Un investissement ciblé pour réduire le chômage des jeunes en Mauritanie
La Banque islamique de développement (BID) et le gouvernement mauritanien ont formalisé un accord historique : 36 millions d’euros seront alloués à un programme ambitieux de formation professionnelle et d’insertion des jeunes. Annoncé par l’agence mauritanienne de presse, ce partenariat vise à moderniser les centres de formation et à aligner les compétences enseignées sur les besoins réels du marché du travail. Un enjeu crucial dans un pays où le chômage des jeunes dépasse 20 %, avec 30 000 nouveaux demandeurs d’emploi intégrant chaque année le marché.
Ce financement s’inscrit dans une stratégie globale pour lutter contre la précarité économique. La BID, institution financière islamique, justifie son engagement par sa mission de stabilité socio-économique dans ses pays membres. Pour la Mauritanie, où les emplois formels restent rares, la formation professionnelle apparaît comme le seul levier viable pour absorber une partie de cette jeunesse en quête d’opportunités.
Trois piliers pour une formation efficace et employable
Le projet repose sur trois axes complémentaires, conçus pour répondre aux lacunes du système actuel.
D’abord, la rénovation des infrastructures. Les centres de formation, souvent vétustes, seront équipés pour enseigner des métiers manuels et techniques : artisanat, agriculture et technologies de l’information. L’accent est mis sur des secteurs porteurs d’emploi, mais encore peu structurés. Par exemple, l’artisanat traditionnel, comme la poterie ou le tissage, pourrait bénéficier d’un soutien logistique et technique pour attirer les jeunes.
Ensuite, l’adaptation des programmes aux attentes des employeurs. Les formations seront co-construites avec le secteur privé, garantissant que les diplômés maîtrisent des compétences immédiatement utilisables. Les métiers du numérique, en pleine expansion, et les savoir-faire artisanaux, souvent sous-estimés, seront particulièrement ciblés.
Enfin, un accompagnement renforcé vers l’entrepreneuriat. Le projet inclut un volet dédié aux jeunes diplômés souhaitant créer leur entreprise. Des ateliers en gestion, marketing et accès au financement seront proposés pour transformer les idées en projets viables. Une réponse directe à la fuite des talents vers les emplois publics, perçus comme plus stables.
Un modèle à étudier pour l’Algérie, confrontée aux mêmes défis
Si l’accord concerne directement la Mauritanie, il offre des pistes concrètes pour l’Algérie, où les problèmes structurels sont similaires. Avec 1,5 million de chômeurs, dont une majorité de jeunes, le pays peine à concilier offre de formation et demande des entreprises. Les secteurs artisanaux, comme le tissage de tapis ou la poterie, regorgent de potentiel, mais souffrent d’un manque de modernisation et de structuration.
Prenons l’exemple des ateliers de tapis traditionnels. Ces structures, héritières d’un savoir-faire ancestral, attirent peu les jeunes en raison de conditions de travail précaires et d’un accès limité aux marchés. Pourtant, elles pourraient devenir des pôles d’emploi dynamiques si elles bénéficiaient :
– D’un renouvellement des équipements (machines à tisser modernes, outils de design).
– D’une formation en gestion et commercialisation, pour vendre les produits localement et à l’export.
– D’un soutien financier pour accéder à des contrats publics ou privés.
La BID, déjà active en Algérie (modernisation agricole, énergies renouvelables), pourrait étendre son action à la formation professionnelle. Un partenariat avec des acteurs locaux comme l’Agence nationale de l’emploi (ANEM) ou les chambres de l’artisanat permettrait de cibler des filières porteuses : textile, menuiserie, agroalimentaire. Ces secteurs manquent cruellement de main-d’œuvre qualifiée, malgré une demande persistante.
Les obstacles algériens : pourquoi les initiatives peinent à décoller
Malgré des efforts isolés, comme le programme « Ansej » pour l’auto-emploi, l’Algérie bute sur trois écueils majeurs.
Premièrement, le décalage entre formation et besoins des entreprises. Les centres de formation, souvent sous-financés, proposent des programmes dépassés ou mal adaptés. Résultat : les jeunes diplômés se retrouvent sans emploi ou sous-employés, tandis que les secteurs en tension (BTP, artisanat) manquent de compétences.
Deuxièmement, la méfiance envers les métiers manuels. Les jeunes privilégient les emplois publics, perçus comme plus stables, plutôt que de s’engager dans des filières artisanales ou techniques. Ce phénomène aggrave les pénuries de main-d’œuvre dans des domaines pourtant essentiels.
Troisièmement, l’absence de suivi et de financements durables. Les initiatives comme Ansej manquent de moyens pour accompagner les entrepreneurs sur le long terme. Sans accès au crédit, formation continue ou appui commercial, beaucoup d’activités échouent rapidement.
La Mauritanie a choisi une approche plus intégrée : partenariats public-privé, formation alignée sur les besoins des entreprises, et accompagnement post-diplôme. L’Algérie pourrait s’en inspirer en :
– Renforçant la coordination entre ministères (Formation professionnelle, Artisanat, Commerce).
– Impliquant davantage le secteur privé dans la conception des programmes.
– Créant des passerelles entre formation, financement et commercialisation.
Une opportunité régionale à saisir
La BID n’est pas la seule institution à miser sur la formation professionnelle en Afrique. La Banque africaine de développement (BAD) finance également des projets similaires, prouvant que ce modèle fonctionne lorsque les conditions sont réunies.
Pour l’Algérie, s’appuyer sur ces expériences étrangères permettrait :
– De diversifier les sources de financement, au-delà des budgets nationaux.
– D’accélérer la modernisation des filières artisanales, déjà reconnues à l’international (tapis de Tlemcen, poteries de M’Sila).
– De réduire la dépendance aux emplois publics, en créant des alternatives viables dans le privé.
Cependant, le succès dépendra de deux conditions :
1. Une volonté politique pour réformer les programmes de formation.
2. Un engagement concret du secteur privé, sans lequel les compétences formées resteront sans débouchés.
À retenir pour les entrepreneurs
Les jeunes entrepreneurs algériens peuvent tirer profit de ce modèle mauritanien en ciblant des filières porteuses (artisanat, numérique, agroalimentaire) et en cherchant des partenariats avec les institutions publiques et les financeurs internationaux. Une formation adaptée aux besoins du marché, couplée à un accompagnement en gestion et commercialisation, augmente considérablement les chances de pérennité. Enfin, l’innovation dans les savoir-faire traditionnels (design, marketing digital) peut transformer des métiers anciens en opportunités économiques modernes.