Le gouvernorat de Béjaïa a annoncé récemment l’élargissement de son offre de formation professionnelle, une mesure visant à répondre aux besoins croissants des jeunes en quête d’emploi. Selon le quotidien Liberté, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large du ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels pour réduire le chômage chez les moins de 30 ans, qui représente près de 25 % de cette tranche d’âge en Algérie.
Les nouveaux programmes, lancés en collaboration avec les centres de formation locaux, couvrent des secteurs porteurs comme l’informatique, l’électromécanique, la maintenance industrielle et l’agroalimentaire. D’après les responsables du secteur, ces filières ont été choisies en fonction des opportunités d’embauche identifiées dans la région, notamment dans les zones industrielles de Béjaïa et ses environs. Le directeur de l’Office national de la formation professionnelle (ONFP) de la wilaya a précisé que 1 200 places supplémentaires seraient ouvertes dès cette année, avec un accent particulier sur les métiers liés à la transition numérique et aux énergies renouvelables.
Cette décision intervient dans un contexte où les jeunes Algériens peinent à trouver des emplois stables malgré leur niveau d’études. Une étude récente de l’Office national des statistiques (ONS) révèle que 60 % des chômeurs en Algérie ont moins de 35 ans, et que près de 40 % d’entre eux détiennent un diplôme de l’enseignement supérieur. Face à ce constat, les autorités misent sur la formation professionnelle comme levier pour faciliter l’insertion sur le marché du travail. Le ministre de la Formation professionnelle, Yacine Merabi, avait déclaré en 2023 que l’objectif était de former 500 000 jeunes par an d’ici 2025, en adaptant les cursus aux besoins des entreprises locales et nationales.
À Béjaïa, les centres de formation ont déjà commencé à accueillir les premiers bénéficiaires de ces nouveaux programmes. Parmi eux, le Centre de formation professionnelle (CFPA) de Toudja, qui propose désormais des modules en maintenance des systèmes solaires et en gestion de projets numériques. « Nous avons constaté une forte demande de la part des jeunes pour ces spécialités, surtout après les campagnes de sensibilisation menées dans les lycées et les maisons de jeunes », explique un formateur du centre. Les inscriptions, gratuites, sont ouvertes aux diplômés du baccalauréat ainsi qu’aux titulaires de certificats de qualification professionnelle.
Les entreprises locales semblent également soutenir cette initiative. Plusieurs d’entre elles, comme la Société nationale des industries pétrochimiques (SONIP) et des PME spécialisées dans l’agroalimentaire, ont signé des conventions avec les centres de formation pour accueillir des stagiaires et embaucher les meilleurs profils. « Nous avons besoin de techniciens qualifiés pour nos unités de production. Ces formations nous permettent de recruter des jeunes déjà opérationnels », confie le directeur d’une usine de transformation de poissons à Béjaïa.
Cependant, des défis persistent. Certains jeunes interrogés par Liberté soulignent que les formations, bien que gratuites, ne garantissent pas toujours un emploi. « J’ai suivi une formation en maintenance industrielle, mais je n’ai toujours pas trouvé de travail après six mois. Les entreprises préfèrent souvent des profils avec de l’expérience », témoigne un jeune diplômé. Pour répondre à cette préoccupation, le ministère a annoncé la création de plateformes de mise en relation entre les jeunes formés et les employeurs, ainsi que des incitations fiscales pour les entreprises qui embauchent des stagiaires.
Par ailleurs, les autorités locales travaillent à améliorer l’attractivité des métiers manuels, souvent boudés par les jeunes malgré leur potentiel d’embauche. Des campagnes de communication sont en cours pour promouvoir les filières techniques auprès des élèves et de leurs parents. « Il faut changer les mentalités. Un bon technicien peut gagner autant, voire plus, qu’un employé de bureau », affirme un responsable de la Chambre de commerce et d’industrie de Béjaïa.
Cette expansion de l’offre de formation professionnelle à Béjaïa s’inscrit dans une dynamique nationale. D’autres wilayas, comme Oran, Constantine et Tlemcen, ont également renforcé leurs programmes ces dernières années, avec des résultats encourageants. Selon l’ONFP, le taux d’insertion des jeunes formés dans ces régions dépasse désormais les 60 %, contre moins de 40 % il y a cinq ans.
Pour les jeunes de Béjaïa, cette initiative représente une lueur d’espoir dans un marché de l’emploi souvent perçu comme saturé. « Je ne voulais pas rester sans rien faire après mon bac. Cette formation me donne une chance de me spécialiser et de trouver un travail », confie une jeune femme inscrite en maintenance informatique. Si les résultats se confirment, cette approche pourrait servir de modèle pour d’autres régions confrontées au même défi.