Alger relance l’alliance saharienne sur les eaux transfrontalières

L’Algérie, la Libye et la Tunisie ont scellé cette semaine un accord tripartite pour une exploitation équitable des ressources hydriques du Sahara. Signé à Alger sous l’égide du ministre des Ressources en eau, Mustapha Kamel Mihoubi, ce texte engage les trois pays à coordonner leurs projets de forage et de dessalement dans le bassin du Sahara septentrional, une nappe phréatique partagée qui s’étend sur plus d’un million de kilomètres carrés.

Une nappe stratégique sous pression

« Les eaux sahariennes ne connaissent pas de frontières, mais leur gestion doit en tenir compte », a déclaré Mihoubi lors d’une conférence de presse à Alger. L’accord prévoit la création d’une commission technique tripartite, basée à Tunis, chargée de surveiller les niveaux piézométriques et d’arbitrer les conflits d’usage. Les premiers relevés conjoints débuteront d’ici trois mois, avec l’appui de l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS), une organisation intergouvernementale basée à Tunis.

Des tensions passées aux projets communs

« Cet accord est une première étape vers une gestion intégrée des ressources, mais il faudra des investissements lourds pour le concrétiser », estime un expert en hydrologie à l’Université d’Oran, cité par El Watan. Parmi les projets envisagés : la construction de stations de dessalement d’eau de mer à Djerba (Tunisie) et à Tobrouk (Libye), ainsi que la modernisation des réseaux d’irrigation en Algérie, où plus de 60 % de l’eau agricole est perdue en raison de fuites.

L’enjeu géopolitique derrière l’eau

« L’Algérie envoie un signal clair : elle refuse de laisser les puissances extérieures dicter les règles du jeu dans son voisinage immédiat », analyse un diplomate algérien sous couvert d’anonymat. Le pays mise sur une approche multilatérale pour contrer les influences turque et émiratie en Libye, où Ankara et Abu Dhabi soutiennent des factions rivales. En s’alliant avec la Tunisie, Alger cherche aussi à isoler diplomatiquement le Maroc, avec lequel les relations restent tendues depuis la reconnaissance par Rabat de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020.

Les défis de la mise en œuvre

« Les trois pays ont besoin de financements internationaux pour concrétiser leurs engagements », souligne un rapport récent de la Banque africaine de développement (BAD). L’Algérie a déjà sollicité l’appui de l’Union européenne et de la Banque mondiale pour des prêts à taux préférentiels. La BAD, de son côté, a annoncé en avril 2026 un fonds de 500 millions de dollars pour les projets hydriques en Afrique du Nord, avec une priorité accordée aux initiatives transfrontalières.

Une feuille de route ambitieuse

« Ce n’est pas seulement une question de survie économique, mais aussi de stabilité sociale », explique un responsable du ministère tunisien de l’Agriculture, cité par Africanews. Dans les trois pays, les pénuries d’eau ont déjà provoqué des émeutes locales, comme à Tataouine en 2021 ou à Ouargla en 2023. En Algérie, le gouvernement a dû rationner l’eau potable dans plusieurs wilayas du Sud en 2024, suscitant des protestations.

Le rôle des acteurs extérieurs

La Chine, qui finance déjà des projets de dessalement en Algérie via des entreprises comme China Gezhouba Group, pourrait aussi jouer un rôle clé. Pékin a proposé en 2025 un partenariat pour la construction d’une usine de dessalement à Skikda, d’une capacité de 500 000 mètres cubes par jour. L’Algérie, qui cherche à diversifier ses partenaires économiques, a accueilli favorablement cette offre, tout en maintenant ses distances avec les « Nouvelles Routes de la Soie », comme l’a montré la décision de l’Italie de se retirer du projet en 2023.

Prochaines étapes

« L’eau est un bien commun, mais sa gestion exige des compromis politiques », rappelle un ancien ambassadeur algérien en Libye, aujourd’hui consultant pour des organisations internationales. Pour l’Algérie, cet accord est aussi une manière de réaffirmer son leadership régional, alors que son influence au Sahel est contestée par la Russie et les groupes djihadistes. En unissant ses efforts avec ses voisins, Alger espère éviter une crise hydrique qui pourrait déstabiliser toute l’Afrique du Nord.

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