L’Algérie place la transition énergétique au cœur de sa stratégie régionale. Sonatrach, le géant national des hydrocarbures, a récemment engagé une série d’initiatives pour réduire l’empreinte carbone du Maghreb, selon un rapport publié par Afrik en mai 2025. Ces mesures s’inscrivent dans une dynamique plus large, où l’Algérie cherche à concilier exploitation des ressources fossiles et développement des énergies renouvelables.
Un partenariat maghrébin pour décarboner l’industrie
Le projet s’appuie sur des études menées par l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) et le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER). Ces institutions ont identifié des gisements de gaz naturel à faible teneur en soufre, moins polluants, ainsi que des réservoirs géologiques adaptés au stockage du CO₂. Selon un responsable de Sonatrach cité par Afrik, « l’Algérie dispose d’un potentiel unique pour devenir un hub régional de décarbonation, grâce à ses infrastructures et à sa position géographique ».
L’hydrogène vert, nouvelle frontière énergétique
Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a confirmé lors d’une conférence en avril 2025 que des négociations étaient en cours avec des partenaires européens pour exporter cet hydrogène. « L’Algérie peut devenir un fournisseur majeur pour l’Europe, qui cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles », a-t-il déclaré. Le projet s’inscrit dans le cadre du Hydrogen Europe, une alliance continentale visant à accélérer la production d’hydrogène propre.
Des défis techniques et financiers
Un autre défi concerne la formation des ingénieurs et techniciens locaux. L’École nationale polytechnique d’Alger (ENP) et l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) ont lancé en 2024 des masters spécialisés en énergies propres et en gestion du carbone. Ces programmes visent à doter l’Algérie des compétences nécessaires pour piloter ces technologies.
Une stratégie alignée sur les engagements internationaux
Le groupe a également adhéré à l’Oil and Gas Climate Initiative (OGCI), une coalition de compagnies pétrolières mondiales visant à accélérer la transition énergétique. Cette adhésion permet à Sonatrach d’accéder à des technologies de pointe et à des financements dédiés. En 2025, le groupe a annoncé un investissement de 500 millions de dollars dans des projets de réduction des émissions de méthane, un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO₂.
Vers une intégration régionale des énergies propres
Le ministre Arkab a souligné que « l’interconnexion électrique est un levier pour la stabilité énergétique du Maghreb et pour la création d’un marché régional de l’électricité verte ». Des discussions sont également en cours avec le Maroc pour relancer le projet de gazoduc Maghreb-Europe, qui pourrait à terme transporter de l’hydrogène vert.
Réactions et critiques
Du côté des écologistes, le collectif Djazair Ecology a appelé à une accélération des projets, estimant que « l’Algérie a les moyens de devenir un leader africain des énergies propres, mais doit passer des discours aux actes ». Le collectif réclame notamment une loi-cadre sur la transition énergétique, qui fixerait des objectifs contraignants pour les entreprises et les collectivités locales.
Un modèle pour l’Afrique ?
Pour l’économiste algérien Abderrahmane Mebtoul, « l’Algérie a une carte à jouer en combinant ses ressources fossiles et son potentiel renouvelable. Mais cela nécessite une vision claire et des investissements massifs ». Le pays pourrait ainsi servir de pont entre l’Afrique et l’Europe, en exportant à la fois du gaz naturel et de l’hydrogène vert.
Les prochains mois seront décisifs. Sonatrach doit finaliser ses accords avec les partenaires maghrébins et européens, tandis que le gouvernement algérien prépare une nouvelle loi sur les énergies renouvelables. Si ces projets aboutissent, l’Algérie pourrait bien devenir un modèle de transition énergétique pour les pays riches en hydrocarbures.