La Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) a lancé récemment une carte électronique destinée à faciliter l’accès aux médicaments gratuits pour les Algériens sans couverture sociale. Ce dispositif, annoncé par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Youcef Chorfa, vise à rationaliser la distribution des aides médicales et à réduire les fraudes. Selon les déclarations rapportées par El Watan et El Chourouk, cette mesure s’inscrit dans le cadre du plan gouvernemental pour améliorer la protection sociale des catégories vulnérables.
Le système repose sur une carte à puce individuelle, attribuée aux bénéficiaires après vérification de leur situation par les services de la CNAS. Elle permet d’obtenir gratuitement des médicaments dans les pharmacies agréées, sans passer par les procédures administratives habituelles. D’après Mediaterranée, cette initiative concerne environ 3 millions de personnes, dont des chômeurs, des retraités sans pension et des familles en situation de précarité. Les médicaments couverts incluent ceux destinés aux maladies chroniques, comme le diabète et l’hypertension, ainsi que certains traitements essentiels.
La mise en place de cette carte a suscité des réactions contrastées. Des associations locales, comme SOS Disparus et Djazairouna, saluent une avancée pour les plus démunis, mais soulignent des lacunes. « Le dispositif est une bonne idée, mais il faut s’assurer que les pharmacies disposent des stocks nécessaires et que les délais d’attribution des cartes ne pénalisent pas les patients », explique un responsable de Djazairouna à Liberté. Certains pharmaciens interrogés par TSA craignent quant à eux des retards de remboursement par la CNAS, comme cela a été le cas par le passé avec d’autres programmes similaires.
Sur le plan technique, la CNAS a précisé que la carte est liée à une base de données centralisée, permettant de suivre en temps réel les prescriptions et les dépenses. Cette transparence vise à limiter les abus, comme l’utilisation frauduleuse de carnets de soins ou la revente de médicaments sur le marché parallèle. Cependant, des experts en santé publique, cités par Horizons, mettent en garde contre les risques de saturation du système si le nombre de bénéficiaires augmente rapidement. « Il faut prévoir des mécanismes de contrôle renforcés et une communication claire pour éviter les dysfonctionnements », estime un médecin hospitalier à Alger.
Le gouvernement algérien a également annoncé que cette carte pourrait être étendue à d’autres prestations sociales, comme les aides alimentaires ou les subventions pour les produits de première nécessité. Cette perspective divise les observateurs. Pour l’économiste Abdelatif Rebah, interrogé par El Moudjahid, « c’est une étape vers une protection sociale plus efficace, mais il faut veiller à ce que les fonds publics soient utilisés de manière optimale ». À l’inverse, des voix critiques, comme celle du sociologue Nacer Djabi, estiment que « ces mesures restent insuffisantes tant que les causes structurelles de la pauvreté ne sont pas traitées ».
Sur le terrain, les premiers retours des bénéficiaires sont mitigés. À Oran, une mère de famille sans emploi témoigne : « J’ai reçu ma carte il y a deux semaines, mais la pharmacie près de chez moi n’avait pas tous les médicaments dont j’ai besoin. J’ai dû attendre trois jours pour les obtenir. » À Constantine, un retraité sans pension se réjouit : « Avant, je devais faire la queue pendant des heures à l’hôpital pour avoir mes médicaments. Maintenant, c’est plus simple, même si le processus reste lent. »
La CNAS a indiqué que des campagnes de sensibilisation seront organisées dans les wilayas pour expliquer le fonctionnement de la carte. Des points d’information seront installés dans les centres de sécurité sociale et les mairies. Par ailleurs, un numéro vert a été mis en place pour répondre aux questions des citoyens. Selon l’APS, plus de 500 000 cartes ont déjà été distribuées depuis le lancement du dispositif, avec un objectif de 2 millions d’ici la fin de l’année.
Cette initiative intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à moderniser son système de protection sociale, marqué par des inégalités et des dysfonctionnements. Le gouvernement a récemment augmenté le budget alloué à la santé, avec une enveloppe de 1 200 milliards de dinars pour 2025, selon le ministre des Finances, Laaziz Faid. Une partie de ces fonds sera consacrée à l’amélioration des infrastructures hospitalières et à la formation du personnel médical.
Pour les associations de défense des droits des patients, comme Algeria Watch, cette carte électronique est une première étape, mais elle doit s’accompagner d’une réforme plus large du système de santé. « Il faut aussi renforcer les capacités des hôpitaux publics et lutter contre la corruption dans les marchés pharmaceutiques », souligne un membre de l’association. En attendant, les Algériens les plus vulnérables espèrent que ce dispositif leur permettra d’accéder plus facilement aux soins, sans craindre les ruptures de stock ou les lenteurs administratives.