussite est fragile : elle dépend de clubs européens en crise financière (OM, OL, Barça), eux-mêmes dépendants de modèles économiques précaires. L’Algérie est-elle en train de devenir un vivier de talents low-cost pour une Europe en déclin sportif ? La question mérite d’être posée.

**2. La jeunesse, variable d’ajustement ou fer de lance ?**

L’Algérie compte plus de 50% de moins de 30 ans. Une bombe démographique, disent les uns. Une opportunité historique, rétorquent les autres. Les actualités récentes montrent que le pouvoir algérien oscille entre ces deux visions.

D’un côté, des initiatives comme Vetki (le « Facebook algérien ») ou le projet « Emplois des jeunes pour la paix et la résilience » trahissent une volonté de canaliser l’énergie juvénile vers des secteurs contrôlables : le numérique local, les emplois verts, la culture. Vetki, en particulier, est un cas d’école. Ce réseau social « made in DZ » n’est pas seulement une alternative à Facebook – c’est une stratégie de souveraineté numérique, un moyen de garder les données des Algériens hors de portée des GAFAM. Mais derrière cette ambition se cache une réalité moins glorieuse : l’Algérie n’a pas les infrastructures pour concurrencer les géants du web. Vetki restera-t-il un projet pilote, ou sombrera-t-il dans l’oubli, comme tant d’autres avant lui ?

De l’autre côté, le prix Unesco Madanjeet Singh rappelle que la jeunesse algérienne est aussi courtisée par les institutions internationales. L’Unesco, comme la Banque mondiale ou l’UE, voit dans la jeunesse maghrébine un levier de stabilité régionale. Mais cette bienveillance a un prix : elle impose des conditionnalités (démocratie, droits humains, libéralisation économique) que l’Algérie refuse catégoriquement. La jeunesse devient ainsi un enjeu de soft power, où l’Algérie joue la carte de l’autonomie – quitte à se priver de financements étrangers.

**3. L’économie algérienne : diversification ou fuite en avant ?**

La balance commerciale algérienne est « dans le vert », nous dit-on. Une bonne nouvelle ? Pas si sûr. Une économie rentière reste une économie vulnérable, et l’Algérie en est l’archétype. Les hydrocarbures représentent encore 90% des exportations. Les efforts de diversification (participation à TuttoFood, IFSA Africa 2026) sont réels, mais ils butent sur deux obstacles majeurs :

1. L’absence d’un écosystème industriel intégré. Les 14 entreprises algériennes présentes à TuttoFood sont-elles compétitives ? Rien n’est moins sûr. L’Algérie exporte des matières premières (dattes, huile d’olive, phosphate), mais peine à transformer ces produits en valeur ajoutée. Le pays reste un fournisseur de matières premières pour l’Europe et la Chine, sans jamais monter en gamme.
2. La bureaucratie et la corruption. Le crédit automobile « vert » lancé par El Baraka Bank est un exemple frappant. En théorie, c’est une avancée écologique. En pratique, combien d’Algériens pourront vraiment en bénéficier ? Les banques algériennes sont notoirement frileuses, et les prêts restent réservés à une élite connectée. Quant à la Fiat Grande Panda – un modèle low-cost assemblé en Algérie –, elle symbolise cette stratégie du « juste assez » : assez pour créer des emplois, pas assez pour innover.

L’ouverture d’une agence de la BEA à Marseille est un autre signe des temps. L’Algérie cherche à capter les transferts de fonds de sa diaspora (estimés à 2 milliards de dollars par an), tout en évitant une libéralisation totale du secteur bancaire. Mais cette stratégie a un coût : elle maintient l’Algérie dans une relation de dépendance avec sa diaspora, sans lui offrir de contrepartie politique (double nationalité, droit de vote à distance).

**4. Santé et éducation : les deux mamelles de la légitimité étatique**

L’annonce de la construction d’un hôpital d’oncologie par wilaya est une décision hautement symbolique. Après des décennies de sous-investissement dans la santé publique, l’État algérien tente de regagner la confiance d’une population méfiante. Mais là encore, les contradictions sont flagrantes :

Les essais cliniques : les professionnels de santé insistent pour les développer, mais l’Algérie manque d’infrastructures et de cadres juridiques adaptés. Le pays importe 90% de ses médicaments, et les laboratoires locaux peinent à innover. Comment concilier souveraineté pharmaceutique et dépendance aux multinationales ?
Le Forum « Vivre avec un cancer » : une initiative louable, mais qui masque une réalité plus sombre. Le cancer est la deuxième cause de mortalité en Algérie, et les traitements restent inaccessibles pour une grande partie de la population. Les hôpitaux publics sont saturés, et les cliniques privées réservées à une minorité.

En éducation, le débat sur l’anglais vs le français est révélateur d’une crise identitaire. L’Algérie tourne le dos à la langue de l’ancien colonisateur, mais sans pour autant adopter l’arabe classique comme langue dominante. L’anglais est présenté comme la langue de l’avenir, mais il reste marginalisé dans les programmes scolaires. Résultat : les étudiants algériens sont de plus en plus nombreux à partir étudier à l’étranger (Canada, Allemagne, Turquie), creusant un fossé entre une élite mondialisée et une jeunesse laissée pour compte.

**5. Diplomatie : entre médiation et confrontation**

La diplomatie algérienne est en ébullition. Trois dossiers illustrent cette stratégie du « ni avec ni contre » :

1. La France : Le retour de l’ambassadeur français à Alger et la visite de la ministre des Armées à Sétif sont présentés comme un « dégel ». En réalité, les tensions persistent (affaire des visas, mémoire coloniale, coopération sécuritaire). L’Algérie joue la carte de la realpolitik : elle a besoin de la France pour son économie, mais refuse de lui accorder un statut privilégié.
2. Le Niger et la CEDEAO : L’Algérie se pose en médiatrice dans la crise sahélienne, mais son influence est limitée. Le pays veut jouer un rôle régional, mais sans s’aliéner ni la Russie ni l’Occident. Une position intenable à long terme.
3. Les élections en Afrique : L’Algérie observe avec méfiance les scrutins contestés au Mali et en Sierra Leone. Elle défend le principe de non-ingérence, mais soutient discrètement les régimes « amis ». Une hypocrisie assumée, qui rappelle que la realpolitik algérienne est avant tout défensive.

**6. Culture et élections : les deux faces d’une même pièce**

Le Festival international d’Oran du film arabe et le film « The Lovers of Algiers » de Mohamed Charaf-Eddine Ketita montrent que la culture algérienne reste un champ de bataille. D’un côté, une production cinématographique et littéraire dynamique, qui explore les traumatismes de l’histoire (guerre d’indépendance, décennie noire). De l’autre, un État qui instrumentalise la culture à des fins de légitimation, comme en témoigne le refus de Boualem Sansal de se pourvoir en cassation après sa condamnation pour « atteinte à l’islam ».

Les élections, elles, sont un thermomètre de la défiance populaire. Les résultats des municipales à Croix-Fonsomme (un village français !) n’ont aucun intérêt en soi, mais ils rappellent que l’Algérie est un pays où les urnes ne décident plus de grand-chose. Le pouvoir organise des scrutins pour se légitimer, mais le vrai pouvoir se joue ailleurs : dans les coulisses du FLN, dans les négociations avec l’armée, dans les alliances économiques.

**CONCLUSION : L’

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