Les services vétérinaires algériens déploient une opération d’envergure pour endiguer la peste des petits ruminants (PPR), une maladie virale hautement contagieuse qui menace les cheptels ovins et caprins du pays. Selon horizons.dz, cette campagne de vaccination, lancée récemment, mobilise des ressources humaines et matérielles sans précédent pour protéger un secteur clé de l’économie rurale.
Une mobilisation sans précédent des équipes vétérinaires
Les directions des services vétérinaires, dépendant du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, ont intensifié leurs interventions sur le terrain. Des brigades composées de vétérinaires, de techniciens et d’agents sanitaires parcourent les wilayas les plus touchées, notamment dans les zones steppiques et sahariennes où l’élevage extensif domine. Le ministère a mis à disposition des vaccins en quantité suffisante, acheminés vers les wilayas de Tiaret, Djelfa, Laghouat, Naâma et El Bayadh, identifiées comme prioritaires en raison de leur forte concentration en petits ruminants.
Les chiffres communiqués par les autorités révèlent l’ampleur de l’opération : plus de 12 millions de doses de vaccin ont été distribuées depuis le début de l’année, avec un objectif de couvrir 80 % du cheptel national d’ici la fin 2025. « Cette campagne est cruciale pour éviter une crise sanitaire qui pourrait décimer des milliers de têtes de bétail et fragiliser des milliers de familles rurales », a déclaré un responsable du ministère, cité par horizons.dz.
Un enjeu économique et social majeur
La PPR, bien que non transmissible à l’homme, représente une menace économique majeure pour l’Algérie. Le pays compte environ 28 millions de petits ruminants, selon les dernières statistiques du ministère de l’Agriculture, un cheptel qui constitue une source de revenus essentielle pour près de 30 % de la population rurale. Les pertes causées par la maladie peuvent atteindre 90 % dans les troupeaux non vaccinés, avec des conséquences désastreuses sur la sécurité alimentaire et les revenus des éleveurs.
Les wilayas du Sud, où l’élevage représente souvent la seule activité économique viable, sont particulièrement vulnérables. À Adrar, par exemple, les éleveurs ont déjà signalé des cas de mortalité élevée chez les caprins, poussant les autorités locales à renforcer les contrôles sanitaires. « Sans cette campagne, c’est toute une filière qui risque de s’effondrer », explique un vétérinaire de la wilaya de Ghardaïa, soulignant l’importance de la prévention.
Des défis logistiques et humains
Malgré les moyens déployés, la campagne se heurte à plusieurs obstacles. Le premier est géographique : les zones d’élevage sont souvent difficiles d’accès, notamment dans les régions montagneuses de Kabylie ou les vastes étendues du Sahara. Les équipes vétérinaires doivent parfois parcourir des centaines de kilomètres pour atteindre les troupeaux, avec des conditions climatiques extrêmes en été.
Le second défi est la méfiance de certains éleveurs, réticents à faire vacciner leurs animaux par crainte des effets secondaires ou par manque d’information. « Certains croient encore que le vaccin peut rendre leurs bêtes stériles, alors que c’est scientifiquement infondé », confie un technicien vétérinaire de la wilaya de Tlemcen. Pour y remédier, les autorités ont lancé des campagnes de sensibilisation dans les médias locaux et via les associations d’éleveurs.
Un modèle de coopération internationale
L’Algérie s’appuie également sur des partenariats internationaux pour renforcer son arsenal sanitaire. Le pays a bénéficié de l’appui de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et de la FAO, qui ont fourni des conseils techniques et des doses de vaccin supplémentaires. En 2024, un accord a été signé avec l’Union européenne pour financer une partie de la campagne, dans le cadre du programme de soutien à la résilience des systèmes agricoles méditerranéens.
Cette coopération permet à l’Algérie de se doter de vaccins de dernière génération, plus stables et adaptés aux conditions climatiques locales. « Nous travaillons avec des laboratoires certifiés pour garantir l’efficacité des produits utilisés », précise un responsable du Laboratoire national de contrôle des produits vétérinaires (LNCPV), basé à Alger.
Des résultats encourageants, mais une vigilance nécessaire
Les premiers bilans de la campagne sont jugés positifs par les autorités. Dans les wilayas où la vaccination a été menée de manière systématique, comme à Tiaret ou Djelfa, le nombre de foyers de PPR a diminué de plus de 50 % par rapport à 2024. « C’est un signe que la stratégie porte ses fruits, mais il ne faut pas baisser la garde », avertit un épidémiologiste vétérinaire.
La PPR reste en effet une maladie endémique dans plusieurs pays africains et asiatiques, et les risques de réintroduction sont constants, notamment via les mouvements transfrontaliers de bétail. Pour y faire face, le ministère de l’Agriculture a renforcé les contrôles aux frontières avec le Maroc, la Tunisie et la Libye, où des cas de PPR ont été signalés récemment.
Un secteur stratégique pour l’autosuffisance alimentaire
Au-delà de l’aspect sanitaire, cette campagne s’inscrit dans une vision plus large de sécurisation de la production animale en Algérie. Le pays importe encore une partie de sa viande ovine, notamment pendant les périodes de forte demande comme l’Aïd al-Adha. En protégeant son cheptel, l’Algérie vise à réduire sa dépendance aux importations et à stabiliser les prix sur le marché local.
Les éleveurs, premiers bénéficiaires de cette campagne, saluent l’effort des autorités, même s’ils appellent à un suivi plus régulier. « Nous avons besoin de vaccins, mais aussi de conseils pour mieux gérer nos troupeaux », explique un éleveur de la wilaya de M’Sila. Des demandes qui pourraient être prises en compte dans le cadre du plan national de développement agricole, qui prévoit des mesures d’accompagnement pour les petits producteurs.
En mobilisant ses services vétérinaires et en s’appuyant sur des partenariats solides, l’Algérie montre sa détermination à éradiquer la PPR. Si la campagne se poursuit avec la même rigueur, le pays pourrait rejoindre d’ici quelques années le club des nations officiellement indemnes de cette maladie, un statut qui ouvrirait de nouvelles opportunités pour ses exportations de viande et de produits laitiers.