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**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan endormi**
L’Algérie contemporaine est un pays en tension permanente, tiraillé entre une volonté farouche de souveraineté et les contradictions d’un système qui, pour survivre, doit à la fois se réformer et se nier. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une cartographie complexe, où chaque domaine – santé, commerce, entrepreneuriat, droits des femmes, télécommunications – agit comme un miroir grossissant des fractures et des dynamiques profondes du pays. Une lecture transversale révèle moins une mosaïque disparate qu’un écosystème en équilibre instable, où les avancées locales butent contre des blocages structurels, où les discours officiels se heurtent aux réalités du terrain, et où l’Algérie, malgré ses atouts, peine à trancher entre l’ouverture et le repli.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence d’un double langage : d’un côté, une rhétorique souverainiste, panafricaine et anti-impérialiste, portée par un État qui se présente comme le dernier rempart contre les ingérences étrangères ; de l’autre, une dépendance économique persistante, une intégration croissante dans les chaînes de valeur mondiales (notamment via la Chine), et une jeunesse qui, faute de perspectives locales, rêve d’ailleurs. Comment concilier ces deux Algérie ? La réponse, si elle existe, se niche dans les interstices de ces actualités, où se jouent à la fois la survie du système et son dépassement possible.
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**La santé : entre progrès technocratiques et résistances sociétales**
La campagne de vaccination contre le papillomavirus (HPV) en Algérie est un cas d’école. Officiellement lancée avec le soutien de l’OMS, elle se heurte à des « embûches » – un euphémisme pour désigner les réticences culturelles, les rumeurs complotistes et, plus prosaïquement, un système de santé encore marqué par le clientélisme et les pénuries. Pourtant, cette campagne s’inscrit dans une dynamique plus large : l’Algérie soigne son image de puissance médicale régionale, avec des hôpitaux modernisés et des campagnes de prévention ambitieuses. Mais derrière cette vitrine, deux réalités persistent.
D’abord, une médecine à deux vitesses : les élites et les classes moyennes urbaines bénéficient d’un système performant (quand elles ne partent pas se faire soigner en Tunisie ou en France), tandis que les zones rurales et les couches populaires restent dépendantes d’un système public sous-financé. Ensuite, une dépendance pharmaceutique qui contredit le discours souverainiste : malgré les efforts pour développer une industrie locale (comme les vaccins contre le Covid-19 produits par Saidal), l’Algérie importe encore 70 % de ses médicaments. Le géant chinois qui investit dans les phosphates (voir plus bas) pourrait-il aussi s’intéresser à la pharmacie ? Rien n’est moins sûr, tant Pékin privilégie les secteurs à forte rentabilité immédiate.
Enfin, la santé révèle une contradiction politique majeure : comment promouvoir la vaccination tout en dénonçant les « ingérences » occidentales ? Le gouvernement algérien, qui fustige régulièrement les « campagnes de désinformation » venues de l’étranger, se retrouve pris à son propre piège : pour convaincre sa population, il doit s’appuyer sur des arguments scientifiques… mais aussi sur une légitimité nationale qui, dans un pays où la défiance envers l’État est historique, reste fragile.
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**Commerce et mines : la Chine, partenaire incontournable… et encombrant**
L’Algérie est assise sur des montagnes de phosphate – 2,2 milliards de tonnes de réserves, soit les deuxièmes au monde. Assez pour en faire un acteur clé de la transition agricole globale, alors que les engrais deviennent une arme géopolitique (la guerre en Ukraine a rappelé leur importance stratégique). Pourtant, le pays peine à exploiter pleinement ce potentiel. D’où le retour d’un « géant chinois » dans le secteur, après des années de sous-investissement et de gestion chaotique par des entreprises publiques algériennes.
Cette dépendance croissante à la Chine n’est pas anodine. Elle illustre une stratégie de substitution : face au désengagement progressif des entreprises européennes (notamment françaises, échaudées par les nationalisations et l’instabilité juridique), l’Algérie se tourne vers Pékin, qui offre des financements sans conditionnalités politiques. Mais cette relation est asymétrique : la Chine achète des matières premières à bas prix et vend des produits manufacturés, perpétuant ainsi la malédiction des ressources naturelles.
Le paradoxe ? L’Algérie, qui se présente comme un champion de la souveraineté africaine, reproduit avec la Chine le même schéma de dépendance qu’elle dénonce avec l’Occident. Pire : en accueillant des investisseurs chinois dans les mines, elle risque de saper ses propres efforts d’industrialisation. Car si les phosphates sont transformés en Chine, c’est là-bas que se créera la valeur ajoutée – pas en Algérie. D’où l’urgence, soulignée par certains économistes algériens, de relancer l’intégration industrielle (voir la contribution sur l’ »intégration industrielle » dans les actualités économiques). Mais pour cela, il faudrait une volonté politique forte… et une bureaucratie moins corrompue.
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**Entrepreneuriat universitaire : la jeunesse comme variable d’ajustement**
L’Algérie compte 1,5 million d’étudiants – un chiffre qui en fait l’un des pays les plus scolarisés d’Afrique. Pourtant, le taux de chômage des jeunes dépasse les 30 %, et près de 70 % des diplômés rêvent d’émigrer. Face à cette crise, le gouvernement mise sur l’entrepreneuriat universitaire : 96 projets étudiants financés, un écosystème en expansion, des incubateurs dans les campus. Une politique louable, mais qui ressemble à une fuite en avant.
Car l’entrepreneuriat, en Algérie, se heurte à trois murs :
1. Un environnement des affaires hostile : lourdeurs administratives, corruption, manque de financement. Les start-ups algériennes doivent souvent se tourner vers l’étranger (notamment les fonds du Golfe) pour lever des capitaux.
2. Un marché intérieur étriqué : la consommation est atone, la classe moyenne s’appauvrit, et les PME peinent à trouver des clients locaux. Résultat, beaucoup de jeunes entrepreneurs visent l’export… mais se heurtent à la concurrence internationale.
3. Une contradiction idéologique : l’Algérie prône l’autosuffisance, mais son modèle économique reste extraverti. Comment créer des entreprises locales dans un pays où les importations représentent encore 20 % du PIB ?
Le plus inquiétant ? Ces dispositifs d’entrepreneuriat servent aussi de soupape sociale. En encourageant les jeunes à créer leur entreprise, l’État externalise la responsabilité du chômage. Mais si ces projets échouent (ce qui est fréquent), la frustration sera d’autant plus grande. D’autant que, comme le souligne une étudiante citée dans les actualités, « se former pour s’épanouir » est une noble ambition… mais qui suppose un minimum de stabilité économique.
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**Journalisme et ingérences : le miroir brisé de la souveraineté**
L’Algérie adore parler d’ingérences – celles des autres. Pourtant, les actualités révèlent une schizophrénie médiatique qui en dit long sur sa propre posture internationale.
D’un côté, le pays se pose en défenseur d’un ordre mondial multipolaire, dénonçant les « ingérences électorales » de la Russie, de la Chine ou de la Turquie en France (via une tribune cinglante dans la presse algérienne). De l’autre, il exerce lui-même un droit d’ingérence – ou du moins le revendique. La réponse à l’ambassadeur de France en Algérie, Driencourt, est sans ambiguïté : « Oui, l’Algérie doit exercer un droit d’ingérence en France s’il le faut ! » Une déclaration qui, au-delà de la provocation, révèle une stratégie de soft power : l’Algérie se présente comme le protecteur des diasporas maghrébines en Europe, notamment en France, où elle joue un rôle croissant dans les débats politiques (via les associations, les médias comme El Watan ou TSA, ou même des figures comme le rappeur Médine).
Mais cette posture a un prix. En s’érigeant en contre-pouvoir médiatique, l’Algérie s’expose à des représailles. Les tensions avec le Maroc (qui vient d’être élu au Conseil de paix et de sécurité de l’UA, reléguant Alger au second plan) en sont un exemple. De même, la couverture de la crise libyenne (« un problème tunisien », selon un titre provocateur) montre une diplomatie de la diversion : plutôt que de s’attaquer aux problèmes internes (corruption, chômage, répression des libertés), on désigne des boucs émissaires extérieurs.
Le vrai défi pour le journalisme algérien ? Sortir de cette logique binaire. Entre la presse officielle, aux ordres du pouvoir, et les médias indépendants, souvent réduits au silence ou contraints à l’exil, il y a peu de place pour un journalisme d’investigation crédible. Pourtant, c’est précisément ce dont l’Algérie a besoin : une presse qui interroge les contradictions du système, plutôt que de les nier ou de les instrumentaliser.
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**Droits des femmes : l’égalité en trompe-l’œil**
L’Algérie est souvent présentée comme un modèle en matière de droits des femmes dans le monde arabe. Pourtant, les actualités révèlent une réalité bien plus contrastée.
D’un côté, des avancées symboliques : l’index de l’égalité professionnelle (même « décevant »), la réforme socio-économique qui cible la classe moyenne (où les femmes sont de plus en plus actives), ou encore la nouvelle grille salariale dans la santé (un secteur très féminisé). De l’autre, des blocages structurels :
– Un code de la famille toujours discriminatoire : les femmes algériennes restent soumises à la tutelle masculine pour le mariage, le divorce ou l’héritage.
– Un marché du travail inégal : malgré un taux de scolarisation élevé, les femmes représentent seulement 18 % de la population active.
– Une violence endémique : les féminicides sont en hausse, et les lois censées protéger les femmes (comme celle de 2015 contre les violences conjugales) sont rarement appliquées.
Le plus troublant ? Ces inégalités coexistent avec une montée en puissance des femmes dans l’espace public. Les Algériennes sont de plus en plus visibles dans les médias, les universités, et même la politique (comme la ministre de la Culture, Soraya Mouloudji). Mais cette visibilité ne se traduit pas par un pouvoir réel. Comme le disait la sociologue Fatma Oussedik, « en Algérie, les femmes sont partout… sauf là où se prennent