Revue de presse : Commerce Algérie, Tourisme Algérie, Innovation Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan économique**

L’Algérie contemporaine est un pays de contrastes si violents qu’ils en deviennent presque métaphysiques. D’un côté, une volonté affichée de diversification économique, portée par des salons internationaux, des startups agricoles et des innovations technologiques ; de l’autre, une dépendance aux hydrocarbures si structurelle qu’elle en devient une seconde nature, un ADN économique dont on ne sait plus si elle est une malédiction ou une béquille. Les actualités de ces dernières semaines dessinent le portrait d’un État en équilibriste, cherchant à concilier modernité et conservatisme, ouverture et souveraineté, jeunesse et gérontocratie.

Ce qui frappe, c’est l’absence de hasard dans cette juxtaposition de nouvelles. Derrière les annonces de salons, de festivals ou de partenariats technologiques se cache une stratégie – ou plutôt une tactique – de survie. L’Algérie ne se transforme pas : elle s’adapte, avec cette intelligence des peuples qui ont appris à naviguer entre les contraintes sans jamais les briser. Mais jusqu’à quand ?

**La diplomatie économique : entre soft power et dépendance stratégique**

Le Salon africain des affaires à Alger et la participation algérienne à l’IFSA Africa en Tunisie ne sont pas de simples événements commerciaux. Ils s’inscrivent dans une offensive diplomatique plus large, où l’Algérie tente de se positionner comme un hub continental, un pont entre l’Afrique et l’Europe. Pourtant, cette ambition se heurte à une réalité crue : l’Algérie reste un pays rentier, dont l’influence économique dépend encore à 90% des exportations d’hydrocarbures.

Le Festival du cinéma russe à Alger et la projection de « Pour une poignée de sable » au Festival international du film arabe d’Oran révèlent une autre facette de cette stratégie : le soft power culturel. En accueillant des événements cinématographiques étrangers, l’Algérie cherche à se présenter comme un acteur culturel ouvert, tout en contrôlant soigneusement les récits. Le cinéma algérien, lui, reste un champ de bataille idéologique, où les thèmes de la mémoire coloniale, de la guerre d’indépendance et des tensions sociales sont à la fois célébrés et censurés.

Cette dualité se retrouve dans le domaine pharmaceutique, où l’Algérie annonce un nouveau traitement oncologique produit localement, tout en voyant l’Europe approuver un vaccin à ARN messager hors Covid. L’Algérie veut-elle devenir un acteur autonome de la santé, ou reste-t-elle condamnée à importer des technologies qu’elle ne maîtrise pas ? La réponse est dans les chiffres : malgré des avancées locales, le pays dépend encore massivement des laboratoires étrangers.

**L’innovation : un miroir aux alouettes ?**

L’émergence d’Othmane DZ, présenté comme un « phénomène » franco-algérien, et les réflexions sur la littérature algérienne (notamment via les éditions Barzakh) posent une question cruciale : l’Algérie est-elle en train de produire une nouvelle élite intellectuelle et technologique, ou ces figures ne sont-elles que des exceptions qui confirment la règle ?

La littérature algérienne, souvent coincée entre deux langues (arabe et français), deux histoires (coloniale et postcoloniale), et deux géographies (l’exil et la patrie), est un laboratoire des tensions identitaires du pays. Les éditions Barzakh, qui fêtent leurs 25 ans, ont su capturer cette ambiguïté, publiant des auteurs qui naviguent entre tradition et modernité. Mais cette vitalité culturelle contraste avec le manque criant d’infrastructures pour les jeunes talents.

Dans le domaine technologique, la participation algérienne à la réunion de Barcelone sur l’IA dans les télécommunications est un signe encourageant. Pourtant, le décret français de Sébastien Lecornu sur la conservation de masse des données par les opérateurs télécoms rappelle que l’Algérie, comme beaucoup de pays, est prise dans un étau : d’un côté, elle veut développer une économie numérique souveraine ; de l’autre, elle doit composer avec les géants étrangers qui contrôlent les infrastructures.

La start-up nation algérienne est encore un rêve. La présence de l’Algérie à la conférence de la FAO à Nouakchott et l’ouverture du Sipsa-Filaha (salon agricole) montrent une volonté de moderniser l’agriculture, mais les résultats restent modestes. L’Italie, elle, accélère son offensive stratégique en Algérie, preuve que les partenariats se font toujours au profit des plus forts.

**Les hydrocarbures : la malédiction qui ne dit pas son nom**

Le gaz de schiste et les projets miniers en Kabylie (zinc et plomb) sont les deux faces d’une même pièce : l’Algérie reste prisonnière de son sous-sol. Les villages kabyles touchés par les futures mines expriment une amertume qui rappelle celle des régions pétrolières du Sud, où les populations locales voient les richesses s’envoler sans que leurs conditions de vie ne s’améliorent.

Pourtant, l’Algérie continue de parier sur les hydrocarbures comme unique levier de développement. La Grande Mosquée d’Alger, présentée comme un symbole de l’identité architecturale nationale, est aussi un monument financé par la rente pétrolière. Quand le pétrole baisse, c’est tout l’édifice qui tremble.

La banque algérienne illustre cette dépendance : El Baraka finance des voitures (la Fiat Grande Panda), BANK BEA ouvre une agence à Marseille… mais ces initiatives restent marginales. Le vrai défi serait de financer des projets industriels ou technologiques, pas des consommations de masse.

**La jeunesse : entre désillusion et réinvention**

Les actualités sur la jeunesse algérienne sont à la fois les plus prometteuses et les plus inquiétantes. Les stages de cirque à Paris, les écoles de musique et de théâtre, le Badaboum Théâtre qui fête ses 25 ans… tout cela montre une vitalité culturelle indéniable. Mais ces initiatives restent cantonnées à des niches, souvent portées par des passionnés plutôt que par une politique publique cohérente.

L’Algérie a une jeunesse nombreuse, éduquée, connectée… et frustrée. Les Hirak de 2019 ont montré que cette génération n’accepte plus le statu quo. Pourtant, les structures économiques et politiques du pays n’offrent aucune perspective à cette énergie. Les jeunes Algériens ont trois choix : l’exil, l’entrepreneuriat précaire, ou l’intégration dans un système qui les étouffe.

**Conclusion : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie est un pays qui joue avec le feu. Elle veut se diversifier, mais sans toucher aux hydrocarbures, son unique source de revenus. Elle veut innover, mais sans remettre en cause les structures clientélistes qui étouffent l’économie. Elle veut former sa jeunesse, mais sans lui offrir de débouchés.

Trois scénarios se dessinent :

1. Le scénario optimiste (mais improbable) : L’Algérie parvient à transformer sa rente pétrolière en un véritable écosystème industriel et technologique. Les startups agricoles, les innovations numériques et les partenariats culturels deviennent des moteurs de croissance. La jeunesse trouve sa place dans une économie modernisée.

2. Le scénario réaliste (et inquiétant) : L’Algérie reste un pays rentier, avec des poussées de diversification qui ne changent pas la donne. La jeunesse continue de partir, les inégalités se creusent, et les tensions sociales s’aggravent. Les hydrocarbures finissent par s’épuiser, laissant le pays dans une crise économique et politique majeure.

3. Le scénario révolutionnaire (et dangereux) : La frustration de la jeunesse et des classes moyennes explose à nouveau, comme en 2019. Mais cette fois, le mouvement ne se contente plus de demander des réformes : il exige un changement de système. L’Algérie bascule dans l’inconnu, entre transition démocratique et chaos.

L’Algérie a les cartes en main. Mais le temps presse. Les hydrocarbures ne dureront pas éternellement, et la jeunesse ne restera pas éternellement patiente. Le pays doit choisir : soit il se réforme en profondeur, soit il risque de sombrer dans une crise dont il ne se relèvera pas. La question n’est plus si l’Algérie peut changer, mais comment – et à quel prix.

Laisser un commentaire