Saidal et la Somalie scellent un partenariat pharmaceutique stratégique

La visite officielle du président somalien Hassan Cheikh Mohamoud en Algérie a pris une tournure économique concrète avec sa visite, ce mercredi, au siège du groupe pharmaceutique public Saidal à Alger. Cette rencontre, suivie d’une visite des unités de production de l’entreprise à Baba Ali, marque une étape dans le rapprochement entre les deux pays, avec des implications directes pour l’industrie locale et les échanges régionaux.

D’après les déclarations rapportées par l’agence APS, le président somalien a salué la capacité de Saidal à produire des médicaments essentiels, notamment des antirétroviraux, des vaccins et des traitements contre le paludisme. « L’Algérie dispose d’une expertise que la Somalie souhaite exploiter pour renforcer son système de santé », a-t-il déclaré devant les médias. Le groupe Saidal, qui exporte déjà vers une vingtaine de pays africains, voit dans cette collaboration une opportunité d’étendre son influence sur le marché est-africain, où la demande en produits pharmaceutiques est en forte croissance.

Un accord-cadre a été signé entre Saidal et le ministère somalien de la Santé, prévoyant la formation de techniciens somaliens dans les usines algériennes et la création d’une joint-venture pour la production locale de médicaments génériques. Selon le PDG de Saidal, Mourad Meghit, cité par El Moudjahid, cette initiative s’inscrit dans la stratégie du groupe de « diversifier ses partenariats en Afrique, où les besoins en santé publique sont immenses et les opportunités sous-exploitées ». Le projet inclurait également la construction d’une usine de fabrication de sérums et de solutés en Somalie, avec un transfert de technologie algérien.

Cette collaboration s’inscrit dans un contexte plus large de relance des relations économiques entre l’Algérie et les pays africains. Depuis 2020, Alger a multiplié les accords bilatéraux, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de la pharmacie. La Somalie, en pleine reconstruction après des décennies de conflits, représente un marché potentiel pour les entreprises algériennes, avec une population de 17 millions d’habitants et des besoins criants en infrastructures sanitaires. Selon un rapport récent de la Banque africaine de développement (BAD), le pays importe près de 90 % de ses médicaments, une dépendance que l’Algérie pourrait contribuer à réduire.

Pour Saidal, ce partenariat pourrait aussi servir de vitrine pour d’autres projets en Afrique de l’Est. Le groupe, qui a enregistré un chiffre d’affaires de 25 milliards de dinars en 2024, mise sur l’export pour compenser la saturation du marché local. « La Somalie n’est qu’une première étape. Nous visons aussi l’Éthiopie, le Kenya et la Tanzanie », a confié un cadre du groupe sous couvert d’anonymat. L’entreprise a déjà obtenu des certifications de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour plusieurs de ses produits, un atout pour pénétrer des marchés exigeants.

Cependant, des défis persistent. La Somalie reste un pays instable, avec des risques sécuritaires et logistiques qui pourraient freiner les investissements. Par ailleurs, la concurrence des laboratoires indiens et chinois, déjà bien implantés en Afrique, est féroce. « Les Chinois proposent des prix imbattables, et les Indiens ont une avance en matière de production de génériques », explique un expert en santé publique à l’université d’Alger. Pour Saidal, la clé réside dans la qualité et la proximité : « Nous ne pouvons pas rivaliser sur les coûts, mais nous pouvons offrir une production locale, adaptée aux besoins spécifiques de la région », analyse Mourad Meghit.

Sur le plan diplomatique, cette visite s’inscrit dans la volonté de l’Algérie de renforcer son rôle en Afrique, notamment après son retour à l’Union africaine en 2023 et son adhésion à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Le président Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs souligné, lors d’un discours en 2024, que « l’Afrique est une priorité pour l’Algérie, et la santé en est un pilier ». La Somalie, membre de la Ligue arabe et de l’Union africaine, représente un partenaire stratégique pour Alger, notamment dans la Corne de l’Afrique, une région où l’influence turque et émiratie est croissante.

Les retombées économiques de ce partenariat pourraient être significatives. Selon les estimations du ministère du Commerce, les exportations algériennes vers l’Afrique ont atteint 1,2 milliard de dollars en 2024, en hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. Les produits pharmaceutiques, qui représentent environ 8 % de ces exportations, sont l’un des secteurs les plus dynamiques. « Si le projet somalien se concrétise, il pourrait générer des centaines d’emplois en Algérie et des millions de dollars de revenus supplémentaires », estime un analyste économique interrogé par TSA.

Reste à savoir si ce partenariat résistera aux aléas politiques et sécuritaires. La Somalie, bien que stabilisée ces dernières années, reste fragile. Pour l’Algérie, le défi est double : sécuriser ses investissements tout en positionnant Saidal comme un acteur clé de la santé publique en Afrique. Une chose est sûre : cette visite marque un tournant dans la coopération algéro-somalienne, avec des implications qui dépassent le seul secteur pharmaceutique.

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