L’Algérie entre dans une période électorale tendue. Le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé récemment la tenue d’élections législatives anticipées, sans en préciser la date exacte. Cette décision intervient dans un climat marqué par une grogne sociale persistante, amplifiée par des difficultés économiques et des revendications salariales. Selon Africanews, les mouvements de protestation, bien que moins visibles que durant le Hirak, n’ont pas disparu et pourraient influencer le scrutin.
Les syndicats autonomes, notamment ceux des secteurs de la santé et de l’éducation, multiplient les grèves et les sit-in. Le Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest) a appelé à une journée de grève nationale en septembre 2024, exigeant une revalorisation des salaires et de meilleures conditions de travail. D’après L’Expression, ces mobilisations reflètent un mécontentement plus large, lié à l’inflation et à la hausse des prix des produits de première nécessité. Les prix des légumes, par exemple, ont augmenté de près de 30 % en un an, selon les données du ministère du Commerce.
Le gouvernement algérien tente de répondre à ces tensions par des mesures ponctuelles. En juillet 2024, Tebboune a annoncé une augmentation des salaires dans la fonction publique, ainsi qu’une prime exceptionnelle pour les retraités. Cependant, ces annonces n’ont pas suffi à apaiser les critiques. Des économistes, cités par El Watan, estiment que ces mesures sont insuffisantes face à la dégradation du pouvoir d’achat. « Les augmentations salariales sont absorbées par l’inflation, et les primes ne résolvent pas les problèmes structurels de l’économie », explique un analyste financier.
Sur le plan politique, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), partis traditionnellement alliés au pouvoir, préparent activement la campagne électorale. Le FLN, dirigé par Abderrahmane Belayat, mise sur son ancrage historique pour mobiliser l’électorat, tandis que le RND, présidé par Tayeb Zitouni, tente de se repositionner comme une force modernisatrice. Cependant, leur légitimité est contestée par une partie de la population, qui les associe à l’immobilisme des années Bouteflika.
Les partis d’opposition, quant à eux, peinent à s’organiser. Le Mouvement démocratique et social (MDS), dirigé par Fethi Ghares, et le Parti des travailleurs (PT), mené par Louisa Hanoune, appellent au boycott des élections, qu’ils qualifient de « mascarade ». Selon eux, les conditions d’un scrutin libre et transparent ne sont pas réunies. « Les élections en Algérie sont toujours organisées sous le contrôle de l’armée et des services de sécurité, sans réelle compétition », déclare un membre du MDS, cité par Atalayar.
La question de la participation électorale sera un enjeu clé. Lors des dernières législatives, en 2021, le taux de participation avait été de seulement 23 %, un record de faible mobilisation. Les autorités algériennes espèrent cette fois-ci une meilleure affluence, notamment grâce à des campagnes de sensibilisation et à l’introduction de nouvelles technologies, comme le vote électronique. Cependant, les doutes persistent sur la crédibilité du processus. L’Observatoire national des élections (ONEL), une instance officielle, a été critiqué pour son manque d’indépendance.
Sur le plan international, la réélection de Tebboune en 2024 avait déjà suscité des tensions, notamment avec la France. La presse algérienne, comme le rapporte Atalayar, avait vivement réagi aux critiques formulées par Paris sur la régularité du scrutin. « La France n’a pas à donner de leçons à l’Algérie sur la démocratie », avait écrit le quotidien El Moudjahid. Ces tensions diplomatiques s’ajoutent aux défis internes, compliquant la tâche du gouvernement.
L’économie algérienne reste dépendante des hydrocarbures, malgré les efforts de diversification. La Sonatrach, dirigée par Rachid Hachichi, a annoncé récemment des investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures ferroviaires, comme le souligne l’Agence Ecofin. Cependant, ces projets mettront des années à porter leurs fruits. En attendant, le pays doit faire face à un déficit budgétaire croissant et à une baisse des réserves de change.
Les prochains mois seront décisifs pour l’Algérie. Entre les législatives anticipées, les revendications sociales et les défis économiques, Tebboune devra naviguer dans un contexte complexe. Les Algériens, eux, attendent des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes. Comme le résume un habitant d’Alger interrogé par Africanews : « On ne veut plus de promesses, on veut des solutions. »