L’Algérie mise sur la réutilisation des eaux usées

L’Algérie accélère sa transition vers une gestion durable de l’eau en intégrant massivement la réutilisation des eaux usées traitées dans sa stratégie hydrique. Cette approche, déjà testée avec succès dans plusieurs wilayas, marque un tournant dans la lutte contre la pénurie d’eau, un défi récurrent pour le pays.

Selon El Moudjahid, le gouvernement algérien a récemment validé un plan national visant à réutiliser 1,5 milliard de mètres cubes d’eaux épurées d’ici 2030. Ce volume représente près de 30 % des besoins annuels en irrigation du secteur agricole, un secteur clé pour l’économie nationale. Le ministre des Ressources en eau, Mustapha Kamel Mihoubi, a souligné que cette initiative permettrait de réduire la pression sur les barrages et les nappes phréatiques, tout en sécurisant l’approvisionnement des cultures stratégiques comme les céréales et les agrumes.

À Tipasa, un projet pilote illustre cette dynamique. D’après horizons.dz, la wilaya a lancé en 2024 un système de réutilisation des eaux épurées pour l’irrigation des espaces verts et des cultures maraîchères. Les résultats sont encourageants : plus de 80 % des eaux traitées par la station d’épuration de la ville sont désormais réinjectées dans le circuit agricole, évitant ainsi le gaspillage de ressources précieuses. Le directeur local de l’Agence nationale des ressources hydriques (ANRH), Abdelkader Benmessaoud, a indiqué que ce modèle pourrait être dupliqué dans d’autres régions, notamment à Blida, Oran et Sétif, où les besoins en eau sont particulièrement élevés.

Le choix de la réutilisation des eaux usées s’inscrit dans une logique de diversification des sources d’approvisionnement. L’Algérie, confrontée à des sécheresses récurrentes et à une demande croissante en eau, a longtemps compté sur les barrages et les forages. Cependant, ces solutions montrent leurs limites. Selon un rapport de l’Office national de l’assainissement (ONA), près de 60 % des eaux usées produites en Algérie ne sont pas encore traitées, représentant un potentiel inexploité de plusieurs centaines de millions de mètres cubes par an. Le gouvernement a donc décidé d’investir dans la modernisation des stations d’épuration et dans la construction de nouvelles infrastructures pour capter cette ressource.

Les financements nécessaires à cette transition proviennent en partie du Fonds national de l’eau, créé en 2023 pour soutenir les projets hydriques. Le Premier ministre, Nadir Larbaoui, a récemment annoncé un budget de 500 milliards de dinars pour la période 2025-2027, destiné à améliorer les réseaux d’assainissement et à généraliser la réutilisation des eaux traitées. Ces fonds permettront également de former les agriculteurs aux techniques d’irrigation utilisant des eaux recyclées, afin de lever les réticences liées à leur utilisation.

Sur le plan technique, l’Algérie collabore avec des partenaires internationaux pour garantir la qualité des eaux réutilisées. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Union européenne (UE) apportent un appui technique et financier, notamment pour le respect des normes sanitaires. Un protocole d’accord a été signé en 2025 avec la France pour le transfert de technologies et d’expertise dans le domaine du traitement des eaux. Ces partenariats visent à assurer que les eaux épurées répondent aux standards internationaux, notamment pour l’irrigation des cultures destinées à la consommation humaine.

Les bénéfices de cette stratégie dépassent le cadre agricole. La réutilisation des eaux usées contribue également à la protection de l’environnement en réduisant les rejets polluants dans les cours d’eau et les mers. À Alger, par exemple, la station d’épuration de Baraki traite désormais 300 000 mètres cubes d’eaux usées par jour, dont une partie est réutilisée pour l’arrosage des espaces verts de la capitale. Cette initiative a permis de diminuer de 40 % les prélèvements dans les nappes phréatiques locales, selon les données de l’ANRH.

Malgré ces avancées, des défis persistent. Le coût élevé des infrastructures et la nécessité de sensibiliser la population restent des obstacles majeurs. Certains agriculteurs expriment encore des réserves quant à l’utilisation d’eaux traitées, craignant des impacts sur la qualité des récoltes. Pour y répondre, le ministère de l’Agriculture a lancé une campagne d’information dans les zones rurales, mettant en avant les succès des projets pilotes comme celui de Tipasa.

La réutilisation des eaux usées s’impose comme une solution incontournable pour l’Algérie, confrontée à une demande en eau en constante augmentation. Avec des investissements ciblés et une approche intégrée, le pays pourrait non seulement sécuriser ses ressources hydriques, mais aussi servir de modèle pour d’autres nations africaines confrontées à des défis similaires. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer l’impact de cette stratégie sur la résilience hydrique du pays.

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