Revue de presse : Jeunesse Algérie, Irrigation Algérie, Sécurité Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres contradictions : un État en tension permanente**

L’Algérie contemporaine se présente comme un palimpseste où s’entremêlent les traces d’un État rentier en mutation, les aspirations d’une jeunesse en quête de sens, et les secousses d’un environnement géopolitique instable. Les dix actualités récentes, apparemment disparates, dessinent en réalité les contours d’une société prise entre deux feux : celui d’une modernisation autoritaire, où l’innovation côtoie la répression, et celui d’une crise structurelle où les ressources naturelles, les infrastructures et les institutions peinent à répondre aux défis du XXIe siècle.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de cohérence organique entre ces domaines. L’Algérie avance par à-coups, comme un navire dont les machines tournent à plein régime tandis que la coque prend l’eau. D’un côté, des projets pharaoniques (tramways, finance islamique, salons agricoles) visent à projeter l’image d’une nation en marche ; de l’autre, des réalités plus sombres (corruption urbaine, exclusion politique, pénuries alimentaires) rappellent que le système algérien reste prisonnier de ses propres contradictions. La question n’est pas tant de savoir si ces dynamiques peuvent coexister, mais combien de temps avant que les fissures ne deviennent béantes.

**La jeunesse, variable d’ajustement d’un système en panne de légitimité**

L’école de musique de Trouville, les stages de cirque à Paris, le Badaboum Théâtre fêtant ses 25 ans : ces actualités, anodines en apparence, révèlent une vérité cruelle. La jeunesse algérienne, souvent présentée comme un « dividende démographique », est en réalité un champ de bataille où se jouent les espoirs et les frustrations d’une génération sacrifiée.

D’un côté, l’État algérien encourage les initiatives culturelles et éducatives, comme pour prouver qu’il investit dans l’avenir. Mais de l’autre, cette même jeunesse est privée de débouchés politiques et économiques. Les élections truquées, les candidats d’opposition exclus, et l’absence de renouvellement institutionnel (cf. l’interminable intérim à la tête de l’autorité électorale) envoient un message clair : le système n’a pas besoin de ses jeunes pour se reproduire. Il les tolère tant qu’ils restent cantonnés à des rôles de figurants – artistes, étudiants, ou consommateurs passifs.

La littérature algérienne, dont les éditions Barzakh explorent les « entre-deux », est symptomatique de cette schizophrénie. Entre deux langues (arabe et français), deux histoires (coloniale et postcoloniale), deux imaginaires (l’Algérie officielle et celle des marges), les écrivains algériens incarnent une jeunesse en quête d’identité, mais dont les voix sont systématiquement étouffées dès qu’elles deviennent trop politiques. Le phénomène « Othmane DZ », ce « nouveau visage » de l’innovation algérienne, est-il autre chose qu’un leurre ? Un jeune talent propulsé sur la scène médiatique pour masquer l’absence de véritable écosystème entrepreneurial ?

**L’agriculture et l’eau : le mirage de la souveraineté alimentaire**

Le Salon international de l’agriculture à Constantine, avec ses 80 accords de partenariat, et celui d’Oran, avec ses 50 exposants, sont censés illustrer la vitalité du secteur. Pourtant, ces événements sonnent comme une mauvaise blague quand on sait que l’Algérie importe massivement des denrées de base (comme les pommes de terre, dont le Maroc a importé 5 000 tonnes en 2023) et que son excédent commercial agroalimentaire est au plus bas depuis 48 ans.

Le paradoxe est saisissant : alors que le pays dispose de vastes terres arables et d’un potentiel hydraulique sous-exploité, il reste dépendant des importations pour nourrir sa population. La raison ? Un système d’irrigation archaïque, une corruption endémique dans la gestion des terres, et une absence de vision stratégique. Les salons agricoles, avec leurs accords mirobolants, ne sont que des vitrines. Derrière, c’est le désert – au sens propre comme au figuré.

La question de l’eau, grande absente de ces actualités, est pourtant centrale. Les inondations récurrentes (comme celles qui ont révélé l’anarchie urbaine) ne sont pas seulement des catastrophes naturelles : elles sont le symptôme d’un État incapable de gérer ses ressources. Quand les pluies tombent, elles emportent des quartiers entiers, faute d’infrastructures adaptées. Quand la sécheresse s’installe, c’est la pénurie qui menace. L’Algérie, pays pétrolier, n’a pas su investir dans des solutions durables – barrages, dessalement, recyclage – parce que cela aurait nécessité de rompre avec la logique rentière.

**Sécurité et géopolitique : l’Algérie dans l’œil du cyclone sahélien**

La menace d’AQMI, les tensions avec le Mali, les rumeurs de soutien ivoirien aux groupes terroristes au Burkina Faso : l’Algérie est aujourd’hui prise dans un étau géopolitique dont elle peine à maîtriser les contours. Abou Oubeida Youcef El Annabi, figure d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), a beau jeu de menacer l’Algérie et le Sahel sur France 24. Son discours, relayé par une chaîne occidentale, est une provocation calculée : il sait que l’Algérie, malgré ses moyens militaires, reste vulnérable.

Pourquoi ? Parce que la sécurité ne se réduit pas à des opérations antiterroristes. Elle dépend aussi de la stabilité politique, de la cohésion sociale, et de la capacité à offrir des alternatives économiques aux jeunes tentés par le jihad. Or, l’Algérie cumule les handicaps : une frontière malienne poreuse, des groupes armés qui se recomposent sans cesse, et une jeunesse désœuvrée, terreau idéal pour le recrutement.

Le vrai danger n’est pas tant AQMI que l’effritement de l’État algérien lui-même. Quand les institutions sont perçues comme illégitimes (cf. les élections truquées), quand l’économie dépend des hydrocarbures et des importations, quand les infrastructures s’effondrent sous les pluies, la sécurité devient un château de cartes. L’Algérie peut bien armer ses frontières et multiplier les patrouilles, si elle ne résout pas ses problèmes internes, elle restera une proie facile.

**Finance islamique et cashless : la révolution qui n’aura pas lieu**

L’annonce de la fin du cash d’ici 2028 et le développement de la finance islamique sont deux projets ambitieux, mais qui révèlent les limites du modèle algérien. La finance islamique, censée répondre aux attentes d’une population majoritairement musulmane, est une réponse marketing plus qu’une révolution économique. Elle ne change rien aux déséquilibres structurels : une économie dépendante des hydrocarbures, une monnaie faible, et un secteur privé étouffé par la bureaucratie.

Quant à la fin du cash, elle est présentée comme une modernisation nécessaire. Pourtant, dans un pays où l’informel représente près de 50 % de l’économie, où la confiance dans les banques est quasi nulle, et où la corruption gangrène les institutions, cette transition ressemble à une fuite en avant. Les Algériens ont appris à se méfier des promesses étatiques. Le cash, c’est la liberté – ou du moins, l’illusion de la liberté – dans un système où tout le reste est contrôlé.

Derrière ces annonces se cache une réalité plus crue : l’Algérie cherche désespérément à attirer des investissements étrangers et à se conformer aux standards internationaux. Mais sans réformes structurelles (indépendance de la justice, lutte contre la corruption, libéralisation de l’économie), ces mesures resteront des coquilles vides.

**Infrastructures et environnement : le miroir brisé du développement**

Le tramway de Mostaganem, inauguré en grande pompe, est un symbole de cette Algérie qui veut croire en son avenir. Pourtant, à quelques centaines de kilomètres de là, les inondations révèlent l’anarchie urbaine et la corruption qui gangrènent le pays. Comment concilier ces deux visages ?

Les infrastructures algériennes sont à l’image de son développement : spectaculaires en surface, fragiles en profondeur. Les tramways, les autoroutes, les barrages sont autant de réalisations qui masquent mal l’absence de planification urbaine, la spéculation immobilière, et le mépris des normes environnementales. Quand les pluies arrivent, les villes s’effondrent. Quand la sécheresse s’installe, les nappes phréatiques s’épuisent.

L’environnement, lui, est le grand oublié de cette équation. L’Algérie possède d’énormes ressources énergétiques, mais elle les gaspille. Son modèle de développement, basé sur les hydrocarbures, est à la fois une malédiction et une opportunité. Une malédiction, car il enferme le pays dans une dépendance mortifère ; une opportunité, car l’Algérie pourrait devenir un leader des énergies renouvelables. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique qui fait défaut.

**Élections et démocratie : le théâtre de l’absurde**

La Cour suprême excluant les candidats de l’opposition, la campagne électorale s’achevant dans l’indifférence générale, l’autorité électorale en intérim depuis des mois : les élections algériennes sont un spectacle grotesque, où le pouvoir joue à se légitimer sans jamais prendre le risque de la démocratie.

Pourquoi organiser des élections si le résultat est connu d’avance ? Parce que le régime a besoin de cette mascarade pour maintenir l’illusion d’un État de droit. Les Algériens le savent. Ils ne croient plus aux urnes, mais ils jouent le jeu – par résignation, par peur, ou par calcul. Le vrai pouvoir, en Algérie, ne se trouve pas dans les institutions officielles, mais dans les coulisses : l’armée, les services de renseignement, les réseaux clientélistes.

Cette farce électorale a un coût. Elle mine la crédibilité de l’État, elle décourage la jeunesse, et elle prépare le terrain pour des crises futures. Quand les gens ne croient plus en rien, quand les institutions sont perçues comme des coquilles vides, la violence devient une option. L’Algérie n’est pas encore au bord de l’implosion, mais elle en prend le chemin.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie est un pays de contrastes, où les avancées technocratiques (tramways, finance islamique, salons agricoles) côtoient les reculs démocratiques et les crises structurelles. Pour l’instant, le système tient – grâce à la rente pétrolière, à la répression, et à l’apathie d’une partie de la population. Mais cette stabilité est illusoire.

Trois

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