L’Algérie leader des infrastructures face à l’urbanisation maghrébine

L’Algérie se positionne en tête des pays du Maghreb pour faire face à l’explosion démographique urbaine prévue d’ici 2050, selon une analyse publiée par Afrik. Le pays mise sur un ambitieux plan d’infrastructures routières et urbaines pour absorber une population qui devrait atteindre 60 millions d’habitants, dont près de 80 % concentrés dans les villes. Ce défi, partagé par le Maroc et la Tunisie, place Alger au centre des stratégies d’aménagement du territoire dans la région.

Un réseau routier en expansion accélérée

Les investissements ne se limitent pas aux grands axes. Le ministère des Travaux publics a annoncé en 2023 un plan de modernisation des routes secondaires, avec un budget de 150 milliards de dinars (environ 1 milliard d’euros) pour réhabiliter 10 000 kilomètres de voies rurales. Ces travaux visent à désenclaver les régions agricoles et à faciliter l’accès aux services publics, comme l’a souligné le ministre Lakhdar Rekhroukh lors d’une visite à Sétif en mars 2025.

Des villes en mutation face à la pression démographique

Le métro d’Alger, inauguré en 2011, est en cours d’extension avec trois nouvelles lignes prévues d’ici 2027. La première, reliant Bab Ezzouar à Dar El Beïda, sera opérationnelle dès 2026. Parallèlement, le tramway d’Oran a été prolongé de 10 kilomètres en 2024, tandis que celui de Constantine a vu sa fréquentation doubler depuis son lancement en 2013. Ces projets s’accompagnent de la création de zones piétonnes et de parkings relais pour limiter la congestion automobile.

Un modèle pour le Maghreb ?

Cependant, des défis persistent. La dépendance aux hydrocarbures pour financer ces projets expose le pays aux fluctuations des prix du pétrole. Le gouvernement a tenté de diversifier ses sources de financement en lançant des partenariats public-privé, comme pour la construction de la nouvelle autoroute reliant Alger à Blida, mais ces mécanismes restent marginaux. Par ailleurs, la bureaucratie et les retards dans l’exécution des chantiers sont régulièrement pointés du doigt par les observateurs.

Enjeux économiques et sociaux

Sur le plan social, ces projets créent des emplois, mais leur répartition reste inégale. Les wilayas du Sud, comme Adrar ou Tamanrasset, bénéficient de moins d’investissements que les régions côtières, malgré leur potentiel économique. Le désenclavement de ces zones est pourtant crucial pour lutter contre l’exode rural et exploiter les ressources minières et énergétiques locales.

L’Algérie se prépare ainsi à un tournant démographique et urbain, avec des infrastructures qui pourraient redessiner son paysage économique. Si les résultats sont déjà visibles, la pérennité de cette stratégie dépendra de sa capacité à surmonter les obstacles financiers et administratifs. Pour l’heure, le pays montre une volonté claire de ne pas subir le « raz-de-marée urbain », mais de l’anticiper.

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