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**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan endormi**
Une chose est certaine : l’Algérie ne se contente plus de subir son destin. Elle le négocie, le contourne, parfois le sabote. Mais dans ce jeu de forces, une question persiste : qui, au juste, pilote la machine ? L’État, avec ses plans quinquennaux et ses discours sur la « valeur ajoutée stratégique » ? Les entrepreneurs, coincés entre les lourdeurs bureaucratiques et les appels à l’innovation ? Les artistes, qui oscillent entre mémoire et rébellion ? Ou la jeunesse, cette génération « sans emploi mais pas sans idées », comme le murmurent les cafés d’Alger ?
Pour comprendre, il faut accepter de naviguer entre les échelles : du macro-économique au micro-résistant, du discours officiel aux murmures de la diaspora. Car l’Algérie, aujourd’hui, est un pays où l’on célèbre la recherche scientifique tout en laissant le numérique à l’abandon ; où l’on exporte des médicaments mais où les jeunes rêvent de quitter le pays ; où l’on parle de « Made in Algeria » alors que les PME étouffent sous les taxes. Un pays de paradoxes, donc. Mais aussi, peut-être, un pays en train d’inventer une troisième voie – ni soumission, ni révolution, mais une forme de résilience créative.
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**LA RECHERCHE, OU L’ILLUSION DU MÉRITE DANS UN SYSTÈME VERROUILLÉ**
D’abord, le choix des lauréats. Dans un pays où les réseaux clientélistes structurent encore largement l’accès aux ressources, ces bourses sont-elles vraiment le fruit d’une compétition transparente ? Ou bien reflètent-elles, comme souvent, la capacité à naviguer dans les arcanes du pouvoir ? Ensuite, le paradoxe de la « valeur ajoutée ». L’Algérie forme des milliers d’ingénieurs et de chercheurs chaque année, mais combien trouvent un écho dans une économie encore largement dépendante des hydrocarbures ? Le discours sur l’innovation sonne creux quand on sait que le budget de la recherche représente à peine 0,5 % du PIB – contre 2,2 % en moyenne pour les pays de l’OCDE.
Pourtant, il y a là un germe de changement. En visitant Constantine, Baddari a insisté sur le lien entre université et industrie, un vieux serpent de mer qui refait surface. Mais pour que cette promesse se concrétise, il faudrait briser le mur qui sépare les laboratoires des entreprises. Or, dans un pays où les PME peinent à survivre (voir plus bas), l’innovation reste un luxe. La recherche algérienne est comme un arbre planté dans le désert : elle a des racines, mais pas assez d’eau pour grandir.
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**LITTÉRATURE ET CINÉMA : LA MÉMOIRE COMME ARME, L’ART COMME RÉSISTANCE**
Tamzali, ancienne directrice des droits des femmes à l’Unesco, incarne cette génération d’intellectuels algériens qui refusent de choisir entre leur combat local et leur engagement global. Sa colère contre l’Occident n’est pas un rejet de l’universel, mais une dénonciation de son hypocrisie. « Ma colère, c’est le génocide en Palestine », dit-elle – une phrase qui pourrait aussi s’appliquer à l’Algérie, où la mémoire des massacres des années 1990 reste un sujet tabou. Le parallèle est troublant : dans les deux cas, des crimes commis avec la complicité (ou le silence) des puissances occidentales.
Le cinéma, lui, explore une autre forme de résistance. Le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement) souligne dans un rapport récent la vitalité d’un « cinéma d’auteur » algérien, qui refuse les carcans du commercial. De La Bataille d’Alger (1966) à La Bataille de Jérusalem (projet en cours), le 7e art algérien se réinvente comme un outil de mémoire et de subversion. Mais là encore, les contradictions apparaissent. Comment financer ces projets dans un pays où les salles de cinéma ferment les unes après les autres ? Comment exporter ces films quand le marché local est dominé par les blockbusters égyptiens ou turcs ?
La réponse se niche peut-être dans la diaspora. Les agressions contre le stand algérien à l’Unesco, ou la mort d’Abdelmadjid Meskoud, figure du chaâbi, rappellent que l’Algérie ne se limite pas à ses frontières. Ses artistes, ses chercheurs, ses entrepreneurs sont aussi à Paris, Montréal ou Dubaï. Et c’est souvent là-bas qu’ils trouvent les moyens de créer, loin des lourdeurs du système algérien.
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**JEUNESSE, EMPLOI, NUMÉRIQUE : LE TRIANGLE DES BERMUDES ALGÉRIEN**
Le numérique devait être le salut. En 2018, le gouvernement lançait E-Algérie, un plan ambitieux pour faire du pays un hub technologique régional. Huit ans plus tard, les startups sont « au point mort », selon un récent rapport. Pourquoi ? Parce que le système algérien est conçu pour étouffer l’initiative. Youcef Aklouf, directeur de l’Agence des parcs technologiques, le reconnaît implicitement : « Il faut simplifier les procédures. » Traduction : aujourd’hui, monter une startup en Algérie relève du parcours du combattant.
Pourtant, des signes d’espoir existent. Le ministère de la Jeunesse vient de signer un accord avec la Caisse de garantie des crédits (CDG) pour développer l’industrie du jeu vidéo. Une niche, certes, mais qui pourrait créer des emplois qualifiés. Le Maroc et la Tunisie ont déjà pris de l’avance sur ce créneau, avec des succès comme Othman ou Bravoman. L’Algérie a les talents (les développeurs algériens sont très actifs sur les plateformes internationales), mais manque d’infrastructures et de financements.
Le vrai problème, c’est que l’État algérien veut tout contrôler. La finance islamique, par exemple, est présentée comme une solution pour attirer les investissements du Golfe. Mais comment croire à cette promesse quand les banques publiques dominent encore le secteur, avec des taux d’intérêt qui défient toute logique islamique ? La zakat (aumône légale) pourrait être un levier pour financer les PME, mais elle reste largement sous-exploitée, faute de cadre juridique clair.
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**PME ET MADE IN ALGERIA : LA GRANDE ILLUSION ÉCONOMIQUE**
Prenez l’exemple de la comptabilisation des acomptes fiscaux. Les PME algériennes doivent avancer des sommes colossales à l’État avant même d’avoir réalisé leurs bénéfices. Résultat : beaucoup préfèrent rester dans l’informel. La Côte d’Ivoire, souvent citée en exemple, a simplifié sa fiscalité pour les petites entreprises. L’Algérie, elle, maintient un système kafkaïen, où les entrepreneurs passent plus de temps à remplir des formulaires qu’à développer leur activité.
Pourtant, des secteurs émergent. L’industrie pharmaceutique, par exemple, est en plein essor. Le groupe Saidal, visité par le président somalien, exporte désormais dans plusieurs pays africains. Un succès qui s’explique par la qualité des produits, mais aussi par une stratégie agressive de conquête de marchés. « L’industrie pharmaceutique est un pilier de l’exportation », affirme l’expert Messaoud Belambri. Mais ce modèle est-il reproductible ? Pas sûr. Car pour exporter, il faut d’abord produire. Et produire, en Algérie, c’est affronter des pénuries de matières premières, des retards de paiement de l’État, et une bureaucratie tatillonne.
Le « Made in Algeria » est donc un pari risqué. Le jeu vidéo pourrait en être un symbole. Le ministère de la Jeunesse mise sur ce secteur pour créer des emplois et attirer les devises. Mais sans écosystème favorable (accès au capital, formation, marché local), ces projets resteront des chimères. L’Algérie a les talents, mais pas encore les structures pour les faire fructifier.
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**DIASPORA : L’ALGÉRIE HORS LES MURS**
Les récentes agressions contre