Revue de presse : Arts Algérie, Santé Algérie, Femmes Algérie…

**L’Algérie entre deux feux : modernité numérique et archaïsmes structurels**

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension paradoxale : d’un côté, une volonté affichée de modernisation technologique et économique, de l’autre, des blocages systémiques qui en révèlent les limites. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une société en mouvement, mais dont les dynamiques profondes restent entravées par des logiques de pouvoir, des inégalités persistantes et une gestion souvent schizophrène des ressources. Entre la promotion du Made in Algeria, les ambitions énergétiques, les luttes sociales et les crispations politiques, se dessine une Algérie à la croisée des chemins – où chaque avancée semble immédiatement contrebalancée par une régression, chaque innovation par une inertie.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de cohérence globale. L’État algérien, comme souvent, agit par à-coups, répondant à des urgences plutôt qu’à une vision stratégique. La santé, l’artisanat, les énergies renouvelables, la diaspora : chaque domaine semble évoluer dans un silo, sans que les politiques publiques ne parviennent à articuler ces enjeux entre eux. Pourtant, des fils rouges émergent : la question de la souveraineté (énergétique, numérique, sanitaire), celle de la jeunesse et de son exclusion, et surtout, l’obsession du contrôle – qu’il soit politique, économique ou symbolique.

**Souveraineté énergétique : le mirage renouvelable**

L’Algérie se présente comme un « acteur majeur » des énergies renouvelables en Afrique, un discours qui s’inscrit dans une stratégie de repositionnement géopolitique. Pourtant, cette ambition se heurte à des réalités moins reluisantes. D’abord, le pays reste profondément dépendant des hydrocarbures, qui représentent encore plus de 90 % de ses exportations. Ensuite, les projets solaires et éoliens avancent à un rythme d’escargot, plombés par la bureaucratie, le manque de financements et une méfiance persistante envers les partenariats étrangers – pourtant indispensables pour transférer les technologies.

Le cas du Maroc, évoqué en filigrane avec la transition énergétique nécessitant « plus de 40 MM$ », est révélateur. Là où Rabat mise sur des investissements massifs et une intégration régionale, Alger tergiverse, oscillant entre nationalisme économique et dépendance aux recettes pétrolières. Pire : les énergies renouvelables risquent, comme le souligne une experte, de « reproduire les mêmes injustices que les fossiles » – c’est-à-dire une concentration des richesses entre les mains d’une élite, sans redistribution ni création d’emplois locaux.

Cette contradiction est d’autant plus frappante que l’Algérie dispose d’un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde. Mais le vrai défi n’est pas technique : c’est politique. Tant que le secteur énergétique restera un monopole d’État, sans transparence ni concurrence, les renouvelables ne seront qu’un alibi pour justifier une transition… qui n’aura pas lieu.

**Santé et société civile : le système à bout de souffle**

La crise sanitaire a révélé les failles du système de santé algérien, mais les problèmes sont bien plus profonds. La grève des médecins, la saturation des hôpitaux publics, les pénuries de médicaments : ces symptômes trahissent un système en déliquescence, miné par la corruption, le sous-financement et une gestion clientéliste des ressources. Le projet de « protection sociale universelle » annoncé par la CNSS pour 2025 sonne comme une promesse creuse tant que les hôpitaux manquent de tout, des équipements de base aux personnels qualifiés.

Plus inquiétant encore : l’exaspération des médecins franco-algériens, « spécialistes mais sans statut », illustre l’échec d’une politique migratoire qui, au lieu d’attirer les compétences, les pousse à l’exil. L’Algérie forme des médecins, des ingénieurs, des chercheurs, pour les voir partir vers l’Europe ou le Golfe – faute de perspectives locales. Ce brain drain n’est pas seulement une perte économique : c’est une hémorragie symbolique, qui sape la crédibilité même de l’État.

La société civile, elle, tente de combler les lacunes. Le développement d’un « kit de diagnostic du SARSCoV-2 par RT-PCR » par des chercheurs algériens montre que le pays dispose de compétences scientifiques de haut niveau. Mais ces initiatives restent marginales, faute de soutien institutionnel. L’Algérie oscille ainsi entre une médecine de guerre (les hôpitaux publics) et une médecine de luxe (les cliniques privées réservées aux nantis), sans parvenir à construire un système équitable.

**Artisanat et tourisme : le patrimoine comme vitrine, pas comme levier**

L’artisanat algérien, souvent présenté comme un fleuron culturel, est en réalité un secteur en crise. Les « 47 000 touristes étrangers » ayant visité le Sahara en 2024-2025 – un chiffre dérisoire – en disent long sur l’échec du tourisme algérien. Pourtant, le pays regorge de sites historiques, de savoir-faire ancestraux et de paysages à couper le souffle. Mais le tourisme reste prisonnier d’une logique sécuritaire et bureaucratique : visas compliqués, infrastructures défaillantes, méfiance envers les étrangers.

La mort de Bachir Yelles, « doyen des plasticiens algériens », est symptomatique de cette déconnexion entre le discours officiel et la réalité. L’Algérie célèbre ses artistes à titre posthume, mais ne leur offre que très peu de soutien de leur vivant. Les expositions en ligne, les musées en 3D : ces initiatives numériques sont louables, mais elles ne remplacent pas une politique culturelle ambitieuse. L’art en Algérie reste un outil de propagande (les fresques révolutionnaires, les hommages aux martyrs) bien plus qu’un espace de liberté et d’innovation.

Le « storytelling » de l’excellence à la française, évoqué dans un article sur l’artisanat, est révélateur. L’Algérie envie le modèle français de valorisation du patrimoine, mais sans en adopter les mécanismes : formation des artisans, subventions, promotion à l’international. Résultat : l’artisanat algérien survit grâce à l’exportation informelle (les tapis, la poterie vendus en Europe par des réseaux diasporiques), sans jamais devenir un véritable secteur économique.

**Diaspora et politique : entre instrumentalisation et rejet**

La diaspora algérienne, forte de plusieurs millions de personnes, est à la fois un atout et un boulet pour le pouvoir. Les récentes rencontres entre le président Tebboune, l’émissaire de Macron et le recteur de la Grande Mosquée de Paris montrent une volonté de réintégrer cette communauté dans le jeu politique. Mais cette démarche reste superficielle : la diaspora est courtisée pour ses devises (les transferts d’argent représentent plusieurs milliards de dollars par an), mais pas pour ses idées.

Les Franco-Algériens, notamment les médecins et les entrepreneurs, se heurtent à un système qui les considère comme des étrangers. « Spécialistes mais sans statut » : cette formule résume à elle seule l’hypocrisie d’un État qui a besoin de leurs compétences, mais refuse de leur accorder une place légitime. La visite du « pape Léon XIV » (une coquille évidente pour Léon XIII, mais révélatrice d’un certain amateurisme médiatique) en Algérie, présentée comme un symbole de « solidarité africaine », cache mal une réalité plus crue : la diaspora est tolérée tant qu’elle ne critique pas le régime.

Cette relation ambiguë se retrouve dans la coopération énergétique avec le Niger. L’Algérie se pose en « modèle de solidarité africaine », mais ses investissements en Afrique subsaharienne restent limités, souvent conditionnés à des intérêts géostratégiques (sécurité, lutte contre le terrorisme). La diaspora, elle, est priée de rester un réservoir de devises, pas un acteur politique.

**Politique : l’élection présidentielle, théâtre d’ombres**

La présidentielle algérienne de 2024 s’annonce comme un non-événement. Abdelaali Hassani Cherif, président du MSP (Mouvement de la Société pour la Paix, islamiste modéré), a déposé sa candidature avec un discours lisse : « Nous voulons que l’élection soit couronnée de succès ». Traduction : personne ne croit à un scrutin transparent, mais tout le monde joue le jeu.

Le MSP, comme les autres partis d’opposition (FLN, RND, etc.), est intégré au système. Il ne conteste pas le pouvoir en place, il en négocie les marges. Les élections en Algérie ne sont pas des moments de démocratie, mais des rituels de légitimation. Le vrai pouvoir reste entre les mains de l’armée et des services de sécurité, qui laissent aux civils le soin de gérer les apparences.

Cette mascarade électorale a un coût : l’apathie politique. Les jeunes Algériens, qui représentent plus de 60 % de la population, ne croient plus en la politique. Ils votent avec leurs pieds – en émigrant, en boycottant les urnes, ou en se tournant vers des formes de contestation plus radicales (mouvements sociaux, grèves, cyberactivisme).

**Droits humains et climat : les angles morts du pouvoir**

Les droits humains en Algérie sont un sujet tabou. Les articles sur le Maroc ou le Portugal, évoquant les « conditions excessives » imposées au droit de grève, sont des miroirs tendus à l’Algérie. Ici, les syndicalistes sont harcelés, les journalistes emprisonnés, les manifestations réprimées. Le silence médiatique sur ces questions en dit long : la presse algérienne, largement contrôlée par l’État, évite soigneusement de critiquer le pouvoir.

Pourtant, les tensions sociales montent. La grève des médecins, les protestations contre le chômage, les revendications des femmes pour l’égalité : ces mouvements, bien que fragmentés, montrent une société en ébullition. Le problème, c’est que l’État algérien n’a pas de réponse à ces défis. Il alterne entre répression et promesses creuses (comme la « protection sociale universelle »), sans jamais s’attaquer aux racines des inégalités.

Le changement climatique, lui, est le grand oublié des politiques publiques. Les articles sur l’inclusion financière rurale ou la résilience des petits agriculteurs au Sahel sont des rappels cruels : l’Algérie, malgré ses ressources, ne fait rien pour préparer son agriculture à la sécheresse. Les nappes phréatiques s’épuisent, les sols se désertifient, mais les subventions aux agriculteurs restent minimes. Pourtant, le pays pourrait devenir un leader de l’agroécologie en Afrique du Nord – s’il en avait la volonté politique.

**Made in Algeria : l’industrie comme alibi**

Le « Made in Algeria » est un slogan à la mode, mais il cache mal l’échec industriel du pays. Le Salon Sitev 2024, censé promouvoir la destination Algérie,

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