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**L’Algérie à l’épreuve de ses propres récits**
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**La diaspora, ou l’Algérie hors-sol**
Cette diaspora est aussi un miroir tendu à l’Algérie : alors que les universités du pays peinent à retenir leurs talents (cf. les rencontres académiques au Royaume-Uni), elle incarne une Algérie hors les murs, où l’innovation et la critique peuvent s’épanouir sans les carcans du système. Le paradoxe ? Ces mêmes réseaux diasporiques sont courtisés par le pouvoir quand il s’agit de promouvoir le « Made in Algeria » (comme en témoignent les collaborations algéro-américaines sur la propriété intellectuelle), mais ignorés quand ils remettent en cause les fondements du régime.
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**L’économie du savoir : entre start-up et stérilisateurs à ozone**
1. L’innovation sans écosystème : Les projets technologiques algériens brillent par leur ingéniosité, mais peinent à passer à l’échelle. Pourquoi ? Parce qu’ils butent sur un environnement institutionnel hostile : bureaucratie étouffante, manque de financements pérennes, et surtout, une méfiance chronique envers l’autonomie des acteurs locaux. La collaboration avec les États-Unis sur la propriété intellectuelle est révélatrice : elle montre une volonté de monétiser l’innovation, mais sans remettre en cause les structures qui étouffent la créativité.
2. L’université comme usine à diplômés : Les annonces sur le doublement des bourses étudiantes (une mesure populiste, mais nécessaire) masquent une réalité plus crue : l’enseignement supérieur algérien forme des cohortes de jeunes qualifiés… pour un marché du travail qui n’existe pas. Les partenariats entre universités (comme celui entre El Tarf et Jendouba) sont louables, mais ils ne résolvent pas le problème de fond : l’absence de liens entre la recherche académique et les besoins de l’industrie. Résultat, les talents fuient – vers la diaspora, ou vers des secteurs informels où leurs compétences sont sous-utilisées.
3. La technologie comme outil de contrôle : La transition numérique vantée par le ministre Saihi à Genève a un double visage. D’un côté, elle permet des avancées réelles (comme la digitalisation d’Air Algérie) ; de l’autre, elle sert à renforcer la surveillance de l’État sur les citoyens. Le développement de l’IA en Algérie, par exemple, est avant tout un enjeu de sécurité nationale – bien plus qu’un levier de développement économique. Cette ambiguïté rappelle que toute modernisation en Algérie est d’abord une question de pouvoir : qui contrôle les données, qui définit les priorités, qui bénéficie des retombées ?
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**Géopolitique : l’Algérie entre Sahel et Méditerranée**
Deux dossiers illustrent cette ambivalence :
1. Le Sahel, laboratoire des nouvelles guerres : L’Algérie, qui a longtemps été un rempart contre le terrorisme dans la région, voit aujourd’hui le Sahel se transformer en un champ de bataille où se mêlent réchauffement climatique, trafics et ingérences étrangères. La question posée par le Courrier – « Le changement climatique favorise-t-il le terrorisme ? » – est cruciale. Elle montre que les menaces ne sont plus seulement militaires, mais écologiques et sociales. L’Algérie, qui partage 1 000 km de frontières avec le Mali et le Niger, est en première ligne. Pourtant, sa réponse reste principalement sécuritaire, alors que les causes profondes (pauvreté, gouvernance défaillante, pression démographique) appellent des solutions politiques et économiques.
2. L’Ukraine et les rebelles touaregs : La saisine de l’ONU par le Mali, le Burkina et le Niger contre le soutien ukrainien aux groupes armés touaregs est un signal inquiétant. Elle révèle une fragmentation du Sahel où les alliances se font et se défont au gré des intérêts immédiats. Pour l’Algérie, cette crise est un casse-tête : comment concilier son soutien historique aux mouvements de libération (comme le Polisario) avec sa volonté de stabiliser la région ? La réponse algérienne – une diplomatie discrète, mais ferme – montre qu’elle refuse de s’aligner sur les blocs (Occident vs Russie), mais peine à proposer une alternative crédible.
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**Énergie et écologie : la malédiction des rentes**
– Le Fonds Chaleur et les partenariats avec la Banque africaine de développement montrent une volonté de diversifier les sources d’énergie.
– Les débats sur la dette publique (évoqués par Jézabel Couppey-Soubeyran) soulignent l’urgence d’investir dans l’écologie, mais aussi les freins structurels : comment financer la transition quand les recettes pétrolières restent la principale source de devises ?
Le problème n’est pas technique, mais politique : la transition énergétique suppose une refonte des rapports de pouvoir. Or, en Algérie, les hydrocarbures ne sont pas seulement une source de revenus – ils sont le socle d’un système clientéliste où l’État redistribue la rente pour acheter la paix sociale. Rompre avec ce modèle reviendrait à saper les fondements du régime. D’où l’ambivalence des discours : on parle de « transition », mais on continue à subventionner l’essence et à signer des contrats gaziers avec l’Europe.
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**Le champ politique : l’armée, le FLN et le fantôme de Bouteflika**
1. L’armée, arbitre ultime : Le refus catégorique de l’institution militaire face à la proposition de « transition politique » de Makri (leader du MSP) est un rappel brutal : en Algérie, les règles du jeu sont fixées par l’état-major, pas par les partis. Cette mainmise explique pourquoi le système résiste à toute réforme profonde : les généraux préfèrent une stabilité à tout prix (même au prix d’une stagnation économique) plutôt qu’un changement qui pourrait menacer leurs intérêts.
2. Le FLN, parti zombie : Les accusations de Mokri contre Saïd Bouteflika (« tous les responsables étaient soumis à lui ») révèlent une vérité gênante : le FLN, malgré son discours nationaliste, n’a jamais été qu’un instrument au service des clans au pouvoir. Aujourd’hui, le parti est un cadavre politique qui continue à marcher, faute d’alternative crédible. Sa survie tient moins à sa légitimité qu’à son utilité : il sert de courroie de transmission entre le pouvoir et les masses, via un clientélisme bien rodé.
3. Les islamistes, entre marginalisation et récupération : Le MSP, reçu par Tebboune, incarne une ligne islamiste « soft », compatible avec le système. Mais son influence reste limitée : le pouvoir algérien, échaudé par la décennie noire, préfère cantonner les islamistes à un rôle de figurants plutôt que de leur laisser une place centrale. Cette stratégie a un coût : elle prive le pays d’un débat politique réel, où les questions religieuses pourraient être abordées sans tabou.
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