Revue de presse : Diversification économique Algérie, Environnement Algérie, Patrimoine algérien…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan endormi**

Ce qui frappe, c’est l’absence de récit unificateur. L’État algérien, sous Tebboune, semble naviguer à vue, alternant entre autosatisfecit présidentiel et réformes technocratiques, comme si la légitimité se mesurait désormais à la capacité à importer des solutions clés en main (5G turque, partenariats chinois, e-paiement) plutôt qu’à construire un projet collectif. Pourtant, sous la surface, des dynamiques profondes travaillent le pays : la jeunesse artisanale qui se forme au numérique, les femmes qui investissent la sphère publique malgré les freins culturels, les écosystèmes locaux qui résistent à l’étouffement industriel. L’Algérie n’est pas en crise – elle est en métamorphose chaotique, et c’est ce chaos qui en fait un laboratoire politique et social fascinant.

**La rente, ce fantôme qui hante l’Algérie**

Pourtant, des fissures apparaissent. Les partenariats public-privé dans la santé, avec l’intervention de GE Healthcare, suggèrent une diversification par nécessité : le système de santé algérien, à genoux après des décennies de sous-investissement, ne peut plus compter sur la seule manne pétrolière. Farid Fezoua, directeur de GE Healthcare Afrique, le dit sans détour : « Le continent est un laboratoire » – comprendre : l’Algérie, comme d’autres, doit innover pour survivre. Mais cette innovation reste captive d’un État centralisateur, qui préfère importer des technologies (5G, fibre) plutôt que de libérer les énergies locales.

Contradiction majeure : l’Algérie dépense des milliards pour moderniser ses infrastructures (transports, télécoms, santé), mais elle étouffe les acteurs qui pourraient en faire un usage subversif – médias indépendants, associations amazighes, collectifs féministes. La 5G propulse les débits, mais le Hirak est sous surveillance. Les femmes investissent la justice et la sphère publique, mais les mécanismes législatifs qui les y autorisent restent lettre morte sans volonté politique réelle. L’État algérien veut le progrès sans la liberté, la modernité sans la démocratie. C’est un pari risqué.

**Environnement : le miroir brisé de la souveraineté**

Pourquoi un tel décalage ? Parce que l’écologie en Algérie est un enjeu de souveraineté. Sauver l’Oued El Harrach, c’est sauver Alger – donc sauver le pouvoir. Mais sauver l’Oued Soummam, c’est affronter les industriels locaux et les réseaux clientélistes qui polluent en toute impunité. L’État algérien, comme beaucoup d’autres, préfère les grands gestes symboliques aux réformes structurelles. Le don chinois pour le CHU de Sétif est un exemple : une aide ponctuelle qui soulage la pression, mais ne résout pas le problème de fond – un système de santé sous-financé et inégalitaire.

Fils rouges environnementaux :
La rente écologique : les zones humides et les fleuves sont traités comme des ressources à exploiter (tourisme, agriculture intensive) plutôt qu’à préserver.
Le greenwashing d’État : les annonces sur les énergies renouvelables (solaire, éolien) se multiplient, mais 80% de l’électricité algérienne reste produite à partir de gaz.
L’urgence climatique comme menace existentielle : la sécheresse récurrente et la désertification menacent les récoltes de céréales, poussant l’État à investir dans des silos… tout en continuant à subventionner une agriculture intensive et gaspilleuse.

L’environnement algérien est le symptôme d’un pays qui n’a pas encore choisi entre la prédation et la durabilité. Et ce choix, il devra le faire sous la pression de sa jeunesse – celle qui manifeste pour le climat en Europe, mais qui, en Algérie, est trop occupée à survivre pour militer.

**Patrimoine et identité : le combat des langues et des mémoires**

Pourtant, cette dynamique se heurte à l’État-nation jacobin, qui voit dans toute revendication identitaire une menace à son unité. Le pouvoir algérien a beau célébrer Yennayer (le Nouvel An amazigh), il réprime les militants berbères qui en font un symbole politique. Même chose pour les langues africaines : leur étude est encouragée dans les colloques, mais leur usage dans l’administration ou l’éducation reste marginal.

Contradiction fondamentale : l’Algérie se présente comme un pays africain, ouvert sur le continent (partenariats avec le Nigeria, le Sénégal), mais elle refuse de reconnaître pleinement sa propre africanité. Le berbère, l’arabe dialectal, les langues subsahariennes parlées par les migrants : toutes ces langues sont tolérées, mais jamais institutionnalisées. Résultat : une schizophrénie identitaire, où l’on célèbre le patrimoine tout en niant sa diversité.

Enjeu caché : cette bataille linguistique est aussi une bataille géopolitique. En promouvant les langues africaines, l’Algérie se positionne comme un leader continental, face à un Maroc qui mise sur l’arabe et l’islam. Mais pour cela, il faudrait dépasser le nationalisme étroit – ce que le pouvoir actuel, obsédé par la stabilité, n’est pas prêt à faire.

**Femmes et artisanat : les deux visages de la résilience**

D’un côté, les femmes algériennes investissent la sphère publique grâce à des mécanismes législatifs (quotas, formations professionnelles). Les études comparatives sur les femmes juges en Afrique montrent que l’Algérie fait figure de bon élève – du moins sur le papier. Pourtant, dans les faits, les freins culturels et les résistances patriarcales restent immenses. Les femmes sont présentes dans la justice, la santé, l’éducation… mais elles en sont rarement les dirigeantes. Leur participation est tolérée, pas encouragée.

De l’autre, l’artisanat algérien se réinvente. À Constantine, 50 jeunes artisans sont formés aux nouvelles technologies ; en Tunisie, Jihene Touati mise sur le numérique pour moderniser les métiers traditionnels. Ces initiatives prouvent que la jeunesse algérienne n’attend pas l’État pour innover. Elle contourne les obstacles en créant ses propres réseaux, en utilisant les outils digitaux (e-paiement, 5G) pour dépasser les blocages bureaucratiques.

Ce qui relie ces deux dynamiques ? L’autonomie. Les femmes et les artisans algériens ne comptent plus sur l’État pour leur émancipation. Elles/ils créent des espaces parallèles, des économies informelles, des réseaux de solidarité. C’est une révolution silencieuse, mais profonde.

Risque majeur : cette autonomie est fragile. Sans soutien institutionnel, les artisanes et les femmes professionnelles restent vulnérables aux retournements politiques. L’État algérien, s’il voulait vraiment moderniser le pays, aurait tout intérêt à s’appuyer sur ces forces vives plutôt qu’à les étouffer. Mais pour cela, il faudrait accepter de partager le pouvoir – ce qu’il n’est pas prêt à faire.

**Médias et Hirak : la démocratie en sursis**

Ce qui se joue ici, c’est la bataille pour le récit. Le pouvoir algérien a compris que la légitimité ne vient plus seulement des urnes, mais aussi des médias. D’où l’investissement dans la 5G, le mobile money, l’e-paiement : il s’agit de contrôler les flux d’information autant que les flux financiers. La modernisation technologique n’est pas neutre – elle est **un outil de surveillance et de dép

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