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**L’Algérie à l’épreuve du miroir : entre modernisation autoritaire et résistances organiques**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension paradoxale, où chaque actualité semble à la fois le symptôme d’une volonté de rupture et la confirmation d’une inertie structurelle. Les dix domaines couverts ici dessinent moins une mosaïque qu’un champ de forces contradictoires : d’un côté, un État qui tente de verrouiller son autonomie stratégique (5G, finance islamique, Made in Algeria) ; de l’autre, une société qui contourne, innove ou fuit (diaspora, exode des jeunes, gastronomie virale). Entre ces deux pôles, une économie politique de la dépendance persiste, où les importations et les réseaux clientélistes sapent les velléités de diversification.
Ce qui frappe, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie n’est plus le pays des grands récits révolutionnaires, mais celui des micro-résistances et des ajustements pragmatiques. La 5G arrive, mais sans débat démocratique ; la finance islamique prospère, mais sans toucher aux fondements rentiers de l’économie ; les jeunes rêvent du Canada, tandis que l’État célèbre le Made in Algeria comme une victoire symbolique. Derrière cette cacophonie apparente se cache une question centrale : l’Algérie peut-elle échapper à la malédiction des ressources sans tomber dans le piège d’une modernisation autoritaire ?
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**La souveraineté technologique : entre 5G et compteurs intelligents, le rêve inachevé de l’autonomie**
Le lancement annoncé de la 5G en Algérie est un marqueur géopolitique autant qu’économique. Dans un contexte où l’Afrique reste le dernier continent à adopter massivement cette technologie, Alger joue la carte de la précipitation stratégique – non par nécessité immédiate, mais pour affirmer une souveraineté numérique face à la Chine, aux États-Unis et à l’Europe. Pourtant, cette avancée technologique bute sur des réalités prosaïques : les 15 000 compteurs intelligents destinés au Cameroun (et non à l’Algérie) révèlent une économie de rente qui exporte des solutions qu’elle peine à déployer chez elle.
La 5G algérienne est un miroir grossissant des contradictions du pays :
– Une modernisation sélective : L’État investit dans des infrastructures high-tech (télécoms, énergie) tout en négligeant les services publics de base (santé, éducation).
– Un clientélisme technologique : Les contrats avec Siemens Energy ou les délégations mozambicaines à la SAIEG (Société Algérienne des Industries Électroniques) suggèrent que la souveraineté industrielle reste un slogan plus qu’une réalité. Qui contrôle ces partenariats ? Qui en profite ?
– Une dépendance persistante : La 5G nécessitera des équipements étrangers (Huawei, Ericsson, Nokia), reproduisant le schéma classique de la dépendance technologique. L’Algérie innove-t-elle ou assemble-t-elle ?
La vraie question n’est pas quand la 5G arrivera, mais pour qui. Dans un pays où l’accès à internet reste inégal (seulement 60 % de pénétration en 2023), cette technologie risque de creuser les fractures sociales plutôt que de les réduire. La 5G algérienne est un symbole : celui d’un État qui veut jouer dans la cour des grands, mais sans en payer le prix démocratique.
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**Gastronomie et diaspora : quand le peuple algérien réinvente la nation par le bas**
Si la 5G est l’affaire de l’État, la gastronomie algérienne, elle, est devenue un terrain de résistance culturelle et de soft power populaire. La viralité des recettes sur les réseaux sociaux, l’affaire Hichem Cook (ce chef dont le restaurant a été vandalisé, puis soutenu par une vague de solidarité nationale), ou encore l’annulation du voyage de Gabriel Attal en Algérie (officiellement pour des « raisons de calendrier », officieusement à cause des tensions mémorielles) révèlent une société qui se réapproprie son récit.
Trois dynamiques se dégagent :
1. La cuisine comme diplomatie parallèle : Les réseaux sociaux algériens ont transformé le couscous, les makrout ou les tajines en ambassadeurs culturels. À l’heure où l’État peine à promouvoir une image positive du pays (entre tensions avec la France et méfiance envers l’Occident), ce sont les citoyens qui prennent le relais. La gastronomie devient un outil de nation branding informel, bien plus efficace que les campagnes officielles.
2. La diaspora comme contre-pouvoir : L’augmentation des sièges à l’Assemblée populaire nationale (APN) pour les Algériens de l’étranger est un aveu : l’État a besoin de sa diaspora, mais craint son influence. Les 2,4 millions d’euros saisis à Roissy, destinés au financement de la campagne de Tebboune, montrent que cette relation est à double tranchant. La diaspora est à la fois une manne financière et une menace politique – d’où la volonté de la contrôler sans l’intégrer pleinement.
3. L’exode comme soupape de sécurité : Les jeunes Algériens qui rêvent du Canada (ou des 10 pays « les plus accueillants » pour les étudiants) ne fuient pas seulement le chômage. Ils fuient un système politique verrouillé, où l’ascenseur social est bloqué. La mobilité devient une forme de résistance passive : plutôt que de se battre pour changer l’Algérie, on part la contourner.
La gastronomie et la diaspora sont les deux faces d’une même pièce : celle d’une société qui refuse de se laisser enfermer dans le cadre imposé par l’État. L’une réinvente la nation par la culture, l’autre par l’exil.
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**Finance islamique et diversification : le mirage d’une économie post-rentière**
L’Algérie mise sur la finance islamique comme levier de diversification, avec des banques islamiques en surliquidité (selon Chabane Assad, fondateur de Finabi) et des montants records au Maghreb. Pourtant, cette croissance cache une réalité moins reluisante : la finance islamique algérienne reste un secteur de niche, captif d’une économie dominée par les hydrocarbures.
Trois illusions persistent :
1. La finance islamique comme solution miracle : Elle attire les épargnants méfiants envers les banques conventionnelles, mais ne résout pas le problème structurel du pays : une économie dépendante à 90 % des revenus pétroliers. La surliquidité des banques islamiques est moins le signe d’une santé économique que d’un manque d’opportunités d’investissement productif. Où va cet argent ? Dans l’immobilier spéculatif, les importations, ou les circuits informels – pas dans l’industrie ou l’innovation.
2. La diversification par décret : Les projets de Made in Algeria (SAIEG, partenariats avec Siemens Energy) ou les salons comme Plast & Printpack Algeria 2026 donnent l’illusion d’une économie en mutation. Mais ces initiatives restent marginales, souvent portées par des acteurs étrangers (Allemagne, Corée du Sud) plutôt que par un tissu industriel local. L’Algérie assemble, elle n’innove pas.
3. L’urbanisme comme vitrine : Les projets d’économie circulaire (SIEE-Pollutec 2026) ou la modernisation du réseau routier de Bouira sont des avancées réelles, mais elles masquent l’absence de vision globale. L’urbanisme algérien reste prisonnier d’une logique de court terme : on construit des routes et des centres-villes pour occuper la population, pas pour repenser la ville comme un écosystème durable.
Le vrai défi n’est pas technique, mais politique : comment passer d’une économie de rente à une économie de production sans toucher aux privilèges des élites ? La finance islamique, le Made in Algeria ou les start-up de MedVallée sont des leurres tant que l’État ne s’attaque pas au cœur du problème : la concentration du pouvoir économique entre les mains d’une oligarchie militaire et civile.
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**Politique étrangère : l’Algérie entre deux chaises (et trois ennemis)**
La diplomatie algérienne oscille entre deux postures : une realpolitik assumée (coopération avec la Corée du Sud en matière de défense, accueil de Saïd Sayoud à Paris) et une rhétorique anti-impérialiste héritée de la guerre d’indépendance. Cette schizophrénie se retrouve dans trois dossiers clés :
1. La France : entre méfiance et dépendance :
– L’annulation du déplacement d’Attal en Algérie (officiellement pour des « raisons de calendrier », en réalité à cause des tensions mémorielles) illustre la fragilité des relations franco-algériennes. Paris a besoin d’Alger pour la stabilité du Sahel et la gestion des flux migratoires ; Alger a besoin de Paris pour les investissements et la diaspora. Mais cette interdépendance est minée par les non-dits : la question des visas, des archives coloniales, et surtout, la peur algérienne d’une ingérence française.
– La vraie raison de la tension n’est pas mémorielle, mais économique : l’Algérie refuse de devenir un simple fournisseur de gaz pour l’Europe (comme le Maroc pour les phosphates), tout en dépendant des technologies et des capitaux français. D’où cette danse du ventre permanente : on coopère en coulisses (défense, énergie), mais on s’invective en public (mémoire, visas).
2. L’Afrique : le retour du grand frère ?
– Les visites de délégations mozambicaines ou les projets d’exportation de compteurs intelligents vers le Cameroun montrent une volonté de jouer un rôle continental. Mais cette ambition se heurte à deux obstacles :
– L’Algérie reste perçue comme un pays du Nord : riche en hydrocarbures, mais peu intégré aux dynamiques économiques africaines (contrairement au Maroc ou à l’Éthiopie).
– Son modèle est difficilement exportable : comment promouvoir la souveraineté industrielle en Afrique quand on dépend soi-même des importations pour les biens de consommation courante ?
3. L’Asie : la nouvelle alliance des exclus
– La coopération avec la Corée du Sud en matière de défense est un signe des temps : l’Algérie se tourne vers les puissances non occidentales pour diversifier ses partenariats. Mais cette stratégie a ses limites :
– La Corée du Sud n’est pas la Chine : elle n’a pas les moyens (ni l’envie) de remplacer l’Europe ou les États-Unis comme partenaire stratégique.
– L’Algérie reste un marché secondaire : pour Séoul, Alger est un client parmi d’autres, pas un allié géopolitique.
**La grande contradiction de