Tebboune renforce les liens Algérie-Niger avec une centrale électrique

Cette semaine, Alger a marqué un nouveau jalon dans sa coopération avec Niamey en inaugurant une centrale électrique de 40 mégawatts (MW) à Agadez, dans le nord du Niger. L’événement, rapporté par l’Agence Nigérienne de Presse, s’inscrit dans une dynamique de solidarité énergétique entre les deux pays, portée par le président Abdelmadjid Tebboune et son homologue nigérien, le général Abdourahamane Tiani.

La centrale, baptisée « Centrale de la solidarité algéro-nigérienne », a été financée et construite par l’Algérie dans le cadre d’un accord signé en 2023. Selon les déclarations officielles, elle permettra d’alimenter en électricité près de 200 000 habitants de la région d’Agadez, une zone minière stratégique mais longtemps confrontée à des pénuries récurrentes. Le projet s’ajoute à d’autres initiatives algériennes au Niger, comme la construction de lignes électriques et la formation de techniciens nigériens dans les centres de SONELGAZ.

Pour Alger, cette inauguration répond à une double logique. D’abord, sécuriser son influence en Afrique subsaharienne, où la concurrence avec le Maroc et la Turquie s’intensifie. Ensuite, positionner l’Algérie comme un acteur clé dans la stabilisation du Sahel, une région fragilisée par les coups d’État et les tensions géopolitiques. « L’Algérie ne se contente pas de vendre du gaz ou de l’électricité, elle construit des infrastructures durables et forme les compétences locales », a souligné un responsable de SONELGAZ cité par l’APS.

Le projet a aussi une dimension politique. Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, qui a porté le général Tiani au pouvoir, Alger a maintenu un dialogue constant avec Niamey, contrairement à d’autres capitales africaines ou occidentales qui ont adopté une posture plus critique. Cette approche pragmatique a été saluée par le gouvernement nigérien, qui voit dans l’Algérie un partenaire fiable. Lors de l’inauguration, le ministre nigérien de l’Énergie, Mahamane Sani Mahamadou, a qualifié la centrale de « symbole de la fraternité entre nos deux peuples ».

Sur le plan technique, la centrale d’Agadez fonctionne au diesel, une solution temporaire en attendant le raccordement au réseau électrique nigérien, prévu pour 2027. L’Algérie a également proposé d’étendre son expertise en énergies renouvelables, avec des projets solaires en discussion. « Nous voulons accompagner le Niger dans sa transition énergétique, pas seulement lui fournir une solution d’urgence », a expliqué un ingénieur de SONATRACH présent sur place.

Cette coopération énergétique s’inscrit dans une stratégie plus large d’Alger en Afrique. Depuis 2020, l’Algérie a multiplié les accords avec les pays du Sahel, notamment le Mali et la Mauritanie, dans les domaines de l’électricité, de l’eau et des infrastructures. En 2024, elle a également lancé un projet de gazoduc transsaharien, en partenariat avec le Nigeria, pour exporter du gaz vers l’Europe via le Niger.

Pourtant, des défis persistent. La région d’Agadez, riche en uranium et en or, reste instable en raison de la présence de groupes armés. Les autorités algériennes et nigériennes ont renforcé la sécurité autour de la centrale, mais des risques de sabotage ou de vol de carburant subsistent. « La stabilité du projet dépendra de la capacité des deux pays à sécuriser la zone », estime un analyste militaire cité par Jeune Afrique.

À plus long terme, cette initiative pourrait servir de modèle pour d’autres projets algériens en Afrique. Le président Tebboune a récemment évoqué la possibilité de construire des centrales similaires au Mali et au Burkina Faso, deux pays où l’Algérie cherche à étendre son influence. « L’énergie est un levier de développement, mais aussi de diplomatie », résume un diplomate algérien sous couvert d’anonymat.

L’inauguration de la centrale d’Agadez confirme ainsi la volonté d’Alger de jouer un rôle central dans la résolution des crises énergétiques en Afrique. Reste à savoir si cette approche portera ses fruits au-delà du Sahel, dans un continent où les besoins en électricité sont immenses et les concurrents nombreux.

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