Revue de presse : Gouvernement algérien, Entrepreneuriat Algérie, Finance islamique Algérie…

TITRE : ALGÉRIE 2024 : LE GRAND ÉQUILIBRE ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE – QUAND L’ÉTAT-MACHINE RENCONTRE LES FISSURES DU RÊVE NATIONAL

**L’Algérie à la croisée des flux : entre souveraineté stratégique et fragmentation sociale**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les traces d’un État centralisateur, les aspirations d’une jeunesse connectée, et les secousses d’un monde en recomposition. Les actualités des dix derniers jours dessinent moins un tableau cohérent qu’une série de tensions dynamiques, où chaque domaine semble répondre à une logique propre tout en étant irrémédiablement lié aux autres. Derrière les annonces officielles – souvent triomphales – perce une réalité plus complexe : celle d’un pays qui cherche à concilier modernisation autoritaire, héritage révolutionnaire, et pressions géopolitiques, tout en laissant affleurer les fractures d’une société en quête de sens.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence de l’État comme acteur, régulateur, et parfois censeur. Qu’il s’agisse du gouvernement multipliant les gestes de solidarité internationale (Haïti) ou locale (ADN dans le Nord-Ouest), des entreprises publiques (Faderco, Gara Djebilet) ou de l’armée déployant sa stratégie cybernétique, la main visible de l’État algérien reste le fil rouge de cette actualité. Pourtant, cette centralité masque mal les contradictions : comment un système aussi vertical peut-il intégrer les revendications d’une jeunesse numérisée, les aspirations entrepreneuriales d’une bourgeoisie émergente, ou les silences assourdissants sur les droits humains ? L’Algérie avance en équilibriste, jonglant entre le besoin de contrôle et l’urgence de se réinventer.

**L’État-providence 2.0 : entre charité d’État et soft power géopolitique**

Le gouvernement algérien se présente ces jours-ci sous un jour paradoxal : à la fois généreux et calculateur. L’Association ADN, financée par l’État, vient en aide aux populations vulnérables du Nord-Ouest – une région historiquement marginalisée, où le chômage et l’exode rural creusent les inégalités. Dans le même temps, Alger se pose en acteur humanitaire sur la scène internationale, avec l’appel de KAY JÈN (une ONG proche des cercles officiels) à garantir l’accès aux soins en Haïti, alors que le choléra y fait rage.

Derrière cette diplomatie de la compassion se cache une stratégie plus large : celle d’un pays qui, après des décennies de repli, cherche à retrouver une influence régionale. En soutenant Haïti – un État en déliquescence, mais membre de l’Organisation internationale de la Francophonie –, l’Algérie réactive des réseaux diplomatiques oubliés et se positionne comme un pont entre le Sud global et les Caraïbes. Cette posture n’est pas sans rappeler le rôle joué par Alger dans les années 1970, quand le pays était un fer de lance du mouvement des non-alignés.

Pourtant, cette générosité sélective interroge. Pourquoi l’Algérie, qui peine à résoudre ses propres crises sanitaires (manque de médicaments, hôpitaux vétustes), se tourne-t-elle vers l’extérieur ? La réponse tient peut-être dans la nature même de l’État algérien : un système qui, depuis 1962, a toujours privilégié les grands récits (la révolution, le tiers-mondisme, aujourd’hui la « renaissance nationale ») aux réformes structurelles. La solidarité internationale est moins un acte désintéressé qu’un outil de légitimation, à l’heure où le pouvoir doit justifier sa gestion face à une population de plus en plus critique.

**L’économie algérienne : entre rente minière et rêve entrepreneurial**

L’Algérie reste un pays où l’économie est avant tout une affaire d’État. Les annonces récentes le confirment : le Fonds national des investissements (FNI) finance les mégaprojets miniers de phosphate et de Gara Djebilet, tandis que des entreprises comme Faderco (leader des couches et lingettes) étendent leur empire continental. Ces succès, bien réels, s’inscrivent dans une logique de diversification économique – un impératif depuis la chute des prix du pétrole en 2014.

Pourtant, cette dynamique entrepreneuriale bute sur deux écueils majeurs.

Premièrement, la persistance d’un modèle rentier. Malgré les discours sur la diversification, l’Algérie dépend toujours à plus de 90 % des hydrocarbures pour ses recettes en devises. Les projets miniers de Gara Djebilet (fer) et de phosphate ne sont que des pis-aller : ils génèrent des emplois et des revenus, mais ne transforment pas en profondeur l’économie. Pire, ils perpétuent une logique extractiviste, où la richesse nationale est captée par une élite politico-économique, sans retombées significatives pour la population.

Deuxièmement, le paradoxe de l’entrepreneuriat algérien. Des figures comme Tolga El Baraka (héritier d’un empire familial devenu international) incarnent le rêve d’une bourgeoisie algérienne conquérante. Mais pour chaque success story, combien d’entrepreneurs étouffent sous le poids de la bureaucratie, des monopoles publics, et d’un système financier archaïque ? La finance islamique, présentée comme une solution (avec les partenariats de la Banque Islamique de Développement ou d’Al Salam Bank), reste marginale. Elle séduit une frange conservatrice de la population, mais ne résout pas le problème de fond : l’absence d’un écosystème favorable à l’innovation.

Le cas de l’énergie renouvelable est symptomatique. Alors que le monde entier mise sur la transition verte, l’Algérie – pays du soleil et du vent – reste à la traîne. La seule actualité notable dans ce domaine est le rebranding de Schlumberger en SLB… une entreprise étrangère, qui plus est. Où sont les grands projets solaires ou éoliens ? Où est la recherche algérienne en la matière ? Le pays possède pourtant un potentiel énorme, mais l’État préfère investir dans des projets miniers à court terme plutôt que de préparer l’avenir.

**La jeunesse algérienne : entre formation massive et désillusion numérique**

L’Algérie forme chaque année des centaines de milliers de jeunes, comme en témoigne l’arrivée de 385 000 nouveaux stagiaires dans les centres de formation. Pourtant, cette massification de l’éducation se heurte à une réalité cruelle : le marché du travail n’est pas prêt à les absorber. Les compétences numériques, présentées comme l’eldorado de l’emploi en Afrique (avec 40 % des Africains prêts à acheter en ligne d’ici 2025), restent un mirage pour beaucoup.

Le numérique algérien est un secteur en tension. D’un côté, le gouvernement mise sur l’e-commerce et les compétences digitales pour créer des emplois. De l’autre, les infrastructures restent défaillantes (couverture internet inégale, coupures fréquentes), et les géants du web (Google, Meta) sont absents du paysage local. Les start-up algériennes peinent à émerger, étouffées par un environnement réglementaire hostile et un manque de financement.

Cette fracture numérique est d’autant plus douloureuse que la jeunesse algérienne est ultra-connectée. Les réseaux sociaux sont devenus un exutoire, mais aussi un terrain de surveillance. Les annonces récentes sur les droits humains – comme le témoignage d’un homme gay confronté au racisme dans le milieu LGBT – montrent que le numérique, loin d’être un espace de liberté, est aussi un miroir des tensions sociales. L’État algérien, qui a toujours craint les mouvements spontanés (comme le Hirak en 2019), voit dans le numérique à la fois une menace et une opportunité. D’où la Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information 2025-2029, dévoilée par le ministère de la Défense : un outil de contrôle autant que de protection.

**L’armée algérienne : le dernier rempart d’un système en mutation**

L’armée algérienne n’est pas seulement une institution : elle est le cœur battant du système politique. Les dernières actualités le rappellent avec force.

D’abord, par son rôle de gardien de l’ordre constitutionnel. Le refus catégorique de l’armée face à la proposition de « transition politique » de Makri (leader du Mouvement de la Société pour la Paix, MSP) est un signal clair : pas question de remettre en cause le statu quo. L’armée algérienne, qui a toujours veillé à ce que les transitions politiques se fassent sous son contrôle (comme en 1999 avec Bouteflika, ou en 2019 avec Tebboune), n’entend pas laisser la société civile ou les partis islamistes dicter l’agenda.

Ensuite, par sa modernisation accélérée. La Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information 2025-2029 n’est pas une simple mesure technique : c’est une réponse à la guerre hybride que livrent les puissances étrangères (Maroc, France, Israël) via les cyberattaques et les drones. L’Algérie, qui a toujours été obsédée par sa souveraineté, voit dans le numérique un nouveau champ de bataille. D’où aussi son intérêt pour les drones – comme en témoigne la récente annonce tunisienne sur la menace croissante de ces engins.

Enfin, par son rôle géopolitique. L’armée algérienne est un acteur clé dans la région, comme le montrent ses manœuvres avec la Russie (achats d’armes, exercices conjoints) et son soutien aux mouvements de libération (Sahara occidental, Palestine). Mais cette posture de « puissance résistante » a un coût : elle isole l’Algérie sur la scène internationale et limite ses marges de manœuvre économiques (comme en témoignent les difficultés à attirer les investissements étrangers).

**Les partis politiques : le théâtre des ombres**

Les partis politiques algériens donnent l’impression d’un théâtre d’ombres, où les acteurs jouent des rôles prédéfinis sans jamais remettre en cause le scénario. Les dernières actualités en sont une illustration parfaite.

Le FLN et le RND, piliers du système. Ces deux partis, héritiers de l’ère Bouteflika, sont reçus par Tebboune – une manière de rappeler qu’ils restent des acteurs incontournables, malgré leur discrédit auprès de la population. Leur survie dépend moins de leur légitimité que de leur capacité à servir de courroie de transmission entre le pouvoir et les élites locales.

Le MSP, entre islamisme modéré et marginalisation. Le Mouvement de la Société pour la Paix, dirigé par Abderrazak Makri, tente de se positionner comme une alternative crédible. Mais sa proposition de « transition politique » a été rejetée en bloc par l’armée, montrant les limites de son influence. Le MSP reste toléré tant qu’il ne menace pas le système, mais il est clairement tenu à l’écart des cercles décisionnels.

Les révélations sur l’ère Bouteflika. La déclaration de Mokri (« Tous les responsables de l

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