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**L’Algérie en mouvement : un kaléidoscope de défis et d’ambitions**
L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les traces d’un passé colonial encore brûlant, les cicatrices d’une guerre civile oubliée des manuels, et les promesses d’une modernité qui peine à s’incarner. Les actualités récentes, loin d’être une mosaïque désordonnée, révèlent une société en tension permanente entre trois forces : la quête d’une souveraineté multidimensionnelle (économique, culturelle, numérique), la persistance de blocages structurels hérités d’un système rentier, et l’émergence de dynamiques bottom-up qui contournent, parfois avec génie, les rigidités de l’État. Ces fils rouges tissent une toile où chaque domaine – de l’université à l’irrigation, de la diplomatie à la gastronomie – devient un miroir grossissant des contradictions algériennes.
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**1. L’UNIVERSITÉ COMME LABORATOIRE : ENTRE EXCELLENCE ET EXCLUSION**
L’annonce d’un nouveau master en design et environnement urbain à l’université Salah Boubnider de Constantine sonne comme une petite révolution. Dans un pays où l’urbanisme est souvent réduit à des projets pharaoniques (comme la Grande Mosquée d’Alger) ou à des bidonvilles en expansion, former des professionnels capables de penser la ville par et pour ses habitants relève de l’acte politique. Ce master, s’il échappe au piège de la technocratie, pourrait devenir un outil de réappropriation citoyenne de l’espace public – un enjeu crucial dans un pays où 70% de la population a moins de 30 ans et où les villes étouffent sous le béton.
Pourtant, cette lueur d’espoir contraste violemment avec l’ukase de Rachida Bellamy, eurodéputée française, qui exige l’exclusion de l’Algérie (et de la Palestine) du programme Erasmus+. Derrière ce refus, se cache une vision géopolitique où l’Europe, en pleine crise existentielle, cherche à se recentrer sur des partenariats « sûrs » – c’est-à-dire dépolitisés. L’Algérie, avec son histoire anticoloniale et son rôle de pivot en Afrique, dérange. Mais cette exclusion est aussi un aveu d’échec : l’UE, incapable de penser un partenariat horizontal avec le Sud, préfère verrouiller ses frontières intellectuelles. Pour les étudiants algériens, cela signifie une double peine : privés d’accès aux financements européens, ils devront compter sur des alternatives locales… ou sur la Chine, dont les universités ouvrent grand leurs portes (cf. la suppression des droits de douane pour 53 pays africains).
Le bel exploit des étudiants algériens à l’Olympiade internationale de mathématiques vient rappeler une vérité trop souvent occultée : l’Algérie regorge de talents, mais ceux-ci sont systématiquement sous-exploités, voire découragés. Le système éducatif, malgré des poches d’excellence, reste prisonnier d’une logique bureaucratique qui privilégie la mémorisation à la créativité, la conformité à l’innovation. Résultat : les meilleurs partent (fuite des cerveaux), les autres s’adaptent – ou se résignent.
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**2. LE NUMÉRIQUE, OU L’ART DE RATER LE COCHE SANS PERDRE LA FACE**
L’Algérie observe, impuissante, ses voisins africains (Nigeria, Madagascar, Cap-Vert) lancer des programmes ambitieux de formation aux métiers du numérique. Coursera, plateforme phare de l’edtech, s’allie avec le Nigeria pour former des milliers de jeunes – une initiative qui rappelle étrangement le Digital Algeria 2025, lancé en grande pompe en 2018… et resté lettre morte. Pendant ce temps, le Cap-Vert, avec ses 500 000 habitants, mise sur le numérique pour devenir un hub régional. L’Algérie, elle, tergiverse.
Pourtant, le pays dispose d’atouts majeurs : une jeunesse ultra-connectée (70% des Algériens ont moins de 30 ans), une diaspora dynamique dans les tech hubs européens et américains, et des infrastructures télécoms en progression. Mais trois freins structurels bloquent la transition :
– L’État, entre méfiance et contrôle : Les autorités voient dans le numérique à la fois une menace (cyberactivisme, fake news) et une opportunité (surveillance, censure). Résultat, les initiatives privées sont étouffées par des réglementations kafkaïennes.
– L’absence de vision industrielle : Contrairement au Maroc, qui a fait du offshoring un pilier de son économie, l’Algérie n’a pas su (ou voulu) attirer les géants du numérique. Les rares succès (comme le développement d’applications locales) restent artisanaux.
– Le syndrome de la rente : Pourquoi investir dans le numérique quand le gaz et le pétrole rapportent encore des milliards ? Cette mentalité, héritée de l’ère Boumediene, persiste, malgré les avertissements des économistes sur la fin programmée des énergies fossiles.
Le paradoxe est cruel : l’Algérie pourrait être un leader africain du numérique, mais elle préfère jouer les seconds rôles, attendant que les autres (Chine, UE, États-Unis) lui dictent les règles du jeu.
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**3. DIPLOMATIE : L’ART DE JOUER SUR TOUS LES TABLEAUX SANS GAGNER À AUCUN**
La diplomatie algérienne navigue entre trois pôles d’influence – l’Afrique, l’Europe, et les puissances émergentes (Chine, Russie) – sans jamais trancher. Les récentes annonces illustrent cette stratégie du ni-ni :
– La Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains : une aubaine pour l’Algérie, qui exporte déjà des dattes, des phosphates et des produits pétroliers vers Pékin. Mais cette dépendance croissante à l’égard de la Chine (qui finance des infrastructures clés) risque de reproduire les erreurs du passé : des partenariats déséquilibrés, où l’Algérie fournit des matières premières et importe des produits finis.
– L’UE négocie des accords avec l’Inde et l’Australie : Bruxelles, après avoir signé un traité controversé avec le Mercosur, cherche à diversifier ses partenariats. Pour l’Algérie, c’est un camouflet. Malgré ses ressources gazières (cruciales pour l’Europe post-Ukraine), le pays reste perçu comme un partenaire secondaire, voire encombrant. La faute à une diplomatie souvent perçue comme agressive (sur le Sahara occidental) ou inconstante (alternance entre rapprochement et tensions avec la France).
– Le « pipeau » des zones de libre-échange au Maghreb : Le président Tebboune a beau vanter les mérites de l’intégration régionale, la réalité est tout autre. Les frontières entre l’Algérie et ses voisins (Maroc, Tunisie) restent fermées, les projets communs (comme le gazoduc transsaharien) sont gelés, et les rivalités géopolitiques (sur le Sahara, la Libye) paralysent toute coopération. Résultat : le Maghreb, qui pourrait être un géant économique (avec 100 millions d’habitants), reste un nain.
La grande question : l’Algérie peut-elle devenir une puissance médiatrice (comme elle le revendique sur la question sahraouie) sans tomber dans le piège de la surenchère ? Sa diplomatie oscille entre souverainisme de façade (refus des ingérences occidentales) et dépendance de fait (aux marchés chinois et européens). Pour sortir de cette impasse, il faudrait une vision claire – ce qui suppose, d’abord, une refonte du système politique algérien, encore trop marqué par les luttes de clans et les calculs court-termistes.
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**4. ARTISANAT ET AGRICULTURE : LES DEUX VISAGES D’UNE MÊME CRISE**
**L’artisanat, ou l’économie de la débrouille**
Les sessions de formation pour 50 jeunes artisans à Constantine et le salon de la création artisanale au Kram (Tunisie) sont des initiatives louables, mais elles restent des gouttes d’eau dans un océan de négligence. Le vrai problème ? L’artisanat n’est pas une priorité politique. Contrairement au Maroc, où le secteur est structuré (avec des labels, des écoles spécialisées, une promotion touristique), l’Algérie le traite comme un folklore, pas comme une filière économique.
Pourtant, l’artisanat pourrait être un levier de développement local, surtout dans les régions rurales. Des initiatives comme celle de Jihene Touati en Tunisie (formation artisanale numérique) montrent la voie : digitaliser les savoir-faire pour les adapter aux marchés modernes. Mais en Algérie, l’État préfère subventionner des usines clés en main (souvent inefficaces) plutôt que de soutenir des micro-entreprises artisanales.
**L’agriculture, otage de la rente et du climat**
Les tendances divergentes du marché laitier européen (beurre en hausse, poudre maigre en baisse) devraient alerter Alger. Avec une population en croissance (50 millions d’habitants d’ici 2030) et des ressources hydriques en déclin, le pays est assis sur une bombe à retardement. Pourtant, les solutions existent :
– Moderniser l’irrigation : Le 9e Salon de l’agriculture saharienne à El-Oued a mis en lumière le potentiel des techniques d’irrigation goutte-à-goutte et des énergies renouvelables. Mais ces innovations restent cantonnées à des projets pilotes.
– Réformer le foncier : 80% des terres agricoles sont gérées par des coopératives étatiques inefficaces. Libérer le foncier (sans tomber dans la privatisation sauvage) pourrait