Cette semaine, l’Algérie a réaffirmé sa position inchangée concernant le Sahara occidental, malgré les pressions diplomatiques croissantes. Selon des sources proches du ministère des Affaires étrangères, Alger refuse toute remise en question de son soutien au Front Polisario, qu’elle considère comme le représentant légitime du peuple sahraoui.
D’après un communiqué publié par l’agence officielle APS, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déclaré que « l’Algérie restera fidèle à ses principes et à son engagement historique envers la cause sahraouie ». Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions renouvelées entre Alger et Rabat, notamment après les récentes déclarations du député français Sébastien Delogu, accusé par le Maroc de relayer la « propagande algérienne ».
Le dossier sahraoui reste un point de crispation majeur entre les deux pays. Le Maroc, qui contrôle environ 80 % du territoire disputé, défend son plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, tandis que l’Algérie soutient le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Cette divergence a conduit à la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat en 2021, un statu quo qui persiste malgré les tentatives de médiation internationale.
Selon des observateurs cités par Courrier international, cette fermeté algérienne s’inscrit dans une stratégie plus large de consolidation de son influence en Afrique du Nord. L’Algérie a récemment renforcé ses liens avec les États-Unis, comme en témoigne l’offensive diplomatique menée fin 2025, marquée par des échanges à haut niveau et des accords économiques. Cette approche vise à contrebalancer l’influence marocaine, notamment après la reconnaissance par Washington de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020.
Sur le plan interne, cette position intransigeante est largement soutenue par la classe politique et l’opinion publique. Le président Abdelmadjid Tebboune a rappelé à plusieurs reprises que la question sahraouie était une « cause nationale », soulignant que l’Algérie ne transigerait pas sur ce dossier. Les médias algériens, comme El Watan ou Le Matin d’Algérie, relaient régulièrement des analyses mettant en avant la légitimité du combat sahraoui et critiquant les « manœuvres » marocaines.
Cependant, cette rigidité diplomatique n’est pas sans conséquences. Les relations économiques entre les deux pays, déjà limitées, se sont encore détériorées. Le gazoduc Maghreb-Europe, qui transitait par le Maroc avant d’être fermé en 2021, reste inutilisé, privant les deux pays de revenus importants. Par ailleurs, les échanges commerciaux, autrefois dynamiques, sont aujourd’hui quasi inexistants, au détriment des populations frontalières.
Sur le plan international, l’Algérie cherche à mobiliser des soutiens en faveur de sa position. Récemment, des responsables algériens ont multiplié les rencontres avec des diplomates européens et africains pour promouvoir une solution « juste et durable » au conflit. La visite d’Anne-Claire Legendre, directrice générale de la mondialisation au Quai d’Orsay, à Alger en avril 2026, a été l’occasion de réaffirmer le rôle de la culture comme outil de « soft power » pour l’Algérie. Selon Le Matin d’Algérie, cette approche vise à renforcer l’image de l’Algérie comme acteur clé dans la résolution des crises régionales.
Pourtant, certains analystes estiment que cette posture pourrait isoler davantage l’Algérie sur la scène internationale. Le Maroc, de son côté, a réussi à rallier plusieurs pays à sa cause, notamment en Afrique et dans le monde arabe. La reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental par des États comme les Émirats arabes unis ou Israël a compliqué la tâche d’Alger, qui peine à convaincre de nouveaux alliés.
Malgré ces défis, l’Algérie semble déterminée à maintenir sa ligne. Lors d’une récente réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur algérien à l’ONU a réitéré que « la solution au conflit sahraoui passe nécessairement par l’organisation d’un référendum d’autodétermination », conformément aux résolutions onusiennes. Cette position, bien que minoritaire, reste un pilier de la diplomatie algérienne.
En parallèle, l’Algérie continue de soutenir matériellement et politiquement le Front Polisario. Des camps de réfugiés sahraouis en Algérie, comme ceux de Tindouf, bénéficient d’une aide humanitaire et logistique constante. Selon des rapports d’ONG, cette assistance est vitale pour des dizaines de milliers de Sahraouis vivant dans des conditions précaires depuis des décennies.
Pour l’Algérie, le dossier sahraoui n’est pas seulement une question de politique étrangère, mais aussi une question de souveraineté et de légitimité historique. Depuis l’indépendance en 1962, Alger a toujours soutenu les mouvements de libération, et le Sahara occidental s’inscrit dans cette tradition. Cette continuité est perçue comme un devoir moral par une grande partie de la population algérienne.
Cependant, certains experts estiment que cette rigidité pourrait nuire à long terme aux intérêts algériens. Dans un contexte géopolitique en mutation, marqué par la montée des tensions en Afrique du Nord et la compétition pour les ressources énergétiques, une approche plus flexible pourrait permettre à l’Algérie de jouer un rôle plus constructif. Mais pour l’heure, Alger semble privilégier la fermeté, quitte à assumer les conséquences d’un isolement relatif.
La question sahraouie reste donc un sujet de division profonde entre l’Algérie et le Maroc, sans perspective de résolution à court terme. Les deux pays, malgré leur proximité géographique et culturelle, semblent engagés dans une rivalité durable, avec des implications régionales majeures. Pour l’Algérie, le défi sera de concilier ses principes avec les réalités d’un monde en constante évolution.