Sonatrach mise sur le GNL pour booster les exportations vers l’Italie

L’Algérie renforce sa position sur le marché gazier européen en misant sur le gaz naturel liquéfié (GNL) pour approvisionner l’Italie. Selon L’Algérie Aujourd’hui, Sonatrach a récemment intensifié ses livraisons de GNL vers la péninsule, une stratégie qui s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des débouchés énergétiques. Cette orientation répond à la fois aux besoins croissants de l’Europe en sources d’énergie alternatives et aux ambitions algériennes de consolider son rôle de fournisseur clé sur le continent.

Les exportations de GNL vers l’Italie ont connu une hausse notable depuis le début de l’année 2026. D’après des données citées par le média, les volumes expédiés ont augmenté de près de 15 % par rapport à la même période en 2025. Cette progression s’explique par plusieurs facteurs, dont la signature de nouveaux contrats à long terme entre Sonatrach et des acteurs italiens comme Eni et Snam. Ces accords, négociés dans un contexte de tensions géopolitiques en Europe de l’Est, visent à sécuriser les approvisionnements tout en réduisant la dépendance aux pipelines traditionnels.

La liquéfaction du gaz, un atout stratégique
Le recours accru au GNL marque un tournant dans la stratégie exportatrice de Sonatrach. Contrairement au gaz acheminé par gazoducs, comme ceux reliant l’Algérie à l’Espagne ou à l’Italie via le Transmed, le GNL offre une flexibilité accrue. Il permet d’atteindre des marchés plus éloignés, comme l’Asie ou l’Amérique du Nord, sans dépendre des infrastructures terrestres. Les terminaux de liquéfaction algériens, notamment celui d’Arzew, jouent un rôle central dans cette transition. Modernisés ces dernières années, ils ont vu leur capacité de production augmenter, passant de 20 à 25 millions de tonnes par an.

Cette évolution s’accompagne d’investissements massifs dans les infrastructures. Sonatrach a annoncé en 2025 un plan de 12 milliards de dollars pour développer ses capacités de liquéfaction et de transport. Parmi les projets phares figure la construction d’un nouveau terminal à Skikda, dont la mise en service est prévue d’ici 2027. Ce site, doté d’une capacité de 5 millions de tonnes par an, permettra de répondre à la demande croissante des partenaires européens.

L’Italie, partenaire privilégié
L’Italie représente un marché stratégique pour l’Algérie. Avec une consommation annuelle de gaz avoisinant les 70 milliards de mètres cubes, le pays cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement depuis la réduction des livraisons russes. Selon des chiffres publiés par le ministère italien de la Transition écologique, l’Algérie a couvert près de 35 % des besoins italiens en 2025, contre 25 % en 2022. Cette dépendance mutuelle s’est traduite par des engagements concrets, comme la prolongation jusqu’en 2030 du contrat entre Sonatrach et Eni, signé en 2022.

Les autorités algériennes misent également sur la stabilité des relations bilatérales. Lors d’une visite officielle à Rome en mars 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a souligné l’importance de ces échanges énergétiques pour les deux pays. « L’Algérie est un partenaire fiable, capable de garantir des livraisons régulières et compétitives », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de renforcer les investissements conjoints dans les énergies renouvelables.

Défis et opportunités
Malgré ces avancées, le secteur fait face à des défis structurels. La concurrence internationale s’intensifie, avec des acteurs comme les États-Unis, le Qatar et l’Australie qui dominent le marché du GNL. Pour rester compétitive, Sonatrach doit améliorer son efficacité opérationnelle et réduire ses coûts de production. Les prix du gaz, volatils, ajoutent une pression supplémentaire. En 2025, les cours ont connu des fluctuations importantes, passant de 12 à 8 dollars par million de BTU en quelques mois, sous l’effet d’un hiver doux en Europe et d’une offre excédentaire.

Par ailleurs, la transition énergétique européenne impose une adaptation. L’Union européenne vise une réduction de 55 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, ce qui pourrait à terme limiter la demande en gaz fossile. Consciente de ce risque, l’Algérie a lancé un plan de développement des énergies renouvelables, avec un objectif de 15 000 MW de capacité installée d’ici 2035. Cependant, le gaz reste un pilier de l’économie nationale, représentant plus de 90 % des recettes d’exportation.

Perspectives régionales
Au-delà de l’Italie, Sonatrach explore de nouveaux marchés. En Afrique, des discussions sont en cours avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire pour des livraisons de GNL. Ces projets s’inscrivent dans une logique de coopération Sud-Sud, illustrée par l’ouverture récente de l’Algerian Bank of Senegal, présentée comme un « trait d’union » entre les deux pays. « Notre objectif est de devenir un hub énergétique pour l’Afrique de l’Ouest », a déclaré le PDG de Sonatrach, Rachid Hachichi, lors d’une conférence à Dakar en février 2026.

En Méditerranée, l’Algérie renforce aussi ses liens avec la Turquie et la Grèce. Un accord signé en 2025 prévoit la livraison de 4 milliards de mètres cubes de gaz par an à la Turquie via des méthaniers, tandis que des négociations sont en cours avec Athènes pour un contrat similaire. Ces initiatives visent à réduire la dépendance aux marchés traditionnels et à anticiper les évolutions géopolitiques.

Un secteur en mutation
L’industrie gazière algérienne traverse une phase de transformation. La montée en puissance du GNL s’accompagne d’une modernisation des infrastructures et d’une diversification des partenariats. Si les défis sont nombreux, les opportunités le sont tout autant. Avec des réserves prouvées de 2 500 milliards de mètres cubes de gaz, l’Algérie dispose d’un atout majeur pour consolider sa position sur l’échiquier énergétique mondial.

Les prochains mois seront décisifs. La mise en service des nouveaux terminaux et la signature de contrats additionnels détermineront la capacité du pays à maintenir, voire à accroître, ses parts de marché. Dans un contexte marqué par l’incertitude économique et la transition énergétique, l’Algérie mise sur une stratégie équilibrée, combinant exploitation des ressources fossiles et développement des énergies vertes. Une équation complexe, mais indispensable pour assurer la pérennité de son modèle économique.

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