Le président Abdelmadjid Tebboune a engagé une refonte du Code des investissements en Algérie, une mesure présentée comme un levier pour attirer les capitaux étrangers et relancer l’économie nationale. Cette réforme, annoncée récemment par le gouvernement, vise à simplifier les procédures administratives, offrir des incitations fiscales et sécuriser les investissements, notamment dans les secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables, l’agroalimentaire et les technologies.
Selon Le Moci, qui a détaillé les contours de cette réforme, le nouveau texte prévoit une réduction des délais d’obtention des autorisations, passant de plusieurs mois à quelques semaines pour certains projets. Les investisseurs étrangers bénéficieront également d’exonérations fiscales pendant une période de cinq à dix ans, selon la taille et la localisation des projets. Les zones économiques spéciales, comme celle de Bellara à Jijel, seront prioritaires pour ces avantages.
Le ministre des Finances, Laaziz Faid, a souligné lors d’une conférence de presse que cette réforme s’inscrit dans la stratégie du gouvernement pour diversifier l’économie, trop dépendante des hydrocarbures. « L’Algérie dispose d’un potentiel énorme dans des secteurs comme l’agriculture, les énergies vertes et les industries légères. Nous devons créer un environnement attractif pour les investisseurs, tout en protégeant les intérêts nationaux », a-t-il déclaré. Le texte prévoit aussi des garanties contre les nationalisations arbitraires et un mécanisme de règlement des différends plus transparent.
Des mesures pour rassurer les partenaires étrangers
L’un des points clés de la réforme est la création d’une Agence nationale de promotion des investissements (ANPI), qui centralisera les démarches et accompagnera les investisseurs depuis la conception du projet jusqu’à sa réalisation. Cette agence, inspirée de modèles comme celui du Maroc ou de la Tunisie, aura pour mission de faciliter les partenariats public-privé et de réduire les obstacles bureaucratiques. Selon des sources proches du dossier, l’ANPI sera dotée d’un budget conséquent et d’une autonomie de décision pour accélérer les procédures.
Les secteurs prioritaires ciblés par la réforme incluent les énergies renouvelables, où l’Algérie ambitionne de produire 15 000 mégawatts d’ici 2030, ainsi que l’agroalimentaire, avec un accent sur les cultures à haute valeur ajoutée comme les dattes et les oléagineux. Le tourisme, notamment dans les régions du Sud comme Tamanrasset et Djanet, est également visé, avec des incitations pour les investisseurs locaux et étrangers.
Cependant, des analystes économiques interrogés par El Watan soulignent que la réussite de cette réforme dépendra de sa mise en œuvre sur le terrain. « Les textes existent déjà, mais leur application a souvent été entravée par des lenteurs administratives et des résistances locales. Il faudra une volonté politique forte pour que ces mesures produisent des résultats concrets », explique un économiste algérien, sous couvert d’anonymat.
Les défis de la diversification économique
L’Algérie reste confrontée à des défis structurels, notamment une dépendance persistante aux revenus des hydrocarbures, qui représentent encore plus de 90 % des exportations. La chute des prix du pétrole en 2020 et la crise économique mondiale ont montré la vulnérabilité du modèle économique algérien. Le gouvernement mise donc sur cette réforme pour attirer des investissements dans des secteurs non pétroliers et créer des emplois, alors que le chômage des jeunes dépasse les 20 % selon les chiffres officiels.
Parmi les mesures phares, le nouveau Code des investissements prévoit également des facilités pour les start-ups et les PME, avec des prêts à taux préférentiels et un accès simplifié aux marchés publics. « Nous voulons encourager l’innovation et soutenir les entrepreneurs algériens, qui sont souvent freinés par des obstacles administratifs et financiers », a indiqué le ministre de l’Économie, Kamel Rezig, lors d’un séminaire organisé à Alger.
Réactions mitigées des acteurs économiques
Les réactions à cette réforme sont contrastées. Les milieux d’affaires saluent les avancées, mais certains investisseurs étrangers restent prudents. « L’Algérie a un potentiel énorme, mais les investisseurs ont besoin de stabilité juridique et de prévisibilité. Les annonces sont encourageantes, mais il faudra attendre de voir comment elles seront appliquées », déclare un représentant d’une multinationale européenne, sous condition d’anonymat.
Du côté des entrepreneurs locaux, l’enthousiasme est tempéré par des inquiétudes sur la capacité de l’État à tenir ses engagements. « Nous avons déjà vu des réformes similaires par le passé, mais elles ont souvent été vidées de leur substance par des pratiques bureaucratiques. Cette fois, il faudra un suivi rigoureux pour que les choses changent vraiment », estime un industriel algérois.
Le gouvernement algérien semble conscient de ces défis. Le Premier ministre, Nadir Larbaoui, a récemment insisté sur la nécessité d’une « rupture avec les anciennes méthodes » et d’une « approche pragmatique » pour attirer les investissements. « Nous ne pouvons plus nous contenter de discours. Il faut des actes concrets et une administration au service des citoyens et des investisseurs », a-t-il affirmé lors d’une réunion avec des représentants du patronat.
Un enjeu géopolitique pour l’Algérie
Cette réforme s’inscrit également dans un contexte géopolitique plus large. L’Algérie cherche à renforcer ses partenariats économiques avec l’Europe, l’Afrique et les pays du Golfe, tout en diversifiant ses alliances. Les tensions récurrentes avec la France, principal partenaire historique, ont poussé Alger à se tourner vers d’autres acteurs, comme l’Italie, l’Allemagne et la Chine.
Récemment, le président Tebboune a effectué une tournée en Asie, où il a signé plusieurs accords de coopération économique et technologique. Ces visites s’inscrivent dans une stratégie de diversification des partenariats, alors que l’Algérie cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de l’Europe. « Nous ne voulons pas mettre tous nos œufs dans le même panier. L’Algérie doit s’ouvrir à de nouveaux marchés et attirer des investisseurs de tous horizons », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf.
La réforme du Code des investissements est donc un test pour l’Algérie. Si elle est bien mise en œuvre, elle pourrait marquer un tournant dans la diversification de l’économie et la création d’emplois. Dans le cas contraire, elle risquerait de renforcer le scepticisme des investisseurs et de laisser le pays à la traîne dans une région en pleine mutation économique.