Cette semaine, Alger est devenue le centre névralgique de la pneumologie arabe en abritant le premier Congrès de la Ligue arabe des pneumologues. L’événement, organisé du 3 au 6 novembre 2025 au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, a réuni plus de 500 spécialistes venus de 18 pays, dont l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Maroc et la Tunisie. Selon horizons.dz, ce congrès marque une étape importante pour l’Algérie, qui consolide son rôle de leader régional dans la recherche médicale respiratoire.
Une plateforme d’échange scientifique inédite
D’après El Watan, qui a couvert l’événement, les sessions ont également abordé l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé respiratoire, un enjeu crucial pour l’Algérie. Le ministre de la Santé, Abdelhak Saihi, a annoncé lors d’une table ronde la création prochaine d’un observatoire national des maladies liées à la qualité de l’air, en partenariat avec l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE). « Les données préliminaires montrent que 12 % des hospitalisations pour pathologies respiratoires à Alger sont directement liées aux particules fines », a-t-il précisé, citant une étude menée par l’Institut Pasteur d’Algérie en 2024.
L’Algérie mise sur la recherche locale
Par ailleurs, le professeur Mohamed Chakib Rahal, directeur de l’Institut national de santé publique (INSP), a annoncé le lancement d’un programme national de dépistage précoce du cancer du poumon, ciblant les fumeurs de plus de 50 ans. « L’Algérie enregistre environ 3 000 nouveaux cas par an, et 70 % sont diagnostiqués à un stade avancé. Ce programme, qui débutera en 2026 dans cinq wilayas pilotes, inclura des scanners thoraciques à faible dose et une campagne de sensibilisation », a-t-il expliqué. Le financement, estimé à 1,2 milliard de dinars, sera assuré par le Fonds national de la sécurité sociale (CNAS) et des partenariats avec des laboratoires pharmaceutiques locaux comme Saidal.
Coopération régionale et défis logistiques
Cependant, des défis persistent. Plusieurs participants ont pointé du doigt les retards dans l’accès aux médicaments innovants, notamment pour les thérapies ciblées contre le cancer du poumon. « En Algérie, le délai entre l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament en Europe et sa disponibilité ici peut atteindre trois ans », a déploré le docteur Nassima Ait-Messaoudène, oncologue à l’hôpital Pierre-et-Marie-Curie d’Alger. Le ministère de la Santé a répondu en annonçant une accélération des procédures d’enregistrement, avec un objectif de réduire ce délai à 18 mois d’ici 2027.
Un héritage pour la santé publique algérienne
Pour capitaliser sur cet élan, les organisateurs ont annoncé que le deuxième Congrès arabe des pneumologues se tiendra à Tunis en 2027, avec une ambition élargie : inclure des pays africains non arabes comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire. En attendant, l’Algérie compte bien tirer profit de cette dynamique. Le professeur Djenouhat a révélé que son équipe travaille sur un projet de « passeport respiratoire » numérique, permettant aux patients de suivre leurs données de santé via une application mobile, en partenariat avec l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS). « L’objectif est de réduire les hospitalisations évitables et d’améliorer la qualité de vie des malades chroniques », a-t-il conclu.
Avec ce congrès, Alger confirme sa place de capitale médicale régionale, tout en posant les jalons d’une stratégie plus ambitieuse pour les années à venir. Reste à voir si les promesses se traduiront par des actions concrètes, notamment en matière d’accès aux soins et de financement de la recherche.