Revue de presse : Partis politiques Algérie, Relations Algérie Maroc, Tramway Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres paradoxes**

L’actualité algérienne de ces dernières semaines dessine le portrait d’un pays en tension permanente entre trois forces : la mémoire, le présent et l’horizon. D’un côté, une Algérie qui se raccroche à ses récits fondateurs – la guerre d’indépendance, la souveraineté nationale, la résistance culturelle – pour légitimer son présent. De l’autre, une Algérie qui tente, souvent maladroitement, de s’inscrire dans la modernité économique et technologique, comme en témoignent les projets de tramways, les serres high-tech ou les banques islamiques. Entre les deux, une Algérie qui se débat avec des contradictions structurelles : une diplomatie agressive envers le Maroc tout en cherchant à séduire les investisseurs étrangers, une volonté d’exporter des tomates cerise alors que l’eau manque cruellement dans certaines régions, une culture cinématographique et musicale vibrante mais marginalisée dans les priorités étatiques.

Ces actualités ne sont pas des fragments épars, mais les symptômes d’une société en quête d’équilibre entre trois temporalités : le temps long de l’histoire (les sites antiques, la musique chaâbi), le temps court de la politique (la présidentielle, les tensions avec Rabat) et le temps accéléré de la mondialisation (la finance islamique, l’IA dans le commerce). Comment ces temporalités s’articulent-elles ? Où se situent les points de friction ? Et surtout, vers quel avenir cette dynamique contradictoire mène-t-elle l’Algérie ?

**La présidentielle 2024 : un rituel démocratique ou une mascarade souverainiste ?**

La candidature d’Abdelali Hassani Cherif, président du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP, parti islamiste modéré), à l’élection présidentielle dresse le tableau d’une Algérie où la démocratie reste un exercice encadré. Ses déclarations sur le « devoir électoral » et la nécessité de « couronner de succès » le scrutin résonnent comme un aveu : l’élection n’est pas un choix, mais une formalité. Le MSP, historiquement proche du pouvoir, joue ici le rôle de caution pluraliste dans un système où l’opposition réelle est soit muselée, soit cooptée.

Cette présidentielle s’inscrit dans une logique de continuité, où le régime cherche à légitimer son autorité par les urnes tout en contrôlant étroitement le processus. Le paradoxe ? Alors que l’Algérie se présente comme un rempart contre l’islam politique (notamment face au Maroc, accusé de soutenir le Polisario et de jouer la carte religieuse), elle tolère en son sein un parti islamiste « modéré » pour donner l’illusion d’un débat démocratique. La contradiction est flagrante : comment concilier un discours anti-islamiste à l’international et une alliance avec le MSP en interne ?

Cette ambiguïté révèle une stratégie plus large : l’Algérie instrumentalise les clivages idéologiques pour se positionner comme un État fort, souverain, capable de résister aux ingérences étrangères (marocaines, françaises, ou autres). Mais cette posture a un coût : elle enferme le pays dans une rhétorique défensive, au détriment d’une véritable ouverture politique.

**Algérie-Maroc : la fin des illusions fraternelles et l’avènement d’une guerre froide maghrébine**

Les relations entre Alger et Rabat ont atteint un point de non-retour. Les incidents à l’Unesco, les accusations d’intoxication médiatique, et surtout l’article au vitriol « Au revoir et merci, les khawatistes » (les « frères » en arabe) marquent la fin définitive du mythe de la fraternité maghrébine. Ce qui se joue ici n’est pas seulement une rivalité géopolitique, mais une bataille pour l’hégémonie régionale, où chaque camp mobilise ses récits historiques et ses alliances internationales.

L’Algérie accuse le Maroc de saturer l’espace médiatique avec des « intox » sur un prétendu soutien algérien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental – une allégation absurde, tant Alger a toujours soutenu le Polisario. Mais derrière ces accusations se cache une réalité plus profonde : les deux pays sont engagés dans une guerre par procuration, où la question du Sahara n’est qu’un prétexte. Le vrai enjeu ? Le leadership en Afrique du Nord, la maîtrise des ressources énergétiques, et l’influence sur les diasporas maghrébines en Europe.

Cette escalade a des répercussions économiques et culturelles. Les échanges commerciaux entre les deux pays sont quasi nuls, les frontières fermées depuis 1994, et les artistes ou intellectuels qui osent prôner le dialogue sont immédiatement diabolisés. Pourtant, cette hostilité a un effet pervers : elle pousse l’Algérie à se tourner vers d’autres partenaires (la Russie, la Chine, la Turquie), tout en renforçant son isolement relatif en Afrique.

Le plus inquiétant ? Cette guerre froide maghrébine risque de s’éterniser, car elle sert les intérêts des régimes en place. En Algérie, elle permet de justifier le maintien d’un appareil sécuritaire puissant et de détourner l’attention des problèmes internes. Au Maroc, elle légitime la monarchie dans son rôle de « rempart contre le chaos ». Résultat : les populations des deux pays, déjà éprouvées par les crises économiques, paient le prix de cette rivalité stérile.

**Modernité vs. pénurie : le tramway, l’eau et les serres high-tech**

L’Algérie oscille entre deux réalités : celle d’un pays qui se modernise à marche forcée (tramways, finance islamique, IA) et celle d’un pays qui peine à assurer les services de base (eau, routes, électricité). Cette schizophrénie est particulièrement visible dans trois domaines : les transports, l’agriculture et l’eau.

**Le tramway, symbole d’une modernité inachevée**

**L’agriculture high-tech : exporter des tomates pendant que les barrages se vident**

Cette dissonance est révélatrice d’un modèle économique qui privilégie les projets visibles (et rentables politiquement) au détriment des infrastructures de base. Exporter des tomates cerise rapporte des devises, mais à quel prix ? Celui d’une agriculture intensive qui épuise les nappes phréatiques, alors que des millions d’Algériens souffrent de coupures d’eau. Le gérant de Manantali réclamant 94 millions de dollars à Energie du Mali montre par ailleurs que la gestion de l’eau est aussi une question géopolitique : l’Algérie, qui dépend en partie des barrages transfrontaliers, doit composer avec des tensions régionales pour sécuriser ses ressources.

**Culture et mémoire : entre résistance et instrumentalisation**

Le cinéma et la musique algériens sont en pleine effervescence, mais leur place dans la société algérienne reste ambiguë. D’un côté, des festivals comme Yarha (au Cameroun) ou des documentaires comme « Bye bye Tibériade » (sur l’exil palestinien vu par une Algérienne) montrent une scène culturelle dynamique, connectée aux enjeux contemporains. De l’autre, cette créativité est souvent marginalisée par un État qui préfère mettre en avant un récit national figé, centré sur la guerre d’indépendance et la lutte contre le néocolonialisme.

**La musique : un patrimoine vivant, mais sous-exploité**

**Le cinéma : entre mémoire et modernité**

Cette tension reflète une société qui peine à faire le deuil de son passé tout en se projetant dans l’avenir. L’Algérie a besoin de récits pour se construire, mais elle a aussi besoin de les dépasser.

**Finance islamique et commerce : l’Algérie à la recherche d’un modèle économique**

La finance islamique et les innovations commerciales (comme Synapes AI) montrent que l’Algérie cherche à diversifier son économie, trop dépendante des hydrocarbures. Mais ces initiatives se heurtent à des obstacles structurels.

**La finance islamique : une solution ou un leurre ?**

Surtout, la finance islamique ne résoudra pas les problèmes de fond de l’économie algérienne : la bureaucratie, la corruption, et la dépendance aux revenus pétroliers. Elle peut être un complément, mais pas une solution miracle.

**L’IA et le commerce : une révolution en trompe-l’œil ?**

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