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**L’Algérie, ou l’éternel retour du même sous les projecteurs du monde**
L’Algérie contemporaine est un pays où les contradictions ne sont pas des accidents, mais la trame même de son existence. Les actualités des dix derniers mois dessinent une nation tiraillée entre deux forces : une volonté de modernisation technocratique, portée par des investissements étrangers et des projets d’infrastructure, et une crispation identitaire, où le pouvoir politique et les élites économiques jouent avec les symboles pour maintenir un équilibre précaire. Ce qui frappe, c’est l’absence de rupture. Ni révolution, ni effondrement, ni décollage fulgurant – seulement une gestion habile des paradoxes, où chaque avancée est compensée par une régression, chaque ouverture par une fermeture.
Le cinéma algérien, par exemple, oscille entre une esthétique de la résistance (La Dernière Reine) et une complaisance envers les récits dominants (les déclarations de Rachid Bouchareb sur l’islam américain). La presse, quant à elle, célèbre la réélection de Walid Sadi à la tête de la Fédération algérienne de football (FAF) comme un symbole de stabilité, alors que la liberté d’expression reste un champ de mines. Les universités brillent à l’international (prix Huawei, saluts présidentiels), mais leur rôle dans la société civile est soigneusement encadré. L’Algérie est un pays où l’on construit des tramways et des centrales solaires tout en glorifiant les services de renseignement pour avoir déjoué un « complot français » – une schizophrénie qui n’est pas le fruit du hasard, mais d’une stratégie de survie.
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**L’INFRASTRUCTURE COMME ALIBI : QUAND LE BÉTON MASQUE LES FAILLES**
**Le tramway et la 5G : la modernité comme vitrine**
D’abord, ces infrastructures sont souvent des îlots de modernité dans un océan de dysfonctionnements. Le tramway d’Alger, par exemple, est une réussite technique, mais son extension à d’autres villes (Oran, Constantine) traîne, faute de financements ou de volonté politique. Ensuite, ces projets sont rarement accompagnés d’une réflexion sur leur utilité sociale. À quoi bon une 5G ultra-rapide si les jeunes Algériens n’ont pas accès à des contenus éducatifs ou culturels de qualité ? À quoi bon des tramways flambant neufs si les usagers doivent encore subir des coupures d’électricité quotidiennes ?
Enfin, ces infrastructures sont souvent le fruit de partenariats avec des entreprises étrangères (Siemens Energy, Huawei, Abunayyan), ce qui pose la question de la souveraineté technologique. L’Algérie est-elle en train de devenir un simple marché pour les multinationales, ou peut-elle encore imposer ses propres standards ?
**L’énergie : entre hydrocarbures et solaire, le grand écart**
L’Algérie sait que son avenir énergétique passe par la diversification, mais elle ne peut se permettre de lâcher le gaz et le pétrole, qui représentent encore 90 % de ses exportations. Résultat : elle négocie avec l’Europe pour devenir un fournisseur clé d’hydrogène vert (via le solaire saharien), tout en signant des contrats avec la Chine pour exploiter ses gisements traditionnels. Cette stratégie du « en même temps » est risquée : si les prix des hydrocarbures s’effondrent (comme en 2014), l’Algérie se retrouvera prise à la gorge. Mais si elle mise trop sur les renouvelables, elle devra affronter la concurrence de pays mieux dotés en capitaux et en technologie.
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**LA FINANCE ISLAMIQUE ET LE MADE IN ALGERIA : LE CAPITALISME SOUS SURVEILLANCE**
**La surliquidité des banques islamiques : un symptôme de l’économie algérienne**
Pourquoi cette surliquidité ? Parce que l’économie algérienne est une économie de rente, où les capitaux circulent peu. Les investisseurs préfèrent thésauriser plutôt que de prendre des risques, faute de confiance dans le système judiciaire ou dans la stabilité politique. Les banques islamiques, avec leurs produits « halal », attirent une clientèle aisée qui cherche à blanchir son argent sans enfreindre les préceptes religieux. Mais cette manne financière ne profite pas à l’économie réelle : elle reste bloquée dans des comptes bancaires, alimentant une bulle spéculative.
La Banque d’Algérie tente de réguler le crédit à la consommation pour éviter les taux usuriers, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan. Tant que l’Algérie ne réformera pas son système bancaire (en le rendant plus transparent et plus compétitif), la finance islamique restera un leurre – une vitrine pieuse pour un capitalisme de connivence.
**Le « Made in Algeria » : une stratégie de communication plus qu’une révolution industrielle**
Pourtant, l’industrie algérienne reste largement dépendante des importations. Les usines locales assemblent des produits conçus à l’étranger (voitures, médicaments, électronique), sans véritable transfert de technologie. Les projets routiers de Bouira ou les partenariats avec Siemens Energy sont des avancées, mais ils ne suffisent pas à créer une base industrielle solide.
Le vrai défi, c’est la formation. L’Algérie a des ingénieurs talentueux (comme en témoignent les prix remportés par ses chercheurs), mais son système éducatif est en crise. Les universités forment des diplômés qui ne trouvent pas de travail, tandis que les entreprises manquent de main-d’œuvre qualifiée. Sans une réforme en profondeur de l’enseignement supérieur, le « Made in Algeria » restera un slogan creux.
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**CINÉMA, PRESSE ET GÉOPOLITIQUE : L’ART DE LA DISTRACTION DE MASSE**
**Le cinéma algérien : entre résistance et récupération**
Cette ambiguïté est révélatrice. Le cinéma algérien est à la fois un espace de liberté et un outil de propagande. Les réalisateurs qui critiquent le système (comme Allouache) sont tolérés, voire encouragés, tant qu’ils ne remettent pas en cause les fondements du régime. En revanche, ceux qui s’attaquent aux tabous (la corruption, l’armée, la répression) sont censurés ou marginalisés.
Le cas de La Dernière Reine est emblématique : le film est salué à l’international, mais son financement reste opaque. Est-ce une œuvre indépendante, ou un produit de la diplomatie culturelle algérienne ? La réponse est probablement entre les deux.
**La presse et la géopolitique : le grand théâtre des ombres**
Cette paranoïa n’est pas gratuite : elle sert à justifier la répression contre les opposants et à détourner l’attention des problèmes internes (chômage, corruption, inégalités). La France est un bouc émissaire commode, surtout depuis la crise diplomatique de 2021. Mais cette stratégie a un coût : elle isole l’Algérie sur la scène internationale et décourage les investisseurs étrangers.
Le cas de Boualem Sansal est symptomatique. L’écrivain, critique virulent du régime, est à la fois célébré en France et diabolisé en Algérie. Est-il un « héros » ou un « pantin » ? La réponse dépend de quel côté de la Méditerranée on se place. Pour le pouvoir algérien, Sansal est un traître ; pour l’opposition, c’est un symbole de résistance. En réalité, il est les deux à la fois – un miroir des contradictions algériennes.
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**LES UNIVERSITÉS ALGÉRIENNES : L’EXCELLENCE EN VITRINE, LA MÉDIOCRITÉ EN COULISSES**
Les universités algériennes brillent à l’international. Un chercheur algérien remporte un prix à Shenzhen, un autre est salué par le président Tebboune pour son innovation. Ces succès sont réels, mais ils masquent une réalité plus sombre : le système éducatif algérien est en crise.
D’un côté, l’Algérie forme des élites scientifiques qui s’illustrent à l’étranger (dans les concours Huawei, les laboratoires européens). De l’autre, la majorité des étudiants algériens sortent de l’université sans compétences adaptées au