L’ancien directeur général de la Sûreté nationale (DGSN) Farid Bencheikh a été placé en détention provisoire cette semaine, cinq mois après son audition par le tribunal militaire de Blida. Selon El Watan, cette décision intervient dans le cadre d’une enquête pour « atteinte à la sécurité de l’État » et « gestion frauduleuse de fonds publics ». Bencheikh, en poste de 2019 à 2020, est le plus haut responsable sécuritaire à être visé par une procédure judiciaire depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune.
Le tribunal militaire de Blida, compétent pour les affaires impliquant des officiers supérieurs, n’a pas encore communiqué les détails des charges retenues contre l’ex-DGSN. Des sources judiciaires citées par El Watan évoquent cependant des irrégularités dans l’acquisition de matériel policier et des soupçons de surfacturation. Farid Bencheikh avait été limogé en juillet 2020, quelques mois après les manifestations du Hirak, dans un contexte de tensions au sein des appareils sécuritaires.
Un symbole de la lutte contre la corruption
L’affaire Bencheikh rappelle d’autres procédures judiciaires visant d’anciens responsables, comme celle de l’ex-PDG adjoint de Sonatrach, condamné à cinq ans de prison en 2023 pour des faits de corruption liés à l’affaire Sonatrach1. Cependant, les observateurs soulignent que ces poursuites restent sélectives. Africa Intelligence note que plusieurs hommes d’affaires algériens, impliqués dans des dossiers similaires, restent privés de leur passeport sans être formellement inculpés.
Un procès sous haute tension
Le tribunal militaire de Blida, qui a déjà jugé des figures du Hirak comme Karim Tabbou, est devenu un symbole des tensions entre le pouvoir et les opposants. Pour les défenseurs des droits humains, ces procédures illustrent une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. À l’inverse, les partisans du régime y voient une preuve de la détermination de Tebboune à assainir les institutions.
Quelles conséquences pour la Sûreté nationale ?
Le ministère de la Défense, dont dépend le tribunal militaire de Blida, n’a pas réagi à l’arrestation de Bencheikh. Les prochaines audiences, qui devraient se tenir dans les semaines à venir, seront scrutées par les observateurs. Elles pourraient révéler l’étendue des dysfonctionnements au sein de la DGSN et les éventuelles complicités au plus haut niveau de l’État.
Une justice en quête de légitimité
Pour les Algériens, ces procès sont à la fois un espoir de transparence et une source de scepticisme. Si la détention de Bencheikh confirme la volonté du pouvoir de sanctionner les abus, elle interroge aussi sur les critères de sélection des cibles judiciaires. Dans un pays où la confiance dans les institutions reste fragile, la crédibilité de la justice dépendra de sa capacité à traiter tous les dossiers avec la même rigueur.