L’Allemagne lance TaqatHy avec l’Algérie

L’Algérie et l’Allemagne ont franchi une étape concrète dans leur coopération énergétique avec le démarrage du projet « TaqatHy », selon El Watan. Ce partenariat, annoncé récemment, vise à accélérer la transition vers les énergies renouvelables en combinant expertise allemande et potentiel solaire algérien.

Le projet TaqatHy, dont le nom évoque l’énergie en arabe, repose sur une approche hybride alliant production d’hydrogène vert et développement de centrales solaires. Selon les détails rapportés par le quotidien, il s’agit d’une initiative conjointe entre le ministère algérien de la Transition énergétique et des Énergies renouvelables et des acteurs industriels allemands, dont l’entreprise Siemens Energy. L’objectif est de produire de l’hydrogène vert à partir d’électricité solaire, une technologie encore peu déployée en Afrique du Nord.

Les premières installations pilotes devraient voir le jour dans le sud du pays, où l’ensoleillement dépasse 2 500 heures par an. La région d’Adrar, déjà identifiée pour ses projets solaires comme la centrale de Timimoun, est pressentie pour accueillir les infrastructures. TaqatHy s’inscrit dans la stratégie algérienne de diversification énergétique, qui prévoit d’atteindre 15 000 MW de capacité renouvelable d’ici 2035. L’hydrogène vert, bien que coûteux à produire, est perçu comme une solution pour décarboner des secteurs industriels lourds, comme la sidérurgie ou les engrais.

Pour l’Allemagne, ce projet répond à un double enjeu. D’une part, Berlin cherche à sécuriser des approvisionnements en hydrogène vert pour atteindre ses objectifs climatiques, fixés à une réduction de 65 % des émissions de CO₂ d’ici 2030. D’autre part, le pays mise sur des partenariats avec des pays dotés de vastes espaces et d’un fort potentiel solaire, comme l’Algérie, pour compenser ses propres limites géographiques. Selon El Watan, des discussions sont en cours pour un financement mixte, associant fonds publics allemands et investissements privés.

Le volet formation est également central dans TaqatHy. Des programmes de transfert de compétences sont prévus pour former des ingénieurs et techniciens algériens aux technologies de l’hydrogène, encore émergentes sur le continent. Le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) d’Alger collaborera avec des instituts allemands, comme l’Institut Fraunhofer, pour adapter les formations aux besoins locaux.

Les défis restent néanmoins nombreux. La production d’hydrogène vert nécessite des infrastructures coûteuses et une électricité 100 % renouvelable, ce qui implique de résoudre les problèmes de stockage et de transport. Par ailleurs, l’Algérie doit accélérer les réformes de son secteur énergétique pour attirer davantage d’investisseurs étrangers. Le projet TaqatHy pourrait servir de catalyseur, mais son succès dépendra aussi de la stabilité des cadres réglementaires et des incitations fiscales.

Sur le plan géopolitique, cette coopération s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre l’Algérie et l’Union européenne. Depuis 2022, les deux parties ont multiplié les accords dans les énergies vertes, avec des projets comme le câble sous-marin « MedLink » pour exporter de l’électricité solaire vers l’Europe. TaqatHy renforce cette tendance, tout en positionnant l’Algérie comme un acteur clé dans la future économie de l’hydrogène en Méditerranée.

Les retombées économiques pour l’Algérie pourraient être significatives. Le développement de l’hydrogène vert pourrait créer des milliers d’emplois locaux et réduire la dépendance aux hydrocarbures, qui représentent encore 90 % des exportations du pays. Cependant, les experts soulignent que ces bénéfices ne seront réels qu’à condition de maîtriser la chaîne de valeur, de la production à l’exportation, sans se contenter d’un rôle de fournisseur de matière première.

Le projet TaqatHy marque ainsi une étape symbolique dans la transition énergétique algérienne. Il illustre aussi les nouvelles alliances qui se dessinent dans un secteur en pleine mutation, où les pays du Sud, dotés de ressources naturelles abondantes, deviennent des partenaires incontournables pour les économies industrialisées en quête de décarbonation. Reste à voir si cette coopération se traduira par des résultats tangibles ou restera un exemple parmi d’autres de projets ambitieux mais difficiles à concrétiser.

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