Revue de presse : Infrastructure Algérie, Tourisme Algérie, PME Algérie…

**Le paradoxe algérien : une nation en tension entre l’héritage et l’innovation**

L’Algérie contemporaine se débat dans une équation géopolitique et socio-économique aussi complexe que ses paysages, où les montagnes de l’Atlas côtoient les dunes du Sahara. Les actualités récentes dessinent un pays tiraillé entre deux forces antagonistes : d’un côté, un État centralisateur, obsédé par la souveraineté et les équilibres macroéconomiques, de l’autre, une société civile et une jeunesse qui bousculent les codes, inventent, exportent, et revendiquent une place dans le monde. Ce qui frappe, c’est l’absence de dialogue entre ces deux dynamiques. L’Algérie avance en crabe, avec des secteurs qui s’ignorent ou se contredisent, comme si le pays était à la fois le laboratoire d’une modernité africaine et le musée d’un nationalisme économique en sursis.

Cette revue de presse révèle une Algérie schizophrène : elle exporte des start-up à Londres tout en bloquant ses ports pour punir le Maroc ; elle forme une jeunesse connectée à l’ère du numérique 4.0, mais maintient un système éducatif conçu pour des fonctionnaires des années 1970 ; elle célèbre l’artisanat traditionnel tout en laissant mourir ses plasticiens les plus illustres. Derrière ces contradictions se cache une question centrale : l’Algérie peut-elle concilier son désir de contrôle et son besoin de liberté ?

**Les ports, miroirs d’une souveraineté autodestructrice**

L’actualité des infrastructures algériennes est un cas d’école en économie politique. La levée partielle de la suspension des importations de véhicules dans deux ports – après des mois de blocage – est présentée comme une « bouffée d’oxygène » pour l’économie locale. Pourtant, ce soulagement est trompeur. Il révèle d’abord l’absurdité d’une stratégie qui consiste à asphyxier son propre commerce pour sanctionner le Maroc, au risque de s’isoler davantage en Méditerranée.

L’Europe, comme le souligne l’analyse sur les « relations maritimes oubliées », tourne le dos à ses voisins du Sud. Mais l’Algérie, en boycottant les ports marocains (Tanger Med, premier hub africain), se tire une balle dans le pied. Les importations algériennes transitent désormais par des routes plus longues et plus coûteuses, renchérissant les prix pour les consommateurs. Pire : cette guerre des ports prive l’Algérie d’un levier d’influence. Le Maroc, lui, transforme sa position géographique en soft power, attirant les investissements européens et africains. Pendant ce temps, l’Algérie reste prisonnière d’une logique de souveraineté négative – définir son identité par ce qu’elle rejette plutôt que par ce qu’elle construit.

Cette obsession du contrôle s’étend aux PME. Les actualités sur le Cameroun ou la Côte d’Ivoire (où l’AFD finance des projets énergétiques) contrastent avec le silence algérien sur les mécanismes de soutien aux petites entreprises. Les PME algériennes, souvent familiales, peinent à accéder au crédit et subissent une fiscalité kafkaïenne. Résultat : le dynamisme entrepreneurial se réfugie dans l’informel ou… chez les start-up, ces ovnis du système.

**Start-up algériennes : l’exception qui confirme la règle**

Les start-up algériennes à la London Tech Week 2026 sont une bouffée d’air frais dans un paysage économique étouffant. Leur succès international – salué par les déclarations sur le « pôle numérique africain » – prouve que l’Algérie regorge de talents capables de rivaliser avec le Kenya ou le Nigeria. Pourtant, ce phénomène reste marginal, presque clandestin. Pourquoi ?

D’abord, parce que ces start-up évoluent dans un écosystème parallèle, déconnecté des structures traditionnelles. Elles bénéficient de financements étrangers (fonds africains, incubateurs européens) et contournent les lourdeurs administratives algériennes. Leur modèle repose sur l’export : elles vendent des solutions logicielles ou des services à l’international, là où les PME locales sont cantonnées à un marché intérieur en crise.

Ensuite, leur succès révèle l’échec des politiques publiques. L’Algérie forme des ingénieurs et des développeurs, mais ceux-ci quittent le pays ou se tournent vers l’entrepreneuriat numérique faute de débouchés dans l’industrie ou les services publics. Le lancement de quatre nouvelles plateformes numériques par Baddari (ministre de l’Enseignement supérieur) est une avancée, mais elle arrive avec un retard de dix ans. Pendant ce temps, le Maroc a déjà son Digital Act et la Tunisie son Startup Act.

Enfin, ces start-up sont les enfants illégitimes d’un État qui les tolère sans les soutenir. Elles incarnent une modernité que l’Algérie officielle ne sait pas intégrer : agile, connectée, décentralisée. Leur présence à Londres est un pied de nez à un système qui préfère les grands projets étatiques (comme les méga-ports) aux initiatives locales.

**Jeunesse algérienne : entre précarité et espoirs disruptifs**

L’emploi des jeunes est le talon d’Achille de l’Algérie. Les chiffres du chômage (officiellement à 12 %, officieusement bien plus) masquent une réalité plus cruelle : la jeunesse algérienne est condamnée à choisir entre trois voies – la fonction publique (saturée), l’exil (douloureux), ou l’entrepreneuriat (risqué).

Les initiatives comme celle de Neira Dali Chaouch, qui promeut l’entrepreneuriat féminin, ou la success story de Kaymu (devenu leader du e-commerce) sont des lueurs d’espoir. Mais elles restent des exceptions. Le problème n’est pas le manque d’idées, mais l’absence de cadre. Les jeunes Algériens innovent malgré l’État, pas grâce à lui.

Prenons l’exemple du footballeur Yacine Adli. Son revirement – après avoir choisi la France, il veut désormais jouer pour l’Algérie – est symptomatique d’une génération tiraillée entre deux mondes. Adli incarne cette jeunesse qui a grandi avec les réseaux sociaux, les voyages, et une identité multiple. Son cas révèle aussi l’hypocrisie des discours nationalistes : l’Algérie veut ses talents, mais seulement quand ils servent sa gloire. Pendant ce temps, des milliers de jeunes footballeurs algériens rêvent d’Europe, faute de structures locales dignes de ce nom.

La question de l’emploi des jeunes est indissociable de celle de l’éducation. Le lancement de diplômes « de 4e génération » et de plateformes numériques universitaires est une avancée, mais elle bute sur un système éducatif obsolète. Comment former des ingénieurs pour l’IA quand les universités algériennes manquent de laboratoires et de professeurs qualifiés ? Comment parler de « révolution numérique » quand Internet reste lent, cher, et censuré ?

**Femmes et artisanat : les oubliées de la modernité algérienne**

L’Algérie compte neuf femmes ministres – un record dans le monde arabe. Pourtant, cette avancée institutionnelle cache une réalité moins reluisante. Les droits des femmes algériennes progressent par à-coups, souvent sous la pression de la société civile plutôt que grâce à l’État. Les actualités sur Madagascar (formation d’un gouvernement paritaire) ou la Seine-et-Marne (circuits touristiques) contrastent avec le silence algérien sur les violences conjugales, les inégalités salariales, ou l’accès à la propriété.

L’artisanat algérien, lui, est un autre paradoxe. Le Salon de l’Artisanat, inauguré par Soufiane Tekaya, met en avant les « jeunes de 24 gouvernorats ». Mais derrière cette vitrine se cache un secteur en déclin. Les artisans algériens – potiers, tisserands, orfèvres – disparaissent faute de transmission et de débouchés. Le tourisme saharien (47 000 visiteurs étrangers) est une bonne nouvelle, mais il reste marginal comparé aux 12 millions de touristes annuels au Maroc.

Le décès de Bachir Yelles, doyen des plasticiens algériens, est un symbole. L’Algérie a produit des artistes majeurs (Issiakhem, Khadda, Benanteur), mais son système culturel est en lambeaux. Les galeries ferment, les subventions sont rares, et les jeunes artistes s’exilent. Pourtant, l’artisanat et l’art pourraient être des leviers économiques et identitaires. Le Maroc l’a compris : ses médinas et ses festivals attirent des millions de visiteurs. L’Algérie, elle, préfère investir dans des méga-projets (comme le port de Cherchell) plutôt que dans sa culture.

**Énergie et souveraineté : le mirage des renouvelables**

L’Algérie est assise sur un trésor énergétique : le soleil. Pourtant, son secteur des énergies renouvelables reste embryonnaire. La Deuxième Conférence Internationale sur les Énergies Renouvelables à Alger est une vitrine, mais les actes suivent difficilement. Pendant ce temps, le Maroc, avec son excédent pluviométrique, booste sa production céréalière et attire les investissements verts.

Pourquoi ce retard ? D’abord, parce que l’Algérie dépend encore à 95 % des hydrocarbures. La Sonatrach, géant pétrolier, est un État dans l’État, et toute transition énergétique menace ses intérêts. Ensuite, les projets renouvelables (comme les centrales solaires de Hassi R’Mel) sont souvent des coquilles vides, lancés pour des raisons politiques plutôt que techniques.

L’exemple ivoirien est éclairant : la centrale biomasse Biovea, financée à 178 millions d’euros, montre comment un pays peut diversifier son mix énergétique. L’Algérie, elle, tergiverse. Elle a les ressources, les ingénieurs, et les investisseurs (notamment chinois et allemands), mais manque de vision stratégique.

**Synthèse prospective : l’Algérie face à son destin**

L’Algérie est à un carrefour. Elle peut continuer sur la voie actuelle – souveraineté verrouillée, économie rentière, jeunesse en exil – et finir comme un Venezuela méditerranéen, riche en ressources mais pauvre en opportunités. Ou elle peut embrasser une autre voie, celle d’une souveraineté ouverte, où l’État joue un rôle de facilitateur plutôt que de censeur.

Pour cela, plusieurs leviers existent :
1. Désenclaver l’économie : en normalisant les relations avec le Maroc (pour les ports) et l’Europe (pour les investissements), l’Algérie pourrait redevenir un hub méditerranéen.
2. Libérer les énergies locales : en soutenant les start-up, les PME, et les artisans, plutôt qu’en les étouffant sous la paperasse.
3. Réformer l’éducation : pour former une jeunesse adaptée au XXIe siècle, et non aux besoins des années 1970.
4. Investir dans le soft power : en misant sur la culture, le

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