L’Algérie se retrouve au cœur d’un axe géopolitique qui redessine les équilibres sécuritaires en Afrique du Nord et au Sahel. Selon une analyse publiée récemment par Atlantico, un triangle stratégique émerge entre Alger, Moscou et Bamako, suscitant des tensions avec les partenaires occidentaux, notamment la France. Ce rapprochement, marqué par des accords militaires et énergétiques, interroge sur les nouvelles priorités de la diplomatie algérienne.
Des contrats militaires et une présence russe accrue
Le Mali, dirigé par la junte du colonel Assimi Goïta, a renforcé ses liens avec la Russie depuis 2021, remplaçant progressivement les forces françaises par des instructeurs du groupe Wagner. Alger, traditionnellement allié de Moscou depuis l’ère soviétique, a observé cette évolution sans condamnation publique. En 2024, des sources diplomatiques citées par Conflits : Revue de Géopolitique ont révélé que des discussions discrètes avaient eu lieu entre les trois capitales pour coordonner leurs positions sur la sécurité sahélienne. La Russie, via des livraisons d’armes et des formations, consolide son influence, tandis que l’Algérie, premier budget militaire d’Afrique, maintient une coopération technique avec l’armée malienne.
L’énergie comme levier d’influence
La visite récente de la ministre nigérienne de l’Énergie à Alger, rapportée par l’Agence Nigérienne de Presse, illustre une autre facette de cette dynamique. La Société Algérienne de l’Électricité et du Gaz (SONELGAZ) a présenté ses capacités en matière de production et de transport d’électricité, un secteur où le Niger cherche des alternatives après la suspension de l’aide occidentale. L’Algérie, via SONATRACH, a déjà signé des accords avec le Mali pour la fourniture de gaz, contournant les infrastructures contrôlées par des acteurs européens. Ces partenariats s’inscrivent dans une stratégie de diversification des alliances, alors que l’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux marchés européens.
La réaction française et les tensions sous-jacentes
La France, dont la présence militaire au Sahel a été réduite après les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, voit d’un mauvais œil ce rapprochement. En novembre 2025, Emmanuel Macron a effectué une tournée africaine pour tenter de regagner du terrain, comme le rapporte France 24. Mais les déclarations algériennes, notamment après la visite de Rachida Dati au Sahara occidental en février 2025, ont ravivé les tensions. Alger a rappelé son ambassadeur à Paris et dénoncé une « provocation inacceptable », selon Bladi.net. La question du Sahara occidental reste un point de friction récurrent, mais c’est désormais la coopération sécuritaire entre Alger, Moscou et Bamako qui alarme les chancelleries occidentales.
Une diplomatie algérienne en quête d’autonomie
Le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé, lors d’un discours en septembre 2023, la volonté de l’Algérie de jouer un rôle « indépendant et équilibré » sur la scène internationale. Les think tanks américains, reçus à Alger en mai 2026 selon l’APS, ont été invités à explorer des opportunités d’investissement, notamment dans les énergies renouvelables. Cette ouverture aux États-Unis contraste avec le renforcement des liens avec la Russie, illustrant une diplomatie pragmatique. Pour l’Algérie, il s’agit de sécuriser ses intérêts sans s’aligner sur un bloc, une position qui dérange autant à Paris qu’à Washington.
Les frontières libyennes, nouveau terrain de rivalités
La Libye, où l’Algérie soutient le gouvernement d’unité nationale (GNU) basé à Tripoli, devient un enjeu supplémentaire. Conflits : Revue de Géopolitique souligne que la Russie utilise les frontières libyennes pour étendre son influence vers le Sahel, avec la bénédiction tacite d’Alger. Les milices pro-russes en Libye servent de relais pour des livraisons d’armes vers le Mali et le Niger, contournant les sanctions internationales. L’Algérie, qui partage une frontière de 1 000 km avec la Libye, surveille ces mouvements de près, mais sans les condamner ouvertement.
Un équilibre délicat pour l’Algérie
Cette stratégie comporte des risques. En s’associant indirectement à la Russie dans une région instable, Alger pourrait s’aliéner des partenaires historiques comme l’Union européenne, principal client de son gaz. Pourtant, les responsables algériens misent sur une approche réaliste : le Sahel est une zone d’influence naturelle pour l’Algérie, et la coopération avec Moscou offre des garanties militaires que l’Occident ne peut plus assurer. La visite de la ministre nigérienne à Alger montre que cette politique porte ses fruits, au moins à court terme.
Les prochains mois décisifs
Les prochaines semaines pourraient clarifier les intentions algériennes. Une rencontre tripartite entre Alger, Moscou et Bamako est évoquée par plusieurs sources diplomatiques, bien que non confirmée officiellement. Si elle a lieu, elle acterait une alliance formelle, avec des implications majeures pour la stabilité du Sahel. Pour l’Algérie, l’enjeu est double : préserver sa souveraineté tout en évitant une confrontation directe avec l’Europe et les États-Unis. La partie est loin d’être jouée, mais une chose est sûre : Alger ne compte plus laisser Paris dicter les règles du jeu en Afrique.