Le chanteur raï Cheb Bilal, figure emblématique de la musique algérienne, se retrouve au cœur d’une polémique diplomatique entre l’Algérie et le Maroc. Récemment, les autorités marocaines ont interdit au chanteur d’entrer sur leur territoire, une décision qui illustre l’instrumentalisation de la culture dans les relations tendues entre les deux pays. Selon plusieurs sources, dont Afrik et TSA-Algérie, cette mesure s’inscrit dans un contexte de crispations politiques persistantes depuis la rupture des relations diplomatiques en 2021.
Cheb Bilal, connu pour des tubes comme « El Harba » ou « Ya Lili », devait se produire au Maroc dans le cadre d’une tournée régionale. Cependant, son nom a été ajouté à une liste noire, le rendant persona non grata. Interrogé par TSA-Algérie, un responsable du ministère de la Culture algérien a qualifié cette décision de « mesure arbitraire qui porte atteinte à la liberté artistique et aux liens historiques entre les peuples ». Le chanteur, lui, n’a pas réagi publiquement, mais des proches ont confirmé qu’il avait annulé ses concerts prévus à Casablanca et Rabat.
Cette affaire n’est pas isolée. En 2023, le Maroc avait déjà empêché plusieurs artistes algériens de se produire sur son sol, invoquant des « raisons de sécurité ». La réciproque a également été observée, avec des annulations de concerts marocains en Algérie. Ces restrictions s’étendent au-delà de la musique : les échanges culturels, sportifs et même économiques sont régulièrement perturbés par les tensions politiques.
Pourtant, le raï, genre musical né en Algérie, a toujours transcendé les frontières. Des artistes comme Cheb Khaled ou Cheb Mami ont collaboré avec des musiciens marocains, et des festivals comme celui d’Oujda attiraient autrefois un public mixte. Aujourd’hui, ces collaborations se font rares, et les fans des deux côtés de la frontière en paient le prix.
Les observateurs pointent du doigt l’utilisation de la culture comme arme géopolitique. « La musique devrait être un pont, pas un champ de bataille », déclare un analyste culturel algérien cité par Afrik. Cette situation rappelle d’autres crises similaires, comme celle de 2016, lorsque l’Algérie avait revendiqué auprès de l’UNESCO la paternité du raï, provoquant l’ire du Maroc. À l’époque, France 24 avait rapporté que Rabat contestait cette reconnaissance, arguant que le genre avait des racines communes aux deux pays.
En Algérie, la réaction à l’interdiction de Cheb Bilal a été vive. Des associations de défense des droits des artistes ont dénoncé une « censure déguisée », tandis que des fans ont lancé des campagnes sur les réseaux sociaux pour exprimer leur soutien. « Cheb Bilal est un ambassadeur de la culture algérienne, pas un outil politique », peut-on lire sur des pancartes virtuelles.
Cette affaire soulève aussi des questions sur l’avenir des échanges culturels en Afrique du Nord. Avec la fermeture des frontières aériennes et terrestres, les artistes algériens et marocains se retrouvent privés de scènes qui leur étaient autrefois accessibles. Certains, comme le chanteur algérien Soolking, ont choisi de s’installer en Europe pour contourner ces restrictions, mais cela prive les publics locaux de rencontres artistiques directes.
Pour l’Algérie, cette situation représente un défi supplémentaire dans sa stratégie de promotion de la culture nationale à l’international. Le pays mise sur des événements comme le Festival du raï d’Oran ou le Festival panafricain d’Alger pour renforcer son soft power. Cependant, ces initiatives se heurtent aux barrières politiques, limitant leur impact.
Les autorités algériennes n’ont pas encore officiellement réagi à l’interdiction de Cheb Bilal, mais des sources proches du ministère des Affaires étrangères indiquent qu’une note de protestation pourrait être adressée à Rabat. En attendant, les fans algériens et marocains continuent d’écouter ses chansons en ligne, prouvant que la musique, elle, ne connaît pas de frontières.