Revue de presse : Géopolitique Maghreb, Algériens à l’étranger, Transport Algérie…

**L’Algérie en mouvement : une cohérence dans le chaos ?**

Le fil rouge ? Une quête désespérée d’autonomie, qu’elle soit énergétique, pharmaceutique ou symbolique, mais aussi une peur viscérale de l’ouverture, qui se traduit par des contradictions systémiques : on exporte des médicaments tout en important des compétences, on forme des techniciens solaires mais peine à électrifier le Sud, on célèbre les chercheurs tout en laissant fuir les talents. L’Algérie est un pays où l’on construit des trains pour relier des mines d’un autre siècle, tandis que des artistes comme Zaho clament leur désillusion depuis l’étranger. Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire : c’est une radiographie des fractures et des espoirs d’une nation en quête de réinvention.

**Souveraineté industrielle : le grand bond en avant… ou le dernier sursaut ?**

Le secteur pharmaceutique illustre cette ambiguïté. Saïdal signe un partenariat avec Boehringer Ingelheim pour produire un traitement contre la fibrose pulmonaire, tandis que des start-ups comme Orion LAB cassent les prix des médicaments. Mais dans le même temps, le Kenya dévoile une stratégie ambitieuse de fabrication locale de produits de santé, là où l’Algérie se contente de « légiférer la préparation des médicaments en hôpitaux » – une demi-mesure qui trahit un manque de vision industrielle à long terme. La souveraineté pharmaceutique, comme la souveraineté sucrière (avec la betterave), est un combat réel, mais il reste menacé par deux écueils : la bureaucratie, qui étouffe l’innovation, et la fuite des cerveaux, qui prive le pays des compétences nécessaires pour passer à l’échelle.

Car c’est là que le bât blesse : l’Algérie forme des chercheurs (comme en témoignent les bourses Petrache Poenaru), mais ne parvient pas à les retenir. Le président de la République célèbre les « lauréats du Prix pour le chercheur innovant », mais dans le même temps, des figures comme Zaho, star de la diaspora, avouent fuir un pays qui ne leur offre aucune perspective. Cette contradiction est au cœur du drame algérien : on investit dans l’éducation (Hassani Cherif veut une réforme structurelle) et la recherche (Kamel Baddari parle d’ »université valeur ajoutée »), mais sans créer les conditions d’un écosystème où ces compétences pourraient s’épanouir. Résultat ? Les talents partent, et l’Algérie reste dépendante des importations de savoir-faire, malgré ses ambitions affichées.

**Énergie et éducation : les deux maillons faibles de la transition**

L’éducation, elle, est le miroir de ces blocages. Les débats sur le LMD ou le curriculum classique masquent une réalité plus crue : le système algérien est malade de son élitisme et de son décalage avec les besoins du marché. Hassani Cherif et Hédi Larbi (Tunisie) plaident pour une modernisation, mais leurs propositions butent sur une administration sclérosée et une société qui, malgré ses diplômés, reste sous-employée. Le paradoxe est saisissant : l’Algérie produit des ingénieurs, des médecins, des chercheurs, mais ne parvient pas à les intégrer dans une économie productive. Résultat, les jeunes diplômés se tournent vers l’entrepreneuriat (comme ce Franco-Algérien qui a percé dans le saumon fumé) ou l’exil.

Cette fuite des compétences est d’autant plus dramatique qu’elle prive le pays des ressources humaines nécessaires à sa transition. Comment développer une industrie solaire sans techniciens qualifiés ? Comment innover en pharmacie sans chercheurs ? Comment moderniser le cinéma algérien sans scénaristes et réalisateurs audacieux ? L’Algérie est prise dans un cercle vicieux : elle a besoin de réformes structurelles pour retenir ses talents, mais ces réformes nécessitent justement… des talents pour les porter.

**Culture et sport : les vitrines d’une Algérie en quête de sens**

Le football, lui, est un baromètre des tensions sociales. La nomination d’Ali Moucer, un Franco-Algérien, à la tête de la DTN de la FAF, est un symbole fort : l’Algérie compte sur sa diaspora pour redorer le blason de ses Verts, après des années de résultats décevants. Mais cette stratégie révèle aussi une dépendance aux compétences extérieures, comme dans les autres secteurs. Abdelkader Ghezzal, rappelé en sélection à 38 ans, incarne cette nostalgie d’une équipe qui fut grande, mais qui peine à se renouveler. Le football algérien, comme l’industrie ou la recherche, est en quête d’un second souffle.

Ces deux domaines illustrent une vérité plus large : l’Algérie a un problème de narration. Son cinéma, son football, mais aussi sa recherche ou son industrie, manquent d’une vision cohérente qui les relierait à un projet national. Les succès ponctuels (un film primé, une victoire en Coupe d’Afrique) ne suffisent pas à masquer l’absence d’une stratégie globale. L’Algérie brille par ses individualités (Zaho, les chercheurs primés, les entrepreneurs innovants), mais peine à fédérer ces forces autour d’un récit commun.

**L’Algérie en 2030 : entre effondrement et renaissance**

Mais ce scénario optimiste se heurte à une réalité plus sombre. L’Algérie pourrait aussi s’enliser dans ses contradictions : une économie toujours dépendante des hydrocarbures, une industrie pharmaceutique et agroalimentaire incapable de rivaliser avec les géants internationaux, une fuite des cerveaux qui s’accélère, et une jeunesse désillusionnée, prête à tout pour quitter le pays. Dans ce cas, le pays risquerait de devenir une « nation fantôme », riche en ressources mais pauvre en capital humain, où les trains de Gara Djebilet ne serviraient qu’à exporter des matières premières vers l’Europe ou la Chine, sans jamais créer de valeur locale.

Le choix entre ces deux scénarios dépendra de la capacité de l’Algérie à surmonter ses peurs. Peur de l’ouverture, qui pousse à protéger des secteurs inefficients plutôt qu’à les réformer. Peur de la décentralisation, qui maintient le pouvoir entre les mains d’une élite vieillissante. Peur de la jeunesse, perçue comme une menace plutôt qu’une opportunité. Pourtant, l’histoire montre que les nations qui réussissent sont celles qui osent prendre des risques. L’Algérie a tous les atouts pour devenir une puissance régionale : des ressources naturelles, une diaspora talentueuse, une jeunesse éduquée. Mais elle doit d’abord accepter de se regarder en face, avec ses forces et ses faiblesses, et construire un projet qui dépasse les clivages du passé.

La question n’est pas de savoir si l’Algérie peut réussir, mais si elle osera. Dans dix ans, nous saurons si les trains de Gara Djebilet auront transporté autre chose que du minerai : l’espoir d’un pays enfin réconcilié avec son avenir.

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