L’Algérie vise le leadership africain en biotechnologies

L’Algérie a récemment franchi une étape décisive dans sa stratégie de développement scientifique, avec l’ambition affichée de devenir un acteur clé des biotechnologies sur le continent. Cette orientation, portée par des acteurs publics et privés, s’appuie sur des investissements ciblés, des partenariats internationaux et une volonté politique de diversifier l’économie nationale.

Selon MSN, qui a relayé les déclarations de responsables du secteur en juin 2026, l’Algérie dispose d’atouts majeurs pour s’imposer dans ce domaine. Le pays compte déjà plusieurs centres de recherche spécialisés, comme le Centre de recherche en biotechnologie de Constantine (CRBt) ou l’Institut Pasteur d’Algérie, qui travaillent sur des projets concrets. Parmi ceux-ci, la production locale de vaccins et de médicaments biosimilaires, un enjeu crucial pour réduire la dépendance aux importations pharmaceutiques.

Le groupe pharmaceutique public Saidal joue un rôle central dans cette dynamique. D’après L’Algérie Aujourd’hui, Saidal a renforcé ses collaborations avec des laboratoires internationaux, notamment dans le domaine des biotechnologies médicales. Ces partenariats visent à transférer des technologies et à former des chercheurs algériens, tout en développant des unités de production locales. Le groupe a déjà lancé des projets pilotes pour la fabrication de thérapies innovantes, comme les anticorps monoclonaux utilisés dans le traitement de certains cancers.

Un écosystème en construction

L’Algérie mise également sur l’innovation et les start-up pour accélérer son développement biotechnologique. Lors de la Conférence africaine des start-up organisée en décembre 2025, les participants ont souligné l’importance de soutenir les jeunes pousses algériennes dans ce secteur. AL24 News a rapporté que des engagements avaient été pris pour faciliter l’accès au financement et à l’accompagnement technique, avec la création de pépinières dédiées dans plusieurs wilayas.

Le gouvernement algérien a par ailleurs intégré cette priorité dans sa loi de finances 2024. Bien que les détails restent confidentiels, des sources proches du ministère de l’Industrie pharmaceutique indiquent que des enveloppes budgétaires ont été allouées à la recherche et développement (R&D) dans les biotechnologies. Ces fonds visent à moderniser les infrastructures existantes et à attirer des talents locaux et étrangers.

Reconnaissance internationale

L’Union africaine (UA) a récemment salué les progrès de l’Algérie dans le domaine scientifique. Dans une interview accordée à El Moudjahid en décembre 2025, le professeur Gaspard Banyankimbona, commissaire de l’UA chargé de l’Éducation, de la Science, de la Technologie et de l’Innovation, a qualifié l’Algérie de « pilier du développement technologique africain ». Il a notamment cité les avancées du pays en matière de biotechnologies agricoles, avec des projets visant à améliorer la résilience des cultures face au changement climatique.

Cette reconnaissance s’inscrit dans une stratégie plus large de coopération Sud-Sud. L’Algérie a multiplié les échanges avec des pays comme l’Inde, qui a manifesté un intérêt croissant pour le marché algérien. Lors du Forum algéro-indien organisé en février 2026, des investisseurs indiens ont exprimé leur volonté de s’associer à des projets biotechnologiques en Algérie, notamment dans les domaines de la santé et de l’agroalimentaire, selon El Watan.

Défis et perspectives concrètes

Malgré ces avancées, des obstacles persistent. Le secteur des biotechnologies en Algérie reste confronté à des défis structurels, comme le manque de coordination entre les différents acteurs (universités, centres de recherche, entreprises) et la lenteur des procédures administratives. Des experts du secteur, interrogés par Maghreb Émergent, soulignent également la nécessité de renforcer la formation des chercheurs et de faciliter l’accès aux équipements de pointe.

Pour y répondre, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a lancé plusieurs initiatives. Parmi elles, la création de chaires universitaires dédiées aux biotechnologies, en partenariat avec des entreprises privées. Ces chaires visent à rapprocher la recherche académique des besoins du marché, tout en offrant aux étudiants des opportunités de stages et d’emplois.

Un secteur stratégique pour la santé publique

L’enjeu des biotechnologies dépasse le cadre économique. Avec une population de plus de 45 millions d’habitants et une recrudescence de certaines maladies, comme le cancer, l’Algérie cherche à développer des solutions locales pour répondre aux besoins de sa population. En février 2026, Maghreb Émergent rapportait que le pays faisait face à une augmentation des cas de cancers, notamment du sein et du poumon, ce qui renforce l’urgence de produire localement des traitements innovants.

Les biotechnologies offrent également des opportunités dans le domaine agricole. Des projets sont en cours pour développer des semences résistantes à la sécheresse, un enjeu crucial pour un pays où l’agriculture représente une part importante de l’économie. Le Centre de recherche en biotechnologie de Constantine travaille notamment sur des variétés de blé et d’orge adaptées aux conditions climatiques locales.

Une vision à long terme

L’Algérie ne se contente pas de suivre une tendance mondiale. Elle cherche à se positionner comme un hub régional, capable d’exporter son savoir-faire. Les autorités misent sur des projets structurants, comme le parc technologique de Sidi Abdallah, qui doit accueillir des entreprises spécialisées dans les biotechnologies. Ce parc, situé près d’Alger, vise à créer un écosystème favorable à l’innovation, en regroupant des laboratoires, des incubateurs et des unités de production.

Les prochaines étapes incluent la finalisation de partenariats avec des pays leaders en biotechnologies, comme la Chine et la Corée du Sud, ainsi que le renforcement des capacités locales. Si ces efforts portent leurs fruits, l’Algérie pourrait non seulement réduire sa dépendance aux importations, mais aussi devenir un acteur incontournable sur le marché africain des biotechnologies.

Laisser un commentaire