L’École nationale supérieure des nanosciences et des nanotechnologies (ENSNN) de Sidi Abdallah a annoncé récemment une stratégie centrée sur la valorisation des matières premières locales. Selon horizons.dz, cette orientation vise à renforcer l’autonomie scientifique et industrielle de l’Algérie en exploitant ses gisements miniers et ses déchets industriels pour développer des matériaux innovants.
Une approche ancrée dans les potentialités nationales
L’ENSNN, rattachée à l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediène (USTHB), mise sur des partenariats avec des acteurs économiques pour transformer des ressources comme le phosphate, le kaolin ou les résidus métallurgiques en nanomatériaux. Le directeur de l’école, Pr. Mohamed Amara, a souligné que cette démarche s’inscrit dans une logique de « souveraineté technologique ». « Nous ne voulons plus dépendre uniquement des importations de matériaux high-tech. Nos sols regorgent de matières premières sous-exploitées qui peuvent servir de base à des applications industrielles », a-t-il déclaré.
Parmi les projets en cours, la production de nanoparticules à partir de déchets de bauxite, issus des usines de traitement de l’aluminium, retient particulièrement l’attention. Ces nanoparticules pourraient être utilisées dans la fabrication de batteries ou de revêtements anticorrosion, des secteurs où l’Algérie cherche à réduire sa dépendance aux importations. Un autre axe porte sur la synthèse de nanocellulose à partir de résidus agricoles, comme les tiges de palmier ou les déchets de liège, pour des applications dans l’emballage ou les matériaux composites.
Des collaborations pour accélérer l’industrialisation
Pour concrétiser ces ambitions, l’ENSNN collabore avec des entreprises publiques et privées. La Sonatrach, via son centre de recherche de Boumerdès, participe à des travaux sur la catalyse à base de nanoparticules pour améliorer les procédés de raffinage. De son côté, l’Entreprise nationale des industries électroniques (ENIE) explore l’intégration de nanomatériaux locaux dans la fabrication de capteurs et de composants électroniques.
Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique soutient également cette dynamique. Un fonds dédié à l’innovation dans les nanotechnologies a été créé en 2025 pour financer des projets pilotes. « L’objectif est de passer de la recherche fondamentale à des applications industrielles d’ici trois à cinq ans », précise un responsable du ministère cité par horizons.dz.
Des défis techniques et structurels
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent. Le manque d’équipements de pointe pour la caractérisation des nanomatériaux freine la montée en puissance des laboratoires algériens. « Nous avons besoin de spectromètres Raman ou de microscopes électroniques à transmission pour analyser nos échantillons avec précision. Ces outils coûtent cher et nécessitent une maintenance régulière », explique Dr. Nadia Belkacem, chercheuse à l’ENSNN.
Par ailleurs, la formation des compétences reste un enjeu crucial. L’école accueille environ 200 étudiants par an, mais le nombre de doctorants spécialisés en nanosciences est encore limité. Pour y remédier, l’USTHB a lancé en 2024 un programme de double diplôme avec des universités françaises et allemandes, axé sur les applications industrielles des nanotechnologies.
Un impact économique et écologique
La valorisation des ressources locales présente un double avantage. Sur le plan économique, elle pourrait réduire les coûts de production pour les industries algériennes, notamment dans les secteurs de l’énergie, de la santé et de l’agroalimentaire. Par exemple, les nanoparticules dérivées du phosphate pourraient être utilisées dans les engrais intelligents, améliorant leur efficacité tout en limitant les importations.
Sur le plan environnemental, cette approche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire. La transformation des déchets industriels en nanomatériaux permet de réduire la pollution tout en créant de la valeur ajoutée. « Nous travaillons sur des procédés de synthèse peu énergivores et non toxiques, afin de minimiser l’impact écologique », souligne Pr. Amara.
Des retombées pour les régions minières
Les régions riches en ressources minières, comme Tébessa (phosphate) ou Béjaïa (kaolin), pourraient bénéficier directement de cette stratégie. Des projets de création de start-up spécialisées dans la production de nanomatériaux sont à l’étude, avec l’appui des wilayas concernées. À Tamanrasset, où des gisements de terres rares ont été identifiés, des discussions sont en cours pour implanter un centre de recherche dédié.
Cependant, le succès de cette démarche dépendra de la capacité à mobiliser des investissements privés. « Les entreprises algériennes doivent comprendre que les nanotechnologies ne sont pas réservées aux pays développés. Elles peuvent être un levier de compétitivité pour nos industries », estime un économiste interrogé par horizons.dz.
Une vision alignée sur les priorités nationales
Cette orientation de l’ENSNN s’inscrit dans le cadre du Plan national de recherche scientifique 2023-2030, qui met l’accent sur l’innovation locale et la substitution aux importations. Elle rejoint également les objectifs du Plan de développement industriel 2025, qui vise à renforcer les filières stratégiques comme les énergies renouvelables, la pharmacie et les matériaux de construction.
Pour l’Algérie, les nanosciences représentent un domaine clé pour diversifier son économie et réduire sa dépendance aux hydrocarbures. En misant sur ses ressources naturelles, le pays pourrait non seulement développer des technologies de pointe, mais aussi créer des emplois hautement qualifiés. Reste à savoir si les moyens financiers et humains suivront pour transformer ces ambitions en réalité.