Cette semaine, les ministres de l’Intérieur algérien, tunisien et libyen se sont réunis à Tunis pour une rencontre tripartite consacrée à la sécurité des frontières. Selon Business News, cette coordination vise à endiguer les trafics illicites et les mouvements de groupes armés dans la région sahélo-saharienne. Le ministre algérien de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, a souligné l’urgence d’une action concertée face à la recrudescence des réseaux de contrebande et des infiltrations terroristes.
Les discussions ont porté sur le déploiement de technologies de surveillance, notamment des drones et des systèmes de détection électronique, déjà testés par l’Algérie le long de sa frontière sud. D’après des sources proches du dossier, Alger propose de partager son expertise en matière de contrôle frontalier, acquise depuis 2013 avec le déploiement du système de surveillance « Borders 2020 ». La Tunisie, confrontée à une pression migratoire croissante depuis la Libye, a exprimé son intérêt pour ce modèle.
Un protocole d’accord a été signé pour la création d’une cellule de crise permanente, basée à Tunis, chargée de centraliser les renseignements et de coordonner les opérations transfrontalières. Cette structure regroupera des officiers des trois pays et bénéficiera d’un financement partiel de l’Union européenne, dans le cadre du programme « Frontières extérieures ». Selon un communiqué du ministère algérien de l’Intérieur, cette initiative s’inscrit dans la continuité des accords bilatéraux signés entre Alger et Tunis en 2022, qui prévoyaient déjà des patrouilles conjointes.
La Libye, représentée par son ministre de l’Intérieur, Emad al-Trabelsi, a insisté sur la nécessité de lutter contre les trafics d’armes en provenance du Sahel. Des rapports des services de renseignement tunisiens, cités par La Presse de Tunisie, indiquent que des groupes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) exploitent les routes désertiques pour acheminer des armes vers la Libye. Alger, qui a neutralisé plusieurs cellules terroristes dans le sud du pays en 2025, a proposé de renforcer les échanges d’informations avec ses voisins.
Les trois pays ont également abordé la question des migrations irrégulières. Selon des données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 12 000 migrants subsahariens ont traversé la Tunisie vers l’Algérie en 2025, un chiffre en hausse de 30 % par rapport à l’année précédente. La Tunisie, qui fait face à des tensions sociales liées à l’accueil des migrants, a demandé un soutien logistique et financier pour gérer ces flux. Alger a répondu en annonçant la livraison prochaine de 50 véhicules tout-terrain et de matériel de communication à la Garde nationale tunisienne.
Cette rencontre intervient dans un contexte de tensions régionales accrues. Le Maroc, absent de ces discussions, a récemment accusé l’Algérie de « déstabiliser » la région en soutenant le Polisario. Selon des analystes cités par Kapitalis, la coopération algéro-tuniso-libyenne pourrait être perçue comme une réponse aux alliances marocaines avec Israël et certains pays du Golfe. Le ministre tunisien de l’Intérieur, Kamel Feki, a toutefois insisté sur le caractère « purement technique » de ces échanges, excluant toute dimension politique.
Les prochaines étapes incluent une réunion des chefs des services de renseignement des trois pays, prévue à Alger en juillet 2026. Selon des sources diplomatiques, cette rencontre pourrait aborder la question des combattants étrangers de retour de Syrie et d’Irak, un sujet sensible pour la Tunisie, qui a recensé plus de 3 000 returnees depuis 2019. L’Algérie, qui a mis en place un programme de déradicalisation, a proposé de partager son expérience en la matière.
Cette coopération sécuritaire s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement économique. En mai 2026, la Sonatrach et la Société tunisienne des industries de raffinage (STIR) ont signé un accord pour l’exportation de gaz algérien vers la Tunisie, en échange d’un accès privilégié aux ports tunisiens pour les produits pétroliers algériens. Selon Webmanagercenter, cet accord pourrait réduire le déficit énergétique tunisien, estimé à 10 milliards de dinars en 2025.
Les observateurs soulignent que cette coordination trilatérale pourrait servir de modèle pour d’autres initiatives régionales. L’Union du Maghreb arabe (UMA), paralysée depuis des années par les tensions entre l’Algérie et le Maroc, pourrait trouver dans ces échanges un terrain d’entente. Selon un diplomate algérien cité par Algerie360, « la sécurité frontalière est un sujet consensuel, qui transcende les divergences politiques ».
Reste à voir si cette dynamique se maintiendra dans la durée. Les précédents accords de coopération sécuritaire entre l’Algérie et la Tunisie, signés en 2014 et 2018, n’avaient pas toujours été suivis d’effets concrets. Cette fois, la présence de la Libye, dont les institutions restent fragiles, ajoute une incertitude. Pour l’Algérie, l’enjeu est double : sécuriser ses frontières sud et consolider son rôle de puissance stabilisatrice dans la région.