Revue de presse : Artisanat algérien, PME Algérie, Innovation Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres contradictions : entre héritage et futurisme**

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux temporalités. D’un côté, un État centralisateur, héritier d’une économie rentière et d’une bureaucratie postcoloniale, qui peine à se réinventer malgré les discours sur la diversification. De l’autre, une société civile, des entrepreneurs et des innovateurs qui, dans l’ombre ou sous les projecteurs, tentent de forger un nouveau récit économique. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une cartographie complexe, où chaque domaine – de l’artisanat à la transition énergétique – révèle à la fois les blocages structurels et les potentialités inexplorées d’un pays en pleine recomposition.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de silos étanches. La sécurité alimentaire dépend des PME rurales, elles-mêmes liées aux investissements étrangers, qui eux-mêmes conditionnent la transition énergétique. L’Algérie n’est plus un pays où l’on peut penser l’économie sans la géopolitique, ni la santé sans l’innovation, ni l’artisanat sans les marchés internationaux. Pourtant, cette interdépendance reste mal maîtrisée, comme si les différentes strates de l’État et de la société agissaient en parallèle plutôt qu’en synergie.

**L’artisanat, ou l’économie de la patience face à l’urgence industrielle**

Les couteaux de cuisine algériens, souvent forgés à la main dans les ateliers de Tlemcen ou de Constantine, incarnent une forme de résistance économique. Ils rappellent que l’Algérie possède un savoir-faire artisanal capable de rivaliser avec les productions industrielles, à condition d’être valorisé. Pourtant, ce secteur reste marginalisé, victime d’un double mépris : celui d’une élite économique obsédée par les grands projets, et celui d’une jeunesse qui, faute de perspectives, se détourne des métiers manuels.

La question n’est pas anodine. Si l’Algérie veut réduire sa dépendance aux hydrocarbures, elle devra réhabiliter ces filières locales, non comme un folklore touristique, mais comme un levier de développement endogène. Or, pour l’instant, les politiques publiques privilégient les mégaprojets – comme celui de Kébili, où l’on promet d’exporter de l’électricité solaire vers l’Europe – au détriment des petites unités de production. Une contradiction flagrante : comment exporter de l’énergie verte tout en négligeant les artisans qui pourraient fabriquer les composants solaires localement ?

**PME et sécurité alimentaire : le maillon faible de la souveraineté**

La restructuration du Comité d’agrément, de contrôle et de la qualité des exportations (CACQE) et les opérations de « ménage » du ministère du Commerce signalent une prise de conscience : l’Algérie ne peut plus se permettre de jouer avec la qualité de ses produits alimentaires. Les scandales récurrents de denrées périmées ou frauduleuses ont érodé la confiance des consommateurs, mais aussi des partenaires étrangers.

Pourtant, la solution ne réside pas seulement dans le contrôle, mais dans l’accompagnement des PME rurales, qui représentent 90% du tissu économique hors hydrocarbures. Les déclarations de Malinne Blomberg (BAD) sur la Tunisie – « renforcer son attractivité » – pourraient tout aussi bien s’appliquer à l’Algérie. Le pays dispose d’un potentiel agricole sous-exploité (les Hautes Plaines, le Sahara pour les cultures sous serre), mais les PME locales manquent cruellement d’accès au financement, à la logistique et aux marchés.

Le paradoxe est cruel : alors que l’Algérie importe massivement des produits alimentaires (plus de 10 milliards de dollars par an), ses propres producteurs peinent à écouler leurs récoltes. La faute à une bureaucratie kafkaïenne, à l’absence de chaînes de froid et à une politique des prix qui décourage l’investissement. Si le pays veut atteindre une véritable souveraineté alimentaire, il lui faudra cesser de traiter ses agriculteurs et ses transformateurs comme des variables d’ajustement.

**L’innovation énergétique : entre rêve européen et réalités algériennes**

L’Algérie se présente comme un acteur clé de la transition énergétique européenne. Les projets de méga-centrales solaires à Kébili, capables d’exporter de l’électricité vers l’UE, s’inscrivent dans cette logique. Pourtant, derrière les annonces triomphales, se cachent des défis colossaux.

D’abord, le modèle algérien reste prisonnier de la rente : l’État mise sur les grands contrats avec l’étranger (comme les visites prochaines d’industriels européens) plutôt que sur une transition décentralisée, portée par les acteurs locaux. Ensuite, l’efficacité énergétique – présentée comme un « pilier » par Nafaâ Baccari – se heurte à un gaspillage institutionnalisé : subventions aux carburants, bâtiments publics énergivores, industrie lourde peu modernisée.

Le plus inquiétant ? L’Algérie pourrait reproduire avec les énergies renouvelables les mêmes erreurs qu’avec les hydrocarbures : une dépendance aux exportations, une faible intégration locale, et une vulnérabilité aux fluctuations des prix internationaux. Pour éviter ce scénario, il faudrait une révolution culturelle : former des ingénieurs en énergies vertes, encourager les start-up spécialisées, et surtout, cesser de voir les renouvelables comme une simple source de devises, mais comme un levier de développement territorial.

**Investissements étrangers : l’Algérie, terre d’opportunités ou champ de mines ?**

Les industriels étrangers qui s’intéressent à l’Algérie en 2025 le font avec un mélange d’appétit et de prudence. D’un côté, le pays offre des atouts indéniables : une main-d’œuvre qualifiée, une position géographique stratégique, et des ressources naturelles abondantes. De l’autre, les obstacles sont légion : bureaucratie tatillonne, système judiciaire opaque, et surtout, une instabilité réglementaire qui décourage les engagements longs.

Le cas de la NSIA Banque Côte d’Ivoire, avec ses 16,3 milliards de francs CFA de bénéfices, illustre ce que l’Algérie pourrait gagner en s’ouvrant davantage. Mais pour attirer des investisseurs sérieux, il faudrait une refonte en profondeur du code des investissements, une simplification des procédures douanières, et surtout, une garantie de stabilité politique. Or, les tensions récurrentes entre le pouvoir et les milieux d’affaires – comme en témoignent les affaires de corruption ou les nationalisations surprises – entretiennent un climat de méfiance.

L’enjeu est clair : l’Algérie a besoin de capitaux étrangers pour moderniser son industrie, mais elle ne peut pas se contenter de sous-traitance bas de gamme. Elle doit exiger des transferts de technologie, des partenariats équitables, et surtout, une intégration des PME locales dans les chaînes de valeur. Sinon, elle risque de devenir une simple plateforme de production pour l’Europe, sans jamais développer sa propre base industrielle.

**Santé et bourse : deux thermomètres de la modernisation algérienne**

La « révolution silencieuse » des polycliniques pédiatriques et la numérisation des hôpitaux tunisiens avec Philips contrastent avec l’état du système de santé algérien. Malgré des progrès indéniables (baisse de la mortalité infantile, extension de la couverture médicale), les hôpitaux publics restent sous-équipés, sous-financés, et souvent paralysés par les grèves du personnel soignant.

Pourtant, l’Algérie dispose d’atouts majeurs : une diaspora médicale compétente, des partenariats potentiels avec des groupes internationaux (comme Philips), et une jeunesse avide de formations dans les métiers de la santé. Le problème ? Un manque de vision stratégique. Au lieu d’investir dans des mégaprojets hospitaliers coûteux, le pays gagnerait à moderniser les structures existantes, à former davantage de médecins et d’infirmiers, et à développer la télémédecine – surtout dans les zones rurales.

Côté bourse, l’évolution du marché algérois est un autre indicateur. Le passage du test des dividendes par la BDL et l’arrivée de 33 000 nouveaux actionnaires montrent une timide démocratisation de la finance. Mais la Bourse d’Alger reste un marché de niche, dominé par quelques grandes entreprises publiques, avec une liquidité faible et un manque criant de PME cotées.

Pour que la bourse devienne un véritable levier de financement, il faudrait :
1. Inciter les PME à s’introduire en bourse (via des incitations fiscales).
2. Renforcer la transparence et la gouvernance des entreprises cotées.
3. Développer des produits financiers innovants (fonds d’investissement, obligations vertes).

Sans ces réformes, la Bourse d’Alger restera un marché marginal, incapable de jouer son rôle dans la diversification économique.

**Politique étrangère : entre rapprochement avec la France et diversification des alliances**

La visite prochaine de Saïd Sayoud à Paris s’inscrit dans une dynamique de réchauffement des relations franco-algériennes, après des années de tensions. Mais cette normalisation ne doit pas masquer une réalité plus profonde : l’Algérie est en train de diversifier ses partenariats, notamment avec la Corée du Sud (défense), la Chine (technologie) et les pays du Golfe (investissements).

Cette stratégie de « multi-alignement » est intelligente, mais elle comporte des risques. D’abord, elle peut donner l’impression d’un pays opportuniste, prêt à jouer les uns contre les autres sans ligne directrice claire. Ensuite, elle expose l’Algérie à des pressions contradictoires – entre les exigences européennes en matière de droits de l’homme, les attentes chinoises en matière de contrats, et les calculs géopolitiques des pays du Golfe.

Le vrai défi pour l’Algérie est de transformer cette diversification en levier de souveraineté. Cela passe par :
– Une diplomatie économique proactive, capable de négocier des partenariats gagnant-gagnant.
– Une politique industrielle cohérente, qui ne se contente pas d’importer des technologies, mais les adapte aux besoins locaux.
– Une stratégie de sécurité énergétique qui ne dépende pas uniquement de l’Europe.

**L’Algérie en 2030 : trois scénarios pour un pays à la croisée des chemins**

À l’horizon 2030, l’Algérie pourrait emprunter trois trajectoires radicalement différentes.

**1. Le scénario de la stagnation rentière**

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