Solar Week Algérie 2024 lance la transition énergétique

L’Algérie a franchi une étape clé dans sa stratégie de diversification énergétique avec l’organisation de la Solar Week Algérie 2024, une conférence tenue récemment à Alger. Cet événement, couvert par El Moudjahid, a réuni des acteurs publics, des investisseurs internationaux et des experts pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables, en particulier le solaire, dans le mix énergétique national.

La Solar Week a mis en lumière les ambitions algériennes de produire 15 000 mégawatts (MW) d’électricité solaire d’ici 2035, un objectif inscrit dans le programme national des énergies renouvelables. Selon les déclarations officielles rapportées par El Moudjahid, ce plan vise à réduire la dépendance aux hydrocarbures, qui représentent encore plus de 90 % des exportations du pays. Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a souligné lors de l’ouverture de la conférence que l’Algérie dispose d’un potentiel solaire estimé à 3 000 heures d’ensoleillement par an, l’un des plus élevés au monde.

Des projets concrets en cours

Plusieurs initiatives ont été présentées durant la Solar Week, dont le développement de centrales solaires dans le Sud algérien. La région de Ghardaïa, déjà pionnière avec la centrale hybride de Hassi R’Mel (150 MW), devrait accueillir de nouveaux projets. D’après l’Agence algérienne pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE), citée par El Moudjahid, des appels d’offres pour des centrales solaires de grande envergure seront lancés d’ici la fin de l’année. Ces projets s’inscrivent dans une logique de substitution progressive du gaz naturel utilisé pour la production d’électricité, une ressource aujourd’hui prioritairement exportée.

Le secteur privé est également encouragé à participer. La Sonelgaz, via sa filiale Shariket Kahraba wa Taket Moutadjadida (SKTM), a annoncé des partenariats avec des entreprises européennes pour la construction de parcs solaires. Un accord cadre a notamment été signé avec l’allemand Siemens Energy pour la réalisation d’une centrale de 100 MW dans la wilaya d’Adrar. Ces collaborations s’ajoutent aux protocoles d’accord déjà conclus avec l’Allemagne en 2022 pour des projets d’hydrogène vert, comme l’avait rapporté Leconomiste Maghrebin.

Les défis techniques et financiers

Malgré ces avancées, des obstacles persistent. Les participants à la Solar Week ont évoqué la nécessité d’améliorer les infrastructures de transport d’électricité, notamment dans les zones désertiques où l’ensoleillement est optimal mais où les réseaux sont moins développés. Le directeur général de SKTM, Chaher Boulakhras, a insisté sur l’importance d’investir dans des solutions de stockage d’énergie, comme les batteries lithium-ion, pour pallier l’intermittence du solaire.

Sur le plan financier, les coûts initiaux des projets restent élevés. Selon une étude présentée lors de la conférence, le mégawatt solaire en Algérie coûte entre 800 000 et 1 million de dollars, un investissement difficile à mobiliser sans partenariats internationaux. Le gouvernement algérien mise sur des mécanismes de financement innovants, comme les contrats d’achat d’électricité (PPA) avec des acteurs privés, pour attirer les capitaux. La Banque africaine de développement (BAD) a d’ailleurs annoncé son soutien à plusieurs projets algériens dans le cadre de son initiative Desert to Power.

Une dynamique régionale

La Solar Week a aussi permis de comparer les progrès algériens avec ceux de ses voisins. La Tunisie, par exemple, a mis en service récemment sa plus grande centrale solaire, comme l’a rapporté webdo, un projet qui pourrait inspirer l’Algérie. Les participants ont souligné l’importance de la coopération maghrébine pour mutualiser les expertises et les investissements. Un projet de réseau électrique interconnecté entre l’Algérie, la Tunisie et le Maroc a été évoqué, bien que les tensions politiques régionales freinent encore sa concrétisation.

L’impact sur l’économie locale

Au-delà des enjeux énergétiques, la transition solaire pourrait dynamiser l’économie algérienne. La création d’emplois dans les secteurs de la construction, de la maintenance et de la recherche est un objectif affiché. Le ministre Arkab a annoncé la formation de 10 000 techniciens spécialisés dans les énergies renouvelables d’ici 2030, en partenariat avec des universités et des centres de formation professionnels. Des entreprises locales, comme Condor Electronics, se positionnent déjà sur le marché des panneaux solaires, avec des unités de production en cours d’installation à Sétif et à Oran.

Prochaines étapes

La Solar Week Algérie 2024 a servi de catalyseur pour accélérer les engagements pris. D’ici 2025, le gouvernement prévoit de finaliser les études pour une centrale solaire de 1 000 MW dans le Sahara, qui serait l’une des plus grandes d’Afrique. Les résultats des appels d’offres lancés cette année seront déterminants pour évaluer la capacité du pays à attirer les investisseurs. Comme l’a rappelé un expert présent à la conférence, « l’Algérie a l’opportunité de devenir un hub énergétique régional, mais cela dépendra de sa capacité à concrétiser ses projets dans les délais ».

La transition énergétique algérienne est désormais lancée, avec des défis à relever mais aussi des opportunités uniques pour un pays riche en ressources naturelles et en potentiel humain.

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