L’Algérie franchit une étape concrète dans la gestion durable de ses ressources hydriques. Selon L’Algérie Aujourd’hui, la station d’épuration d’Alger a orienté récemment 1,3 million de mètres cubes d’eaux traitées vers les réseaux d’irrigation agricole. Ce volume, équivalent à la consommation annuelle de 20 000 habitants, marque une avancée dans la réutilisation des eaux usées, un enjeu critique pour un pays où l’agriculture absorbe 70 % des ressources en eau disponibles.
La station d’El Harrach, l’une des plus importantes du pays, joue un rôle central dans ce dispositif. Modernisée en 2023 avec un financement de 50 millions d’euros de la Banque africaine de développement (BAD), elle traite désormais 300 000 m³ d’eaux usées par jour. D’après l’Office national de l’assainissement (ONA), ces eaux, après un processus de filtration et de désinfection, répondent aux normes algériennes pour l’irrigation des cultures non alimentaires, comme le coton ou les plantes fourragères.
Le ministère des Ressources en eau a confirmé que ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réutiliser 30 % des eaux usées traitées d’ici 2030. Actuellement, l’Algérie ne recycle que 5 % de ses eaux usées, contre 85 % en Israël ou 15 % au Maroc. « Chaque mètre cube réutilisé libère une ressource précieuse pour les ménages ou l’industrie », explique un responsable de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT), cité par La Nouvelle République Algérie.
Les agriculteurs des wilayas d’Alger, Blida et Tipaza bénéficient déjà de ce dispositif. À Boufarik, des serristes utilisent ces eaux pour irriguer des cultures maraîchères sous serre, réduisant leur dépendance aux nappes phréatiques surexploitées. « Avant, nous devions pomper jusqu’à 100 mètres de profondeur. Aujourd’hui, nous avons une eau à moindre coût et en quantité stable », témoigne Mohamed, exploitant de tomates, interrogé par El Watan.
Cependant, des défis persistent. Le réseau de distribution des eaux traitées reste limité, avec seulement 200 km de canalisations dédiées dans tout le pays. L’ONA prévoit d’étendre ce réseau à 1 000 km d’ici 2027, avec un investissement de 120 milliards de dinars. Par ailleurs, la méfiance des consommateurs envers les produits irrigués avec des eaux recyclées freine l’adoption du système. Pour y remédier, le ministère de l’Agriculture a lancé une campagne de sensibilisation, mettant en avant les contrôles sanitaires stricts appliqués aux eaux traitées.
Le projet algérois s’inspire de modèles étrangers, comme celui de la Tunisie, où 30 % des eaux usées sont réutilisées pour l’irrigation, grâce à un prêt de 200 millions de dollars de la Banque mondiale. En Algérie, les autorités misent aussi sur le dessalement d’eau de mer, avec 13 stations en construction le long du littoral, dont celle de Cap Djinet, prévue pour produire 300 000 m³ par jour d’ici 2026.
La réutilisation des eaux usées s’impose comme une solution complémentaire aux barrages, dont les réserves sont menacées par les sécheresses récurrentes. En 2023, le taux de remplissage des barrages algériens est tombé à 35 %, contre 60 % en moyenne sur la décennie précédente. « L’eau recyclée n’est pas une option, mais une nécessité pour sécuriser notre souveraineté alimentaire », affirme un expert du Centre national des études et des recherches sur l’eau (CNERH), cité par TSA.
Les prochaines étapes incluent l’extension du projet à d’autres wilayas, comme Oran et Constantine, où des stations d’épuration sont en cours de modernisation. Le gouvernement table sur une augmentation progressive des volumes réutilisés, avec un objectif de 5 millions de m³ par an d’ici 2028. Pour les agriculteurs, cette eau représente une bouffée d’oxygène, mais aussi un défi logistique : adapter leurs systèmes d’irrigation aux spécificités des eaux traitées, moins chargées en sels minéraux que les eaux souterraines.
L’Algérie rejoint ainsi un mouvement continental où des pays comme l’Égypte et l’Afrique du Sud investissent massivement dans la réutilisation des eaux usées. À Alger, le succès du projet dépendra de la capacité des institutions à convaincre les acteurs locaux et à garantir une qualité irréprochable. Pour l’instant, les 1,3 million de m³ déjà réutilisés envoient un signal clair : l’eau, même usée, peut redevenir une ressource stratégique.