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**L’Algérie, miroir brisé d’un État en tension permanente**
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**La digitalisation, ou l’illusion d’un État agile**
D’abord, l’absence d’infrastructures adaptées. L’Algérie, classée 113e sur 134 pays en matière de connectivité par le Global Innovation Index 2023, peine à offrir un internet stable et accessible. Les coupures récurrentes, les zones blanches et le coût prohibitif des données mobiles (parmi les plus chers d’Afrique) rendent la transition numérique aléatoire. Ensuite, la défiance des citoyens. Les scandales récents (comme la fuite des données bancaires de 2022) ont érodé la confiance dans les institutions. La digitalisation, si elle n’est pas accompagnée d’une refonte des processus administratifs et d’une protection des données, risque de se réduire à un simple vernis technologique.
Cette modernisation à marche forcée interroge : l’Algérie cherche-t-elle à rattraper son retard ou à masquer ses dysfonctionnements par des effets d’annonce ? La signature d’une convention entre banques publiques et l’EADN (École Algérienne de la Défense Nationale) suggère une approche sécuritaire de la digitalisation, où le contrôle prime sur l’innovation. Un paradoxe pour un pays qui, comme le souligne l’article sur « L’Afrique et les défis actuels », doit aussi composer avec une jeunesse hyperconnectée et critique.
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**Agriculture et foncier : le grand gaspillage algérien**
Pourtant, le gouvernement mise sur des partenariats (comme celui avec la Chine pour l’acquisition de matériel agricole) et des projets pharaoniques (stations de dessalement pour lutter contre le stress hydrique). Mais ces investissements ciblent-ils les bons leviers ? L’Algérie dispose de 8,5 millions d’hectares de terres arables, dont seulement 3 millions sont exploités. Plutôt que de parier sur des méga-projets coûteux, ne faudrait-il pas d’abord sécuriser l’accès à la terre pour les petits producteurs ?
La question des céréales est emblématique. Malgré des accords avec la Chine et des subventions massives, l’Algérie reste dépendante des importations (10 millions de tonnes de blé en 2023). Le pays exporte du pétrole et importe du pain – une équation intenable à l’ère des crises climatiques et géopolitiques. Les stations de dessalement, si elles résolvent le problème de l’eau, ne régleront pas celui de la souveraineté alimentaire. Sans une réforme agraire profonde, l’Algérie restera prisonnière de sa rente pétrolière, même verte.
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**Société civile et jeunesse : le désenchantement comme moteur**
Pourtant, contrairement à ses voisins, l’Algérie semble immunisée contre les soulèvements massifs. Pourquoi ? Parce que le système a intégré la contestation dans son fonctionnement. Les manifestations sont tolérées tant qu’elles restent locales et sectorielles (enseignants, médecins, chômeurs). Le pouvoir joue la montre, alternant répression et concessions symboliques (comme les recrutements massifs dans la fonction publique, qui gonflent une bureaucratie déjà pléthorique).
La société civile algérienne est à la fois hyperactive et atomisée. Les réseaux sociaux permettent une mobilisation rapide (comme lors du Hirak), mais l’absence de leadership structuré empêche toute alternative politique crédible. Le cas du Bangladesh, où les étudiants ont créé leur propre parti, montre ce qui manque à l’Algérie : une traduction politique du mécontentement.
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**Immobilier et urbanisme : la ville comme champ de bataille**
Pourtant, des acteurs comme Arise IIP (qui lève des fonds pour des parcs industriels africains) montrent qu’une autre voie est possible. L’Algérie pourrait devenir un hub logistique pour l’Afrique, à condition de :
1. Sécuriser le foncier (en clarifiant les droits de propriété).
2. Investir dans les infrastructures (ports, routes, énergie).
3. Former une main-d’œuvre qualifiée (aujourd’hui, les entreprises peinent à recruter des techniciens compétents).
Le paradoxe algérien : le pays a les moyens de ses ambitions (grâce à ses réserves de change), mais il manque une vision stratégique cohérente. Les projets immobiliers et industriels restent des îlots de modernité dans un océan de désorganisation.
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**Sport et science : les deux visages de l’excellence algérienne**
D’un côté, les athlètes algériens (comme Merhawi Kudus, champion d’Afrique de cyclisme) incarnent une réussite individuelle qui contraste avec l’échec collectif. Le football, avec la qualification pour la Coupe du monde 2026, reste un exutoire national. Le sport est l’un des rares espaces où l’Algérie peut rivaliser avec les grandes nations, sans dépendre de sa rente pétrolière.
De l’autre, la recherche sur l’hydrogène vert positionne l’Algérie comme un acteur clé de la transition énergétique européenne. Le projet South2 Corridor, qui vise à exporter de l’hydrogène vert vers l’Europe, est une révolution : pour la première fois, l’Algérie ne vend pas du pétrole, mais une technologie. Abdallah Khellaf, du CDER, le souligne : « L’Algérie compte dans le marché de l’hydrogène vert ».
Ces deux succès posent une question cruciale : pourquoi l’Algérie parvient-elle à exceller dans des domaines où elle peut agir en marge de l’État (le sport) ou en partenariat avec des acteurs étrangers (la recherche), mais échoue-t-elle dans des secteurs où l’administration est centrale (agriculture, digitalisation) ? La réponse tient peut-être à l’autonomie : là où l’État intervient trop, tout se grippe ; là où il laisse faire, l’excellence émerge.
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**Journalisme et santé : le miroir des inégalités**
Le professeur Rachid Malek, président de l’Association des diabétiques de Sétif, pointe du doigt l’obésité comme « une maladie chronique ». Mais comment lutter contre ce fléau quand l’alimentation industrielle (sucres, graisses) est subventionnée, tandis que les produits sains restent inaccessibles ? L’Algérie reproduit le modèle occidental de la malbouffe, avec les mêmes conséquences : diabète, maladies cardiovasculaires, et une pression croissante sur un système de santé déjà fragilisé.
Le journalisme algérien, lui, reste pris entre deux feux. D’un côté, une presse officielle (comme El Moudjahid) qui relaie les communiqués du pouvoir ; de l’autre, des médias indépendants (comme TSA ou Le Courrier d’Algérie) qui tentent de creuser des sujets sensibles (corruption, santé, environnement). Mais l’absence de protection des sources et les pressions judiciaires étouffent le débat.
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**L’Algérie et l’Afrique : entre indifférence et opportunités**
Historiquement, l’Algérie a été un leader du tiers-mondisme (avec le FLN et la révolution de 1962). Aujourd’hui, elle est absente des grands débats africains (sécurité au Sahel, intégration économique, transition énergétique). Pourquoi ?
– Une diplomatie tournée vers l’Europe et la Chine, perçues comme des partenaires plus « rentables ».
– Un mépris historique pour l’Afrique subsaharienne, considéré comme un marché secondaire