Tebboune relance la coopération sécuritaire avec la France

La visite récente du secrétaire d’État français à l’Intérieur, Laurent Nuñez, à Alger a marqué un tournant dans les relations bilatérales entre l’Algérie et la France, notamment sur le volet sécuritaire. D’après les déclarations officielles rapportées par CNews et 20 Minutes, les deux pays ont convenu de renforcer leur collaboration « à très haut niveau », couvrant des domaines sensibles comme la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée et les migrations irrégulières.

Cette relance intervient après des années de tensions, notamment liées aux questions mémorielles et aux divergences sur la gestion des flux migratoires. Selon 20 Minutes, les discussions ont également porté sur les expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière en France, un sujet longtemps source de crispations. Le ministre de l’Intérieur algérien, Kamel Beldjoud, a souligné l’importance de cette coopération, insistant sur la nécessité d’une « approche équilibrée » entre les deux pays.

Un partenariat aux enjeux multiples
La coopération sécuritaire entre Alger et Paris n’est pas nouvelle, mais elle avait connu un ralentissement ces dernières années. La France, confrontée à des défis internes comme la radicalisation et l’immigration clandestine, cherche à sécuriser ses frontières. Pour l’Algérie, cette collaboration permet de bénéficier d’un partage de renseignements et d’une assistance technique, notamment dans la surveillance des frontières sahariennes, où transitent des réseaux de trafics et de terrorisme.

D’après CNews, Laurent Nuñez a évoqué la création d’un « cadre structuré » pour les échanges entre les services de sécurité des deux pays. Cela inclurait des formations conjointes, des opérations de surveillance coordonnées et un renforcement des capacités algériennes en matière de cybersécurité. Un point crucial, alors que l’Algérie a récemment été ciblée par des cyberattaques attribuées à des groupes étrangers.

Les migrations au cœur des discussions
L’un des sujets les plus sensibles abordés lors de cette visite concerne les expulsions des Algériens en situation irrégulière en France. Selon 20 Minutes, Paris a exprimé son souhait d’accélérer les procédures de retour, tout en respectant les conventions internationales. Alger, de son côté, a insisté sur la nécessité d’une « coopération respectueuse », évitant les mesures unilatérales qui avaient provoqué des tensions par le passé.

Le ministre Beldjoud a rappelé que l’Algérie n’est pas un « pays de transit » mais un partenaire engagé dans la lutte contre les réseaux de passeurs. Il a également souligné que les expulsions doivent s’accompagner de mesures pour faciliter la réinsertion des rapatriés, un point souvent négligé dans les discussions bilatérales.

Un contexte régional tendu
Cette relance sécuritaire intervient dans un contexte régional marqué par l’instabilité au Sahel. L’Algérie, qui partage plus de 6 000 km de frontières avec des pays comme le Mali, le Niger et la Libye, est directement concernée par les menaces terroristes et les trafics d’armes. La France, qui a réduit sa présence militaire au Sahel, cherche à s’appuyer sur des partenaires locaux pour contenir ces risques.

Selon des sources diplomatiques citées par Algerie Patriotique, cette coopération pourrait s’étendre à des opérations conjointes dans la bande sahélo-saharienne, bien que les détails restent confidentiels. L’Algérie, qui a toujours privilégié une approche diplomatique et militaire autonome, semble désormais ouverte à une collaboration plus étroite avec ses alliés occidentaux.

Réactions et perspectives
Du côté algérien, cette relance a été accueillie avec prudence. Certains analystes, comme ceux interrogés par TSA, estiment que cette coopération pourrait renforcer la position de l’Algérie sur la scène internationale, notamment en matière de lutte antiterroriste. D’autres, cependant, mettent en garde contre une dépendance accrue vis-à-vis de la France, rappelant les tensions passées.

En France, les déclarations de Laurent Nuñez ont été perçues comme un signe de détente. Le gouvernement français a salué la « volonté commune » de travailler ensemble, tout en évitant les sujets qui fâchent, comme les visas ou les contentieux historiques.

Pour l’Algérie, cette coopération sécuritaire s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification de ses partenariats. Récemment, Alger a également renforcé ses liens avec l’Espagne, comme en témoigne la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en mars 2026, rapportée par Algerie Patriotique. Ces initiatives montrent une volonté de sortir de l’isolement diplomatique et de jouer un rôle plus actif dans la stabilisation de la région.

Un équilibre à trouver
Si cette relance sécuritaire est perçue comme une avancée, elle soulève aussi des questions sur l’équilibre des relations entre les deux pays. L’Algérie, qui a longtemps critiqué les ingérences étrangères, devra veiller à ce que cette coopération ne se transforme pas en une dépendance. Pour la France, l’enjeu est de montrer que ce partenariat est mutuellement bénéfique, sans donner l’impression d’imposer ses priorités.

Dans les prochains mois, les deux pays devront concrétiser leurs engagements. Les prochaines étapes pourraient inclure la signature d’accords techniques, des exercices militaires conjoints et une intensification des échanges entre les services de renseignement. Si ces mesures se concrétisent, elles pourraient marquer une nouvelle ère dans les relations franco-algériennes, après des années de méfiance réciproque.

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