Festival international du Théâtre de Béjaïa célèbre la résistance palestinienne

Béjaïa a accueilli récemment la 25e édition du Festival international du Théâtre, un événement culturel majeur qui a mis en lumière la cause palestinienne à travers la pièce « Palestine trahie ». Organisé par le Théâtre régional de Béjaïa (TRB) sous la direction de Mustapha Aouar, ce festival a rassemblé des artistes algériens et internationaux pour une programmation engagée, mêlant performances scéniques et débats.

La pièce phare, « Palestine trahie », écrite et mise en scène par le dramaturge palestinien Ahmed Tobasi, a été présentée au public béjaïen dans la salle Ibn Khaldoun. Tobasi, également directeur artistique du Freedom Theatre de Jénine, a transformé son expérience personnelle en un récit théâtral poignant. Le spectacle retrace l’histoire d’un jeune Palestinien confronté à l’occupation israélienne, depuis son enfance dans les camps de réfugiés jusqu’à son engagement dans la résistance. La performance, jouée en arabe avec des surtitres en français, a suscité une standing ovation lors de sa première représentation.

Le festival a également offert une tribune à des artistes algériens, comme la troupe du Théâtre national algérien (TNA) qui a interprété « Les Murmures de la terre », une création collective inspirée des luttes anticoloniales. D’autres pays, dont la Tunisie, le Maroc et la France, ont participé à cette édition, renforçant les échanges culturels entre les deux rives de la Méditerranée. Parmi les invités étrangers, la compagnie française La Comédie de Reims a présenté « Exils », une pièce explorant les thèmes de la migration et de l’identité.

Une programmation ancrée dans l’actualité

Des ateliers et des tables rondes ont complété les représentations. L’un des temps forts a été la rencontre entre Ahmed Tobasi et des étudiants de l’Institut national des arts dramatiques (INAD) d’Alger. Le dramaturge palestinien a partagé son parcours, depuis son arrestation par l’armée israélienne en 2002 jusqu’à la création du Freedom Theatre, un projet artistique né dans le camp de Jénine pour offrir un exutoire aux jeunes Palestiniens. « Le théâtre est une arme. Pas pour tuer, mais pour résister à l’oppression et imaginer un avenir », a-t-il expliqué.

Béjaïa, capitale culturelle de la Méditerranée

Les retombées économiques sont visibles. Selon une étude de l’Office national du tourisme (ONT), les festivals culturels génèrent en moyenne 30 % des nuitées hôtelières annuelles à Béjaïa. Pour cette édition, les hôtels de la ville affichaient complet plusieurs semaines à l’avance, avec une fréquentation en hausse de 15 % par rapport à 2024. Les restaurateurs locaux ont également bénéficié de cette affluence, comme en témoigne Kamel Bouzidi, propriétaire d’un établissement sur le front de mer : « Pendant le festival, nous avons servi jusqu’à 200 couverts par jour, contre 80 habituellement. Les clients viennent de toute l’Algérie, mais aussi de Tunisie et de France. »

Un engagement politique assumé

Cette prise de position a été saluée par les participants. Le metteur en scène tunisien Lotfi Achour, dont la pièce « 1948 » a été jouée lors du festival, a déclaré : « L’Algérie montre l’exemple. Dans un monde où beaucoup ferment les yeux sur la souffrance palestinienne, ce festival est un acte de résistance culturelle. »

Défis logistiques et perspectives

Autre défi : la sécurité. Avec des milliers de spectateurs attendus, les autorités locales ont renforcé les mesures de contrôle, notamment autour de la salle Ibn Khaldoun. « Nous avons travaillé en étroite collaboration avec la sûreté de wilaya pour garantir le bon déroulement des représentations. Aucun incident n’a été signalé », précise un responsable de la protection civile.

Pour l’édition 2026, Mustapha Aouar envisage d’élargir la programmation à d’autres formes d’art, comme le cinéma et la musique. « Nous voulons faire de ce festival un rendez-vous incontournable pour les amateurs de culture engagée. L’idée est d’inviter des réalisateurs palestiniens et des musiciens algériens pour créer des ponts entre les disciplines », confie-t-il.

Un héritage culturel et militant

Pour les Béjaïens, ce festival est aussi une fierté locale. « C’est important pour notre ville d’accueillir des artistes du monde entier. Ça change l’image de Béjaïa, souvent réduite à son port ou à ses plages », estime Samia, une étudiante en littérature qui a assisté à plusieurs représentations. Son avis est partagé par de nombreux habitants, qui voient dans ces événements une opportunité de dynamiser la vie culturelle de la région.

Alors que l’Algérie cherche à diversifier son économie et à promouvoir un tourisme culturel, des manifestations comme le Festival international du Théâtre de Béjaïa jouent un rôle clé. Elles mettent en lumière le potentiel artistique du pays tout en portant des messages universels de résistance et de solidarité. Comme l’a résumé Ahmed Tobasi lors de son discours de clôture : « La culture est notre arme la plus puissante. Et ici, à Béjaïa, elle résonne plus fort que jamais. »

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