Revue de presse : Algérie Afrique subsaharienne, Diplomatie algérienne, Musique algérienne…

**L’Algérie, ou l’art de la schizophrénie géopolitique**

À première vue, l’Algérie semble jouer une partition cohérente : rupture avec les Émirats, répression des opposants, promotion des énergies renouvelables, et même une timide ouverture sur les questions de santé publique (ménopause, oncologie). Pourtant, sous cette apparente unité se cache un kaléidoscope de logiques antagonistes. L’État algérien, tel un Janus aux deux visages, alterne entre une posture de « forteresse assiégée » – justifiant la répression au nom de la stabilité – et une stratégie de modernisation sélective, où l’innovation technologique (solaire, télécoms) cohabite avec l’archaïsme politique (élections verrouillées, censure culturelle).

Cette dualité n’est pas nouvelle. Elle rappelle la formule de Frantz Fanon : « L’Algérie est un pays qui se veut révolutionnaire mais qui reste profondément conservateur. » Aujourd’hui, la révolution se limite aux discours, tandis que le conservatisme s’incarne dans la persistance d’un système où le pouvoir se reproduit par la cooptation, la corruption et la criminalisation du dissensus.

**La corruption, ou l’économie politique de la prédation**

Le cas du maire d’El Biar, suspendu dans l’affaire du neveu de Bouteflika, illustre une autre facette de cette économie politique : la corruption n’est pas un dysfonctionnement, mais un mode de gouvernance. Elle permet de maintenir la loyauté des élites locales tout en offrant des boucs émissaires lorsque la pression populaire ou internationale devient trop forte. Comme le notait Frédéric Lordon, « la corruption est le lubrifiant des régimes autoritaires » – elle achète le silence des uns et la complicité des autres.

Pourtant, cette logique prédatrice entre en collision avec les ambitions affichées de diversification économique. Comment concilier la promotion des énergies renouvelables (solaire) ou des télécommunications (baisse des droits de douane sur les smartphones) avec un système où les contrats publics sont attribués sur la base de loyautés plutôt que de compétences ? L’Algérie est prise dans un piège : elle a besoin d’investissements étrangers pour moderniser son économie, mais ces investissements menacent les rentes des élites en place.

**Diplomatie : l’Algérie, championne des ruptures symboliques**

Mais cette rupture est aussi un message interne. En affichant sa fermeté face aux Émirats – accusés de soutenir des mouvements islamistes ou de vouloir déstabiliser l’Algérie –, le régime de Tebboune cherche à consolider son image de garant de la stabilité. C’est une stratégie classique des régimes autoritaires : désigner un ennemi extérieur pour souder la nation autour du pouvoir.

Pourtant, cette diplomatie de la confrontation cache une réalité plus prosaïque : l’Algérie reste dépendante des hydrocarbures, et donc des marchés internationaux. Sa capacité à jouer les trouble-fête est limitée par sa vulnérabilité économique. Comme le disait Jacques Vergès, « la politique étrangère d’un État est toujours le reflet de ses faiblesses intérieures ». En l’occurrence, l’Algérie compense son manque de leviers économiques par une rhétorique souverainiste – mais jusqu’à quand ?

**Culture et répression : le silence comme politique publique**

Le cas de Lounis Aït Menguellet, figure tutélaire de la chanson kabyle, est emblématique. Son œuvre, qui mêle résistance identitaire et questionnement métaphysique, est tolérée tant qu’elle reste confinée à un public restreint. Mais dès qu’elle menace de devenir un symbole de contestation, l’État intervient. La culture en Algérie est ainsi réduite à un folklore inoffensif ou à une contre-culture réprimée.

Cette logique sécuritaire s’étend aux droits humains. Les rapports des ONG sur la situation en 2025 – présentés au Vatican, rien de moins – dressent un tableau accablant : restrictions des libertés religieuses, persécution des chrétiens, emprisonnements arbitraires. Le paradoxe est saisissant : l’Algérie, qui se présente comme un pays moderne et ouvert, pratique une forme de laïcité autoritaire où la religion (l’islam officiel) est instrumentalisée pour justifier la répression.

**Santé et genre : les tabous qui résistent**

Pourquoi ? Parce que la santé des femmes est un enjeu politique. En Algérie, comme dans beaucoup de sociétés patriarcales, le corps des femmes est un territoire à contrôler. La ménopause, qui marque la fin de la période reproductive, est perçue comme une menace pour l’ordre social. Parler de ménopause, c’est parler de sexualité, de désir, de liberté – des sujets que le régime préfère ignorer.

Pourtant, cette omerta est de plus en plus intenable. Les femmes algériennes, notamment les jeunes générations, sont de moins en moins disposées à accepter ces silences. Les réseaux sociaux, malgré la censure, deviennent des espaces de libération de la parole. Mais le chemin est encore long : entre les lois progressistes (comme celle sur les violences faites aux femmes) et leur application sur le terrain, le fossé reste béant.

**Élections : la démocratie comme simulacre**

L’interminable intérim à la tête de l’autorité électorale est révélateur : cette institution, censée garantir la transparence, est elle-même un instrument du pouvoir. Comme le disait Jacques Vergès, « en Algérie, les élections sont comme les matchs de football : on connaît le résultat avant le coup d’envoi ».

Pourtant, cette mascarade électorale a un coût. Elle creuse le fossé entre le régime et une jeunesse de plus en plus désabusée. Les Algériens ne croient plus aux urnes, mais ils n’ont pas non plus d’alternative. Le Hirak, ce mouvement de protestation populaire né en 2019, a été écrasé, et ses leaders sont soit en prison, soit en exil. Dans ce contexte, la colère s’exprime de manière diffuse : par l’abstention, par la migration, ou par des formes de résistance individuelle.

**Télécoms et solaire : les mirages de la modernisation**

Prenons l’exemple des télécommunications. La réduction des droits de douane est une bonne nouvelle pour les consommateurs, mais elle ne résout pas le problème de fond : l’Algérie manque d’infrastructures numériques de qualité. Les opérateurs privés, comme Djezzy ou Mobilis, sont soumis à des pressions politiques qui limitent leur capacité à innover. Quant au projet de taxe sur les géants du Net, il rappelle les velléités protectionnistes d’un État qui veut contrôler l’information.

Même constat pour le solaire. L’Algérie a un potentiel énorme en la matière, mais les projets peinent à se concrétiser. Pourquoi ? Parce que les énergies renouvelables menacent les intérêts des lobbies pétroliers et gaziers, qui restent les véritables maîtres du jeu économique. Comme le disait Aurélien Barrau, « la transition écologique n’est pas une question technique, mais politique ». En Algérie, elle se heurte à un système où les rentes fossiles sont indétrônables.

**Climat : l’écologie comme vitrine**

Pourtant, le changement climatique est une réalité tangible en Algérie. Les sécheresses récurrentes, la désertification, les inondations : ces phénomènes menacent directement la sécurité alimentaire et hydrique du pays. Mais le régime préfère les discours aux actes. Comme le soulignait le rapport du GIEC, l’Algérie est l’un des pays les plus vulnérables aux effets du réchauffement climatique – et l’un des

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