Revue de presse : Éducation Algérie, Universités algériennes, Santé Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan institutionnel**

L’Algérie contemporaine ressemble à ces fresques murales où se superposent des couches de peinture contradictoires : sous les couleurs vives des annonces officielles percent les fissures d’un système à bout de souffle. Les actualités des dix derniers jours dessinent un pays tiraillé entre deux forces antagonistes. D’un côté, une volonté affichée de modernisation – numérique, éducative, économique – portée par des partenariats internationaux et des investissements ciblés. De l’autre, un verrouillage politique et social qui étouffe les dynamiques émergentes, comme si l’État algérien, tel un Janus fatigué, regardait simultanément vers l’avenir et vers son propre nombril.

Cette schizophrénie n’est pas nouvelle, mais elle s’exprime avec une acuité particulière en 2024. L’Algérie est-elle en train de rater son rendez-vous avec l’histoire, ou prépare-t-elle, dans l’ombre, une mue dont les signes avant-coureurs nous échapperaient encore ? Pour le comprendre, il faut accepter de lire entre les lignes, là où les discours officiels se heurtent aux réalités vécues.

**L’ÉDUCATION, MIROIR DES AMBITIONS ET DES ÉCHECS DE L’ÉTAT**

L’Algérie mise sur l’éducation comme levier de développement, et les récentes annonces en témoignent : partenariats avec le Tchad, convention entre la Formation professionnelle et Djezzy pour former aux métiers du numérique, multiplication des bourses pour les étudiants en Russie. Ces initiatives, si elles sont louables, révèlent une approche à la fois opportuniste et désordonnée.

D’un côté, l’État cherche à externaliser une partie de sa jeunesse, comme en atteste l’explosion du nombre d’étudiants algériens en Russie – multiplié par dix. Une fuite en avant ? Pas seulement. C’est aussi une manière de désengorger un système universitaire local en crise, où les conditions de vie des étudiants (logement, sécurité, bourses) restent précaires, comme l’a rappelé le débat à l’UCAD. L’Algérie forme ses élites à l’étranger pour mieux les importer plus tard, une stratégie qui rappelle celle de la Chine des années 1980, mais avec une différence de taille : Pékin contrôlait étroitement le retour de ses « cerveaux », tandis qu’Alger semble compter sur la bonne volonté de sa diaspora.

De l’autre, la formation professionnelle se tourne vers le numérique, un secteur en pleine expansion. La convention avec Djezzy, opérateur télécoms, est symptomatique : l’État délègue à des acteurs privés la tâche de former une main-d’œuvre adaptée aux besoins du marché, faute de pouvoir le faire lui-même. Mais cette privatisation partielle de l’éducation pose question. Qui fixe les priorités ? Qui garantit que ces formations répondront aux besoins réels du pays, et non aux intérêts des opérateurs télécoms ? L’Algérie risque ici de reproduire les erreurs de l’Europe, où l’éducation est devenue un marché comme un autre, au détriment de l’intérêt général.

**LA SANTÉ, THERMOMÈTRE D’UN SYSTÈME EN SOUFFRANCE**

Le secteur de la santé algérien offre un contraste saisissant entre des préoccupations très locales (les effets des boissons énergisantes sur le système cardiovasculaire) et des comparaisons internationales qui en disent long sur l’état du pays. Pourquoi le CHU de Clermont-Ferrand est-il classé parmi les meilleurs hôpitaux de France, tandis que les hôpitaux algériens peinent à offrir des soins de base ? La réponse tient en un mot : gouvernance.

Les conflits larvés au CHU de Nice, où une plainte a été déposée contre la direction, rappellent ceux qui secouent régulièrement les établissements algériens. Mais là où la France dispose d’institutions capables de réguler ces tensions, l’Algérie, elle, semble incapable de sortir de l’impasse. Les hôpitaux publics algériens sont pris en étau entre une bureaucratie étouffante, un manque chronique de moyens et une corruption endémique. Résultat : les patients algériens qui en ont les moyens se tournent vers le privé ou l’étranger, creusant un peu plus les inégalités.

Pourtant, le pays dispose d’atouts. La diaspora algérienne, notamment en France, pourrait jouer un rôle clé dans le transfert de compétences. Mais encore faudrait-il que l’État algérien accepte de s’ouvrir, ce qu’il refuse obstinément. La santé, comme l’éducation, est un domaine où le contrôle politique prime sur l’efficacité. Tant que cette logique prévaudra, l’Algérie restera un pays où l’on meurt de maladies évitables, faute d’un système digne de ce nom.

**LA DIASPORA, RESSOURCE OUBLIÉE OU INSTRUMENTALISÉE ?**

La diaspora algérienne est à la fois courtisée et méprisée. D’un côté, les autorités multiplient les appels à investir en Algérie, promettant des secteurs « porteurs » comme l’agroalimentaire, les énergies renouvelables ou le numérique. De l’autre, elles maintiennent une relation de défiance, comme en témoigne l’exil de personnalités comme Zaho, qui déclare « fuir l’Algérie » sans autre explication.

Cette ambivalence est révélatrice. La diaspora est perçue comme une manne financière (les transferts d’argent représentent plusieurs milliards de dollars par an), mais aussi comme une menace politique. Les Algériens de l’étranger sont souvent suspectés de porter des idées « subversives » – libéralisme économique, droits de l’homme, laïcité – incompatibles avec le système algérien. D’où cette politique schizophrène : on les invite à investir, mais on leur refuse toute influence sur les décisions.

Pourtant, des success stories existent, comme cet entrepreneur algérien de France qui a réussi dans le saumon fumé. Mais ces cas restent marginaux, car l’Algérie n’offre pas le cadre juridique et fiscal nécessaire pour attirer massivement les capitaux de sa diaspora. Pire, les tracasseries administratives et la corruption découragent même les plus motivés. Résultat : la majorité des investissements de la diaspora se font dans l’immobilier ou le commerce, des secteurs peu productifs, plutôt que dans l’industrie ou l’innovation.

**LE NUMÉRIQUE, ENTRE PROGRÈS TECHNIQUE ET RÉGRESSION POLITIQUE**

L’Algérie se targue d’être à la pointe du numérique, avec des annonces sur la 5G, la maintenance des câbles sous-marins et des partenariats avec Ooredoo. Pourtant, ces avancées techniques contrastent avec un contrôle toujours plus strict d’Internet. Les perturbations annoncées mardi ne sont pas dues à des pannes, mais à des interventions étatiques, comme c’est souvent le cas en période de tension politique.

Cette contradiction est emblématique de la stratégie algérienne : moderniser les infrastructures pour mieux contrôler les contenus. La 5G, présentée comme un outil de développement économique, sera aussi un outil de surveillance. Les opérateurs télécoms, comme Djezzy, sont sommés de collaborer avec l’État, au risque de perdre leurs licences. Dans ce contexte, les formations au numérique financées par ces mêmes opérateurs ressemblent à une opération de communication plus qu’à une véritable politique d’innovation.

L’Algérie rate ici une occasion historique. Le numérique pourrait être un levier de démocratisation, comme l’a montré le Printemps arabe. Mais au lieu de cela, le pays préfère imiter la Chine : un Internet performant, mais verrouillé. Cette approche a un coût. En bridant la liberté d’expression, l’Algérie se prive des talents de sa jeunesse, qui préfère souvent s’exiler plutôt que de travailler dans un environnement aussi contraignant.

**LE PATRIMOINE, OU L’ART DE CAPITALISER SUR L’IDENTITÉ SANS LA VIVRE**

L’inscription du couscous au patrimoine immatériel de l’Unesco en 2020 a été présentée comme une victoire pour le Maghreb. Pourtant, cette reconnaissance officielle cache une réalité plus sombre : l’Algérie peine à valoriser son patrimoine autrement que par des symboles.

Le couscous est devenu un enjeu géopolitique, une manière pour l’Algérie, le Maroc et la Tunisie de s’affirmer sur la scène internationale. Mais qu’en est-il de la transmission de ce patrimoine ? Dans les faits, la cuisine algérienne traditionnelle recule face à la malbouffe, les savoir-faire artisanaux disparaissent, et les jeunes générations se détournent des métiers de l’artisanat au profit de carrières plus « modernes ».

Cette déconnexion entre le discours officiel et la réalité quotidienne est criante. L’Algérie célèbre son patrimoine, mais ne lui donne pas les moyens de survivre. Les festivals, comme celui d’Oran du film arabe, sont des vitrines, pas des incubateurs de talents. Quant à la littérature, elle est soit censurée (comme en témoigne le refus de Boualem Sansal de se pourvoir en cassation), soit réduite à des œuvres consensuelles, comme The Lovers of Algiers, qui évitent soigneusement les sujets qui fâchent.

**LES ÉLECTIONS, OU L’ILLUSION DÉMOCRATIQUE**

Les élections législatives algériennes, prévues dans un mois, s’annoncent comme un nouveau simulacre démocratique. La Cour suprême a exclu les candidats de trois partis d’opposition, confirmant que le jeu politique algérien reste verrouillé. L’autorité électorale, toujours en intérim, symbolise cette paralysie institutionnelle.

Pourtant, le pouvoir algérien a besoin de ces élections. Non pas pour légitimer un processus démocratique, mais pour donner l’illusion d’un système qui fonctionne. Les médias officiels mettront en avant une participation élevée (grâce à la pression administrative), tandis que l’opposition sera réduite au silence. C’est une stratégie éprouvée : depuis des décennies, l’Algérie organise des élections pour mieux les vider de leur sens.

Cette mascarade a un coût. En refusant toute alternance, le pouvoir algérien s’enferme dans une logique de court terme, où la stabilité prime sur le développement. Les jeunes Algériens, qui représentent plus de 70 % de la population, n’ont plus confiance dans les institutions. Beaucoup se tournent vers l’exil, d’autres vers des mouvements informels, comme le Hirak, qui a montré que la rue reste le seul espace de contestation possible.

**L’ÉCONOMIE, ENTRE RENTIÈRE ET RÉVOLUTION NUMÉRIQUE**

L’économie algérienne reste prisonnière de sa dépendance aux hydrocarbures. Pourtant, les récentes annonces sur l’inflation, les retraites et les impôts montrent que le pays tente, timidement, de se diversifier. Mais ces efforts se heurtent à des

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