Algérie et Afrique du Sud dominent le réseau routier africain

L’Algérie concentre à elle seule près de 20 % des routes bitumées du continent africain, selon un rapport récent de l’Africa Finance Corporation (AFC). Ce chiffre place le pays en tête des nations africaines en matière d’infrastructures routières, aux côtés de l’Afrique du Sud, qui en détient une part équivalente. Le document, cité par l’Agence Ecofin en novembre 2024, souligne que ces deux pays abritent ensemble 40 % des routes bitumées d’Afrique, un indicateur clé de leur avance en matière de connectivité et de développement économique.

Un réseau routier en expansion constante

Le ministère des Travaux publics et des Transports algérien a annoncé en 2024 la finalisation de plusieurs projets structurants, dont l’autoroute Est-Ouest, longue de 1 216 kilomètres, reliant la frontière tunisienne à celle du Maroc. Cette voie, entièrement opérationnelle depuis 2023, a réduit les temps de trajet entre Alger et Oran de près de 50 %, passant de huit à quatre heures. D’autres axes majeurs, comme la rocade des Hauts-Plateaux et la pénétrante de Béjaïa, ont également été livrés, désenclavant des régions autrefois isolées.

Les wilayas du Sud bénéficient aussi de ces investissements. La route nationale 1, reliant Alger à Tamanrasset sur plus de 2 000 kilomètres, a été modernisée pour faciliter le transport des marchandises et des voyageurs. Selon les données du ministère, plus de 3 000 kilomètres de routes ont été construits ou réhabilités entre 2020 et 2024, portant le réseau national bitumé à près de 130 000 kilomètres.

Des infrastructures qui soutiennent l’économie

L’impact de ces réalisations dépasse le simple cadre des transports. Le secteur du BTP, l’un des principaux employeurs du pays, a vu son activité stimulée par ces chantiers. Les entreprises locales, comme Cosider ou Sonatrach TP, ont été largement sollicitées, renforçant ainsi le tissu industriel national. D’après la Banque mondiale, chaque dollar investi dans les infrastructures routières génère en moyenne 1,5 dollar de croissance économique à moyen terme.

Le commerce extérieur profite également de cette dynamique. Les ports algériens, tels que ceux de Djen Djen et d’Oran, ont enregistré une hausse de 15 % du trafic de conteneurs en 2024, selon l’Office national des ports (ONP). Cette progression est en partie attribuée à l’amélioration des axes routiers reliant les zones portuaires aux centres industriels et logistiques.

Des défis persistants malgré les avancées

Malgré ces progrès, des lacunes subsistent. Le réseau secondaire, reliant les zones rurales aux grands axes, reste inégalement développé. Dans certaines wilayas, comme Tissemsilt ou Naâma, les routes locales sont encore en mauvais état, limitant l’accès aux services de base. Le ministère des Travaux publics reconnaît ce déséquilibre et a lancé en 2024 un plan de réhabilitation de 5 000 kilomètres de routes rurales, financé à hauteur de 1,2 milliard de dollars.

La maintenance représente un autre enjeu. Selon un rapport de la Cour des comptes algérienne publié en 2023, près de 30 % des routes bitumées nécessitent des travaux de réfection dans un délai de cinq ans. Les intempéries, notamment les pluies torrentielles dans le Nord, accélèrent la dégradation des chaussées. Pour y remédier, le gouvernement a annoncé la création d’une agence dédiée à l’entretien des infrastructures, dont la mise en place est prévue en 2025.

Une position stratégique en Afrique

L’Algérie se distingue non seulement par l’étendue de son réseau, mais aussi par sa qualité. Le pays occupe la première place africaine en termes de densité routière, avec 5,5 kilomètres de routes pour 100 km², devant l’Égypte et le Maroc. Cette performance lui permet de jouer un rôle central dans les échanges régionaux, notamment avec les pays du Sahel.

Le corridor transsaharien, reliant Alger à Lagos via le Niger, illustre cette ambition. Ce projet, en cours de réalisation, vise à faciliter les échanges commerciaux entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest. Une fois achevé, il réduira les coûts de transport de 30 % et stimulera les exportations algériennes vers des marchés en pleine croissance, comme le Nigeria.

Vers une intégration multimodale

Pour consolider sa position, l’Algérie mise sur l’intégration de son réseau routier avec d’autres modes de transport. Le métro d’Alger, étendu à 40 kilomètres en 2024, et le tramway d’Oran, inauguré en 2023, offrent des alternatives à la voiture individuelle. Ces projets s’inscrivent dans une stratégie plus large de mobilité durable, incluant le développement des transports en commun et des pistes cyclables.

Le secteur ferroviaire n’est pas en reste. La Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) a lancé en 2024 la modernisation de la ligne Alger-Oran, avec l’objectif de porter la vitesse des trains à 220 km/h. Ce projet, réalisé en partenariat avec des entreprises chinoises, devrait être achevé d’ici 2027. À terme, il permettra de relier les deux villes en moins de deux heures, contre quatre actuellement.

Un modèle pour le continent

L’expérience algérienne en matière d’infrastructures routières est souvent citée en exemple en Afrique. Lors du sommet des chefs d’État de l’Union africaine en février 2024, le président Abdelmadjid Tebboune a présenté les réalisations du pays comme un levier pour le développement continental. L’Algérie a proposé de partager son expertise avec d’autres nations, notamment à travers des programmes de formation pour les ingénieurs africains.

Cette approche collaborative s’inscrit dans la vision du Nouveau Pacte pour l’Afrique (NEPAD), qui vise à accélérer l’intégration économique du continent. Les investissements algériens dans les infrastructures pourraient ainsi servir de catalyseur pour d’autres pays, comme le Mali ou le Tchad, où les réseaux routiers restent embryonnaires.

Perspectives et priorités

Pour maintenir son avance, l’Algérie devra relever plusieurs défis. Le financement des infrastructures, traditionnellement assuré par les recettes pétrolières, doit être diversifié. Le gouvernement explore des partenariats public-privé (PPP) pour attirer des investisseurs étrangers, notamment dans les projets de péages autoroutiers.

La transition écologique constitue une autre priorité. Le ministère des Travaux publics a annoncé en 2024 un plan pour réduire l’empreinte carbone du secteur des transports, incluant l’électrification des bus et l’utilisation de matériaux durables pour la construction des routes. Ces mesures s’alignent sur les engagements de l’Algérie dans le cadre de l’Accord de Paris.

Enfin, la digitalisation des infrastructures est en marche. Un système de péage électronique, testé sur l’autoroute Est-Ouest en 2024, devrait être généralisé d’ici 2026. Ce dispositif permettra de fluidifier le trafic et de réduire les temps d’attente aux barrières de péage.

L’Algérie a fait des infrastructures routières un pilier de son développement. Si les défis restent nombreux, les réalisations des dernières années démontrent une volonté claire de positionner le pays comme un acteur incontournable en Afrique. Les prochaines étapes, notamment l’achèvement des grands projets transsahariens et la modernisation des réseaux secondaires, seront déterminantes pour consolider cette ambition.

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