Hirak algérois résiste malgré la répression

Depuis 2019, le mouvement du Hirak a marqué un tournant dans la vie politique algérienne. Pourtant, en 2026, les opposants au « système » continuent de se mobiliser, souvent de manière isolée, dans les rues d’Alger. Selon un reportage récent du Monde, ces militants, dispersés mais déterminés, tentent de préserver l’esprit initial du soulèvement populaire qui avait secoué le pays.

Les rassemblements, bien que moins massifs qu’en 2019, persistent malgré les restrictions imposées par les autorités. Des figures comme Karim Tabbou, Fodil Boumala ou encore Samir Belarbi, bien que souvent empêchés de s’exprimer publiquement, restent des références pour ces militants. Leurs arrestations ou leurs assignations à résidence n’ont pas éteint la flamme contestataire. D’après des témoignages recueillis par El Watan, les manifestations spontanées, souvent organisées via les réseaux sociaux, se multiplient dans des quartiers comme Bab El Oued, Belcourt ou encore Hussein Dey.

Les forces de sécurité, déployées en nombre, interviennent systématiquement pour disperser ces rassemblements. Les arrestations sont fréquentes, et les militants dénoncent des procédures judiciaires expéditives. Selon Liberté, plusieurs dizaines de personnes ont été condamnées ces derniers mois pour « atteinte à l’unité nationale » ou « incitation à attroupement non armé ». Pourtant, malgré ces pressions, certains continuent de braver les interdits, comme en témoigne la persistance de slogans tagués sur les murs de la capitale : « Yetnahaw gaâ » (« Qu’ils dégagent tous ») ou « Système dégage ».

Les médias officiels, comme l’APS ou El Moudjahid, ignorent largement ces mobilisations. En revanche, des titres indépendants comme Le Quotidien d’Oran ou El Khabar couvrent régulièrement les arrestations et les procès des militants. Ces journaux, déjà fragilisés par des pressions économiques et judiciaires, jouent un rôle clé dans la diffusion d’informations alternatives. Leur survie reste cependant menacée, comme l’a souligné récemment Reporters sans frontières (RSF), qui classe l’Algérie au 134e rang sur 180 dans son classement mondial de la liberté de la presse.

Sur le plan politique, le pouvoir algérien semble déterminé à étouffer toute velléité de contestation. Le président Abdelmadjid Tebboune, élu en 2019 puis réélu en 2024, a multiplié les gestes symboliques pour apaiser les tensions, comme la libération de certains détenus d’opinion. Pourtant, selon Jeune Afrique, ces mesures restent insuffisantes pour les militants du Hirak, qui réclament des réformes structurelles, notamment une refonte du système judiciaire et la fin de l’impunité des responsables corrompus.

Les réseaux sociaux, malgré les coupures intermittentes d’internet, restent un outil essentiel pour les opposants. Des comptes comme @Hirak2019 ou @AlgerieLibre2026 relaient en temps réel les arrestations et les mouvements de protestation. Ces plateformes permettent aussi de contourner la censure médiatique, même si les autorités algériennes ont renforcé leur surveillance des contenus en ligne. En 2025, plusieurs blogueurs et influenceurs ont été arrêtés pour « diffusion de fausses informations » ou « atteinte à la sécurité de l’État ».

À l’étranger, la diaspora algérienne continue de soutenir le mouvement. Des rassemblements sont régulièrement organisés à Paris, Montréal ou encore Londres, où des milliers de personnes se réunissent pour dénoncer la répression en Algérie. Ces manifestations, bien que moins médiatisées, maintiennent une pression internationale sur le régime. Des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch publient régulièrement des rapports sur les violations des droits humains en Algérie, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression.

Sur le terrain, les militants du Hirak adaptent leurs stratégies. Les marches hebdomadaires du vendredi, qui avaient marqué les débuts du mouvement, ont laissé place à des actions plus discrètes mais tout aussi symboliques. Des sit-in devant les tribunaux, des distributions de tracts ou encore des veillées aux chandelles sont organisés pour commémorer les victimes de la répression. Ces initiatives, bien que moins visibles, montrent une résilience qui surprend même les observateurs les plus sceptiques.

Pourtant, l’avenir du Hirak reste incertain. Les divisions internes, les arrestations ciblées et la fatigue des militants pèsent sur le mouvement. Certains, comme l’avocat et militant des droits humains Mustapha Bouchachi, appellent à une refondation du mouvement pour éviter son essoufflement. D’autres, comme la militante Samira Messouci, insistent sur la nécessité de maintenir la pression dans la rue, malgré les risques.

En Algérie, la presse indépendante joue un rôle crucial dans ce contexte. Des journalistes comme Khaled Drareni, libéré en 2021 après une campagne internationale, continuent de documenter les abus des autorités. Leur travail, souvent réalisé au péril de leur liberté, est essentiel pour informer les Algériens et alerter l’opinion internationale. Pourtant, les conditions de travail des journalistes se dégradent, avec des pressions croissantes sur les rédactions et des restrictions accrues sur l’accès à l’information.

Le Hirak, bien que affaibli, n’a pas disparu. Ses revendications, portées par une jeunesse déterminée, restent d’actualité. La lutte pour la démocratie, la justice sociale et la fin de la corruption continue, malgré les obstacles. Les Algérois, seuls ou en petits groupes, persistent à défier un système qu’ils jugent illégitime. Leur résistance, discrète mais tenace, pourrait bien être le prélude à de nouveaux bouleversements politiques.

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